Bilharziose en Côte d’Ivoire : 50 ans de lutte, une baisse historique… mais un combat loin d’être terminé
Une vaste étude scientifique publiée en janvier 2026 par l’Unité de Formation et de Recherche Biosciences révèle une baisse significative de la schistosomiase en Côte d’Ivoire depuis les années 1970. Pourtant, plus d’un quart des Ivoiriens étudiés restent touchés. Décryptage clair d’un enjeu majeur de santé publique.
Une maladie ancienne mais toujours présente
La schistosomiase, aussi appelée bilharziose, est une maladie parasitaire transmise par contact avec de l'eau douce contaminée. Elle est provoquée par des vers microscopiques du genre Schistosoma.
Voici les deux formes qui dominent en Afrique :
Type de Bilharziose | Parasite | Organe principalement touché | Symptômes ou complications |
Urinaire | S. haematobium | Vessie et voies urinaires | Sang dans les urines, lésions rénales |
Intestinale | S. mansoni | Foie et intestins | Douleurs abdominales, diarrhées, atteintes du foie |
À long terme, l’infection peut provoquer anémie, retard de croissance, atteintes du foie, de la rate, voire cancer de la vessie.
50 ans de données passées au crible
Une étude majeure publiée dans la revue scientifique Infectious Diseases of Poverty a analysé 326 études menées entre 1974 et 2023 en Côte d’Ivoire, portant sur plus de 279 000 participants.
Résultat principal : La prévalence moyenne nationale est estimée à 26,1 %. Autrement dit, environ 1 personne sur 4 étudiée était infectée.
Mais la tendance est encourageante :
Entre 1994 et 2003 : 66,5 % de prévalence
Entre 2014 et 2023 : 15 % La maladie a donc été divisée par plus de quatre en trente ans.
Pourquoi cette baisse ?
Cette réduction s’explique par plusieurs politiques publiques structurées, notamment le Programme National de Lutte contre les Maladies Tropicales Négligées à Chimiothérapie Préventive (PNLMTN-CP).
Les principales actions :
Distribution massive du médicament praziquantel aux enfants d’âge scolaire
Campagnes de traitement communautaire
Sensibilisation à l’hygiène
Amélioration progressive des infrastructures WASH (eau, assainissement, hygiène)
Traitement ponctuel de certains plans d’eau
La stratégie de traitement de masse (MDA) a permis de faire chuter significativement les infections.
Des zones encore fortement touchées
La maladie n’est pas répartie de manière homogène. La région sanitaire du Tonkpi, à l’ouest, présente la prévalence la plus élevée (50,1 %). À l’inverse, des zones comme Abidjan 1 – Grands Ponts affichent des taux inférieurs à 3 %.
Les facteurs environnementaux jouent un rôle clé : les zones situées à basse altitude (moins de 400 mètres) sont près de cinq fois plus exposées qu’en altitude, l'eau stagnante y favorisant les escargots porteurs du parasite.
Qui est le plus exposé ?
L’étude identifie des profils de risque précis :
Le genre : Les hommes et les garçons ont un risque accru de 24 % par rapport aux femmes, souvent en raison d'activités comme la pêche ou la baignade.
L'âge : Les adolescents de plus de 15 ans sont 2,4 fois plus à risque que les enfants de 6 à 10 ans.
Les plus jeunes : Fait important, 16,6 % des enfants d'âge préscolaire sont touchés, ce qui plaide pour leur inclusion systématique dans les futurs traitements.
Une victoire partielle
Malgré les progrès, la Côte d’Ivoire reste dans une zone d’endémicité modérée. Les chercheurs recommandent de renforcer la surveillance, d'intégrer les enfants de moins de 5 ans aux programmes et de développer massivement l'accès à l'eau potable.
Le défi des prochaines années : La schistosomiase n’est plus une fatalité massive, mais elle reste un indicateur des inégalités sociales. La prochaine étape sera structurelle : urbanisation maîtrisée et réduction de la pauvreté. Car derrière les statistiques, il s'agit du capital humain et de la santé des enfants ivoiriens.