CAN 2025 : Sénégal-Maroc, la finale se joue désormais au tribunal
Ce n’est pas un match retour. Contrairement à ce qui circule sur les réseaux sociaux, la finale de la CAN 2025 ne sera pas rejouée. Mais c’est bien une deuxième manche qui s’ouvre ce jeudi 8 octobre en Suisse. Le Tribunal arbitral du sport (TAS) examinera à Lausanne l’appel déposé par la Fédération sénégalaise de football (FSF) contre la Confédération africaine de football (CAF) et la Fédération royale marocaine de football (FRMF). Au centre des débats, une seule question : le titre arraché sur le terrain par le Sénégal peut-il lui être retiré sur tapis vert ?
Rabat, 18 janvier : la nuit où tout a basculé
Pour comprendre, il faut revenir à cette finale explosive au Complexe Moulay Abdellah. Dans le temps additionnel de la seconde période, alors que le score est toujours de 0-0, l’arbitre accorde un penalty au Maroc, quelques instants seulement après avoir refusé un but au Sénégal. La colère monte côté sénégalais. Sur instruction de leur sélectionneur Pape Thiaw, les Lions quittent la pelouse et restent hors du terrain pendant 16 minutes.
Ils finissent par revenir. Et ce sont eux qui ont le dernier mot : Pape Gueye trouve le chemin des filets à la 94e minute et offre la victoire 1-0 au Sénégal. Dakar exulte, le trophée prend la route de la Teranga.
Le 17 mars, le titre change de camp
La fête sera de courte durée. Le Maroc conteste. Deux mois après la finale, le jury d’appel de la CAF, saisi par la FRMF, retire le titre au Sénégal. L’instance continentale s’appuie sur les articles 82 et 84 du règlement de la compétition, qui encadrent l’abandon de terrain, et déclare les Lions forfaits. Le Maroc se voit attribuer une victoire 3-0 sur tapis vert et devient champion d’Afrique.
Le coup est rude pour Dakar, qui ne lâche rien. Le 25 mars 2026, la FSF saisit le TAS. Elle demande l’annulation de la décision de la CAF et réclame que le Sénégal soit déclaré vainqueur de la CAN 2025.
Huis clos, trois juges et une procédure en français
Pas de caméras, pas de public. L’audience débutera à 9h30 et devrait se prolonger dans l’après-midi. Aucune des parties n’ayant demandé qu’elle soit publique, elle se tiendra à huis clos, sans la presse.
Trois arbitres européens tiendront le sifflet juridique : le Français Gérald Simon, qui préside la formation, l’Italien Luigi Fumagalli et l’Allemand Ulrich Haas. Les parties se sont accordées pour que toute la procédure se déroule en français.
Les deux fédérations seront présentes en personne à Lausanne, tandis que la CAF sera représentée par ses avocats. Faute d’accord entre les parties pour une procédure accélérée, le dossier a suivi le calendrier ordinaire du TAS, ce qui explique ces longs mois d’attente.
Pas de verdict jeudi soir
Que les supporters ne s’attendent pas à un dénouement immédiat. À l’issue de l’audience, les trois arbitres entameront leurs délibérations. Le TAS a prévenu que sa décision ne tomberait pas le jour même, sans pouvoir avancer de date. Selon plusieurs observateurs, il faudra patienter plusieurs jours, voire plusieurs semaines.
D’ici là, la situation reste figée sur le papier : c’est la décision de la CAF qui fait foi, et le Maroc demeure officiellement champion d’Afrique. Le TAS a d’ailleurs appelé à la prudence face aux nombreuses informations qui circulent sur ce dossier, un avertissement qui tombe à pic au vu des visuels qui annoncent un match rejoué.
Pape Thiaw, l’ombre au cœur du dossier
Ironie du calendrier, l’homme qui a donné l’ordre de quitter la pelouse n’est plus sur le banc. Pape Bouna Thiaw a été remercié par la Fédération sénégalaise en juillet, après un Mondial 2026 jugé décevant. Son geste de Rabat reste pourtant la pièce maîtresse du dossier que les juges vont examiner.
Pour le Sénégal, l’enjeu dépasse un trophée : il s’agit de récupérer une étoile gagnée sur le terrain. Pour le Maroc, de faire confirmer qu’un règlement s’applique à tous, même en finale. Jeudi, à Lausanne, le match se jouera à coups d’arguments. Le coup de sifflet final, lui, tombera plus tard.