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Attiéké, Zaouli, Grand-Bassam : 10 trésors ivoiriens reconnus par l’UNESCO

Attiéké, Zaouli, Grand-Bassam : 10 trésors ivoiriens reconnus par l’UNESCO
Des mosquées en terre du Nord aux savoir-faire liés à la fabrication de l’attiéké, la Côte d’Ivoire compte dix éléments inscrits sur les listes du patrimoine mondial et du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Voici ceux qu’il faut connaître, ainsi que les traditions et les sites qui espèrent encore une reconnaissance internationale.
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On les mange, on les danse, on les visite le week-end, souvent sans savoir qu’ils figurent sur les listes les plus prestigieuses de la planète. Entre sites naturels, monuments historiques et savoir-faire transmis de génération en génération, ces trésors racontent une Côte d’Ivoire plurielle, du Nord sénoufo aux lagunes du Sud.

L’UNESCO tient deux listes distinctes. Celle du patrimoine mondial protège des lieux : forêts, villes, monuments. Celle du patrimoine culturel immatériel reconnaît des pratiques vivantes : musiques, danses, savoir-faire. La Côte d’Ivoire compte cinq inscriptions sur chacune.

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Cinq lieux classés au patrimoine mondial

Le mont Nimba, le géant fragile

Premier site ivoirien inscrit, en 1981, la Réserve naturelle intégrale du mont Nimba est partagée avec la Guinée. Le massif culmine à 1 752 mètres, et environ 5 000 de ses 17 540 hectares se trouvent en Côte d’Ivoire. Ses pentes abritent des espèces qu’on ne trouve nulle part ailleurs, comme le crapaud vivipare du mont Nimba. On y croise aussi des chimpanzés capables d’utiliser des pierres comme outils. Mais ce trésor est menacé, notamment par le braconnage et les feux de brousse. Il figure sur la liste du patrimoine mondial en péril depuis 1992, et l’UNESCO accompagne la Côte d’Ivoire et la Guinée pour l’en faire sortir.

Le parc national de Taï, la forêt d’avant

Inscrit en 1982, Taï est l’un des derniers grands vestiges de la forêt tropicale primaire d’Afrique de l’Ouest. Le parc abrite des mammifères menacés comme l’hippopotame pygmée, ainsi que onze espèces de singes, ce qui en fait un site d’un grand intérêt scientifique.

Le parc national de la Comoé, la belle revanche

Inscrit en 1983, ce parc de plus d’un million d’hectares est l’une des plus vastes aires protégées d’Afrique de l’Ouest. Grâce au fleuve Comoé, la savane y côtoie des îlots de forêt dense, et l’on y recense notamment des chimpanzés, des éléphants, des lions et trois espèces de crocodiles. Placé sur la liste du patrimoine mondial en péril en 2003, après les années de crise et la flambée du braconnage, le parc en est sorti en 2017. C’est l’une des plus belles réussites de la conservation ivoirienne.

Grand-Bassam, la première capitale

Il faut attendre 2012 pour qu’un premier site culturel ivoirien entre sur la liste. Première capitale de la Côte d’Ivoire, Grand-Bassam est une ville coloniale de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Elle était organisée en quartiers spécialisés : commerce, administration, habitat européen et habitat africain. Le site comprend aussi le village N’zima et ses maisons à galeries et vérandas. Port principal et centre économique et judiciaire de la colonie, la ville témoigne des relations complexes entre Européens et Africains, puis du combat pour l’indépendance. Selon la presse ivoirienne, on y trouve encore le premier tribunal du pays, où des hommes politiques furent jugés en 1946.

Les mosquées de style soudanais du Nord

Dernière entrée sur la liste, en 2021 : huit mosquées en terre situées à Tengréla, Kouto, Sorobango, Samatiguila, Nambira, Kong (deux mosquées) et Kaouara. Hérissées de pièces de bois, leurs contreforts sont parfois couronnés de poteries ou d’œufs d’autruche. Elles ont été bâties pour l’essentiel entre le XVIIe et le XIXe siècle, dans un style né à Djenné au temps de l’empire du Mali. Ce sont les mieux conservées des vingt qui subsistent dans le pays, alors qu’il en existait plusieurs centaines au début du XXe siècle. La grande mosquée de Kong revient de loin : détruite par Samory Touré en 1897, elle a été reconstruite par les communautés.

Cinq trésors vivants au patrimoine immatériel

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Le Gbofe d’Afounkaha, le pionnier en danger

C’est le doyen de la liste. Il a été proclamé dès 2001, puis inscrit en 2008. Le Gbofe, pratiqué par la communauté Tagbana, désigne à la fois une trompe traversière et les musiques, chants et danses qui l’accompagnent. Six trompes de 50 à 70 cm, taillées dans des racines recouvertes de peau de vache, reproduisent des mots de la langue tagbana, que des chœurs de femmes « traduisent » ensuite.

Mais la tradition est menacée de disparition. La guerre, l’exode rural et le désintérêt des jeunes ont rompu la chaîne de transmission. L’UNESCO finance un projet de sauvegarde de 100 000 dollars, prévu jusqu’en août 2026, pour former de nouveaux musiciens et fabricants d’instruments.

Le balafon, un trésor partagé jusqu’en Indonésie

Le balafon des communautés sénoufo est reconnu depuis 2012, aux côtés du Mali et du Burkina Faso. En 2024, l’inscription s’est élargie de façon inattendue : l’Indonésie a rejoint le dossier avec le kolintang, son propre xylophone en bois. Pour l’UNESCO, ces instruments, si éloignés et si semblables, symbolisent le respect mutuel, la tolérance et la vie en harmonie.

Le Zaouli, la star des réseaux

Inscrit en 2017, le Zaouli est une musique et une danse des communautés Gouro des départements de Bouaflé et de Zuénoula. Hommage à la beauté féminine, il réunit en une seule performance sculpture, tissage, musique et danse. Il existe sept types de masques, chacun porteur de sa propre légende.

Le Zaouli est régulièrement présenté comme l’une des danses les plus difficiles au monde. Il a largement dépassé les frontières : le groupe de K-pop Nature s’en est inspiré pour un clip en 2022, et un danseur de Zaouli apparaît dans le film hollywoodien Sinners, sorti en 2025.

Le tissage du pagne, l’art des mains

Inscrits en 2023, les savoir-faire traditionnels liés au tissage du pagne sont portés par les communautés gouro, baoulé, malinké, sénoufo, koulango, nafana et abron. Des fils de coton teints sont tissés en bandes étroites sur des métiers manuels, puis assemblés. Chez les Dida, le pagne se tisse en fibres de raphia. Chez les Sénoufo, les femmes tissent la toile et les hommes la décorent de motifs peints inspirés de leur cosmologie : calao, panthère, tortue. Ces étoffes accompagnent mariages, réjouissances et funérailles.

L’attiéké, la fierté de nos assiettes

C’est le plus récent et sans doute le plus populaire. Les savoir-faire liés à la fabrication de l’attiéké, issus des peuples lagunaires, sont inscrits depuis décembre 2024. La chaîne mobilise toute la famille. Les hommes cultivent, récoltent, transportent et broient le manioc. Les femmes préparent la semoule, la cuisent à la vapeur et la vendent dans des paniers garnis de feuilles. Pour l’UNESCO, ce savoir-faire assure l’autonomie financière de nombreuses femmes et jeunes filles.

L’attiéké bénéficie aussi d’un autre bouclier, rapporté par la presse : le statut de marque collective, qui réserve ce nom à la semoule de manioc fermentée produite en Côte d’Ivoire.

Ceux qui frappent à la porte

L’Abissa, le grand malentendu

Beaucoup d’Ivoiriens pensent que la célèbre fête des N’Zima de Grand-Bassam est déjà classée, et plusieurs articles l’ont affirmé au fil des années. En réalité, l’Abissa ne figure pas sur les listes de l’UNESCO. Il ne fait pas non plus partie des dossiers examinés lors de la session de fin 2026. Les chefs traditionnels plaident pour sa reconnaissance, mais l’inscription n’est pas pour cette année.

Le Kroubi, les îles Ehotilé et Ahouakro

Les promoteurs de la danse Kroubi de Bondoukou, pratiquée aussi au Ghana, au Togo et au Burkina Faso, annoncent une future candidature. Côté patrimoine mondial, la Côte d’Ivoire a placé deux sites sur sa liste indicative officielle depuis 2006 : le parc national des îles Ehotilé, près d’Assinie, et le parc archéologique d’Ahouakro.

Un héritage à faire vivre

Une inscription à l’UNESCO n’est pas une médaille qu’on accroche au mur. C’est un engagement : protéger les forêts de Taï, sortir le mont Nimba de la liste en péril, entretenir saison après saison le banco des mosquées de Kong, transmettre le souffle du Gbofe à des jeunes qui ne l’ont jamais entendu. L’attiéké qu’on partage au maquis, le pagne qu’on porte à la dot, le Zaouli qu’on regarde en boucle sur TikTok : ce patrimoine ne survit que si on continue de le vivre. La Côte d’Ivoire a prouvé qu’elle avait des trésors dignes du monde entier. À la nouvelle génération de prouver qu’elle sait les garder

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