7 choses à savoir sur le Zaouli, l'un des trésors culturels de la Côte d'Ivoire
Un masque aux traits fins, un costume de raphia et de grelots, un orchestre de flûtes et de tambours, et des jambes qui semblent aller plus vite que la musique. Le Zaouli fait partie des images les plus connues de la Côte d'Ivoire. Pratiqué par les Gouro dans le centre-ouest du pays, il est inscrit depuis 2017 au patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Voici ce qu'il faut savoir sur cette tradition.
1. Il est né en pays gouro, au milieu du XXe siècle
Le Zaouli est une danse et une musique populaires des communautés gouro, dans les départements de Bouaflé et de Zuénoula, dans la région de la Marahoué. Sa création est plus récente qu'on ne l'imagine souvent. Selon une version largement reprise, le masque a été créé à Zrabi Séhifla dans les années 1950 par un homme nommé Ouinnaila, et son premier danseur fut Kouaï Bi Voïzié. Le masque de son village était le Djela ; Ouinnaila aurait découvert le Boulou dans un village voisin et s'en serait inspiré à son retour. Le lieu exact de naissance reste discuté : l'anthropologue Claudie Haxaire situe plutôt son origine à Zougounéfla.
Sa diffusion à l'échelle nationale doit beaucoup à une personnalité ivoirienne célèbre. C'était la danse préférée du président Félix Houphouët-Boigny, et elle passait régulièrement à la télévision nationale pour cette raison.
2. Ce n'est pas qu'un masque
On retient surtout le visage sculpté et les pas du danseur, mais le zaouli réunit plusieurs métiers. Il associe dans un même spectacle la sculpture pour le masque, le tissage pour le costume, la musique avec l'orchestre et le chant, et la danse. L'UNESCO compte parmi ses détenteurs les sculpteurs, les artisans, les instrumentistes, les chanteurs, les danseurs et les notables, garants des coutumes.
Le costume à lui seul demande un savoir-faire précis. Le corps du danseur est entièrement caché : un pagne couvre sa tête et ses épaules, des raphias colorés entourent sa taille, ses poignets et ses chevilles, et il porte un justaucorps de mailles tissées. Des bracelets de grelots sont attachés à ses chevilles et il tient une queue de bœuf dans chaque main.
3. Il rend hommage à la beauté féminine
L'UNESCO présente le zaouli comme un hommage à la beauté féminine, inspiré de deux masques, le Blou et le Djela. Son autre nom, « Djela lou Zaouli », veut dire « zaouli, la fille de Djela ».
Les récits sur son origine varient d'un village à l'autre, mais tous s'accordent sur un point : le masque aurait été inspiré par une jeune fille d'une beauté hors du commun. Certaines versions parlent d'un défi entre deux sorciers et d'une naissance prodigieuse ; une autre raconte qu'un sculpteur, après la mort de sa femme Djela Lou zaouli, aurait voulu reproduire son visage. Les chercheurs y voient aussi un jeu de mots : d'après une étude publiée dans Politique africaine, le nom zaouli viendrait de « za-guli », qui désigne une compétition pouvant tourner à la bagarre.
Le paradoxe tient à ceci : cette figure féminine est toujours incarnée par un homme. Le masque est porté exclusivement par des hommes.
4. Il existe sept masques, chacun avec sa légende
Le masque Zaouli se décline en sept masques faciaux, qui correspondent chacun à une légende. On cite généralement Zaouli lou Klamin, Zaouli lou Monhon, Zaouli lou Zaleklou, Zaouli lou Zamblé, Zaouli lou Gou, Bongnan lou Zeli et Mami Wata.
Le visage est souvent coiffé d'un décor sculpté. On y trouve des animaux, surtout des serpents et des oiseaux, des personnages ou des cornes de bélier. Ces petites scènes renvoient à des contes ou à des anecdotes. Quant aux chants, ils évoquent le défi lancé par une couleuvre à un oiseau, un motif qu'on retrouve justement sur plusieurs masques.
5. Le danseur ne se montre jamais
Chaque village a son danseur. L'orchestre, composé de musiciens et de chanteurs, appelle le zaouli, qui arrive précédé d'un accompagnateur chargé de retirer le pagne qui couvre encore le masque. Une fois le visage découvert, le danseur enchaîne des pas très rapides, rythmés par les flûtes. La danse suit une structure connue mais laisse une large place à l'improvisation, selon la musique.
Ce qui frappe le public, c'est le contraste entre le haut du corps, presque immobile, et les jambes qui battent le sol à toute vitesse. Le zaouli passe d'ailleurs pour l'une des danses les plus difficiles au monde. Porter le masque n'est pas anodin : selon des témoignages, le danseur est considéré comme habité par l'esprit du masque, et seuls des initiés peuvent le porter.
6. Il a un vrai rôle dans la vie des villages
L'UNESCO attribue au zaouli une fonction éducative, ludique et esthétique. Il porte l'identité culturelle de ses détenteurs, contribue à la préservation de l'environnement et favorise l'intégration et la cohésion sociale. On lui prête aussi le pouvoir d'accroître la productivité du village où il est dansé.
Ses occasions de sortie ont évolué. D'abord réservé aux fêtes, il est aujourd'hui aussi présent lors des funérailles
7. L'UNESCO l'a inscrit en 2017
Le zaouli a été inscrit en 2017, lors de la 12e session du Comité intergouvernemental, sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, sous l'intitulé « Le zaouli, musique et danse populaires des communautés gouro de Côte d'Ivoire ». Le dossier ivoirien était porté par l'Office ivoirien du patrimoine culturel, qui a réalisé en 2015 un documentaire de neuf minutes pour accompagner la candidature.
Le Zaouli, c'est donc à la fois un masque, une danse, une musique, un savoir-faire et une expression de l'identité culturelle des communautés qui le portent.
Aujourd'hui encore, le Zaouli se transmet surtout sur le terrain. Les représentations ont lieu deux à trois fois par semaine dans les villages, et les apprentis se forment auprès de danseurs expérimentés, avec le soutien de la chefferie traditionnelle. Les festivals et les concours inter-villages lui offrent une autre scène.
Le Zaouli circule aussi bien au-delà du pays gouro. En mars 2026, le danseur ivoirien Diádié Bathily, installé à Saint-Louis aux États-Unis, l'a présenté sur la scène des Oscars, masque traditionnel sur le visage, lors de la performance consacrée au film Sinners.
Masque, costume, musique, danse et savoir-faire : le Zaouli rassemble tout cela, il continue de se transmettre d'une génération à l'autre et ressemble des passionnés à travers le monde.