Cancer du col de l'utérus : les chiffres alarmants de l'État ivoirien, et 5 choses à savoir sur cette maladie qui tue en silence
Le ministère de la Santé, de l'Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle a livré des chiffres sans détour sur l'ampleur du cancer du col de l'utérus en Côte d'Ivoire. Une maladie qui s'impose aujourd'hui comme l'un des cancers les plus meurtriers chez la femme ivoirienne, alors qu'elle reste, dans la majorité des cas, évitable.
Les chiffres qui inquiètent l'État
Selon les données officielles, l'incidence annuelle du cancer du col de l'utérus est estimée à 2 360 nouveaux cas en Côte d'Ivoire, avec un taux de mortalité supérieur à 60 %, soit plus de 1 400 décès par an. Ce cancer occupe désormais le premier rang des cancers les plus fréquents chez la femme en Côte d'Ivoire, selon les données les plus récentes relayées par l'OMS.
Autre donnée tout aussi préoccupante : sans un renforcement rapide de la prévention, les projections évoquent plus de 5 400 nouveaux cas et 3 370 décès attendus d'ici 2045, selon les estimations de la Direction de coordination du Programme élargi de vaccination. Une trajectoire que les autorités sanitaires tentent désormais d'inverser à travers un plan national budgétisé à plus de 28 milliards de FCFA pour la période 2025-2030.
5 choses à savoir sur le cancer du col de l'utérus
1. C'est quoi, exactement ?
Le col de l'utérus est la partie basse de l'utérus, qui fait la jonction avec le vagin. Le cancer qui s'y développe apparaît lorsque des cellules de cette zone deviennent anormales et se multiplient de façon incontrôlée. Contrairement à d'autres cancers, il ne surgit pas brutalement : il faut généralement dix à quinze ans entre l'infection initiale et l'apparition d'un cancer, avec des lésions précancéreuses qui évoluent progressivement si elles ne sont pas repérées à temps.
2. Sa cause principale porte un nom : le HPV
Le cancer du col de l'utérus est causé par une infection persistante au papillomavirus humain (HPV), dont les types 16 et 18 sont responsables de près de 70 % des cas. Le HPV est une infection sexuellement transmissible extrêmement répandue : près de huit femmes sur dix y seront exposées au cours de leur vie. Dans la majorité des cas, l'organisme élimine seul le virus. Le danger survient lorsque l'infection persiste dans la durée, sans être détectée.
3. Il peut ne donner aucun symptôme pendant des années
C'est ce qui le rend si redoutable. Aux premiers stades, la maladie est le plus souvent silencieuse. Lorsque des symptômes apparaissent, ils peuvent prendre la forme de saignements vaginaux anormaux (entre les règles, après un rapport sexuel ou après la ménopause), de pertes vaginales inhabituelles ou malodorantes, de douleurs pelviennes, de douleurs pendant les rapports, ou d'un amaigrissement inexpliqué à un stade plus avancé. D'où l'importance de ne pas attendre l'apparition de signes pour se faire dépister.
4. Certains comportements et facteurs augmentent le risque
Au-delà du HPV, plusieurs éléments accroissent la vulnérabilité des femmes en Côte d'Ivoire : la précocité des premiers rapports sexuels, la multiplicité des partenaires, les accouchements répétés, le tabagisme, ainsi que l'infection par le VIH, qui accélère nettement la progression de la maladie. Les femmes vivant avec le VIH seraient, selon certaines données sanitaires, plusieurs fois plus exposées que les autres.
C'est l'un des cancers les plus évitables qui soient
Deux outils permettent de faire reculer la maladie de façon spectaculaire lorsqu'ils sont utilisés à temps : la vaccination contre le HPV, idéalement avant le début de la vie sexuelle, qui protège contre les souches les plus dangereuses, et le dépistage régulier, qui permet de repérer les lésions précancéreuses avant qu'elles ne dégénèrent. En Côte d'Ivoire, ces deux services sont censés être disponibles dans l'ensemble des plus de 3 000 centres de santé publics du pays, avec en plus la possibilité de l'auto-prélèvement, qui permet aux femmes de réaliser elles-mêmes leur test de dépistage en toute intimité.
Le marché des « produits secrets » pointé du doigt
Il y a un autre sujet, plus discret, que soulèvent de plus en plus de médecins en Côte d'Ivoire : la place grandissante de certains produits vendus sur les marchés et présentés comme des solutions pour l'hygiène intime, le resserrement vaginal ou pour « pimenter » la vie de couple. Décoctions de feuilles, poudres, produits senteurs à insérer : ces articles, souvent vendus sans indication claire de leur composition, connaissent un succès grandissant auprès de nombreuses femmes, entre bouche-à-oreille et publicités sur les réseaux sociaux.
Des gynécologues ivoiriens alertent régulièrement sur les risques liés à cette pratique. Selon eux, la flore vaginale a un équilibre naturel fragile, que ces produits et décoctions peuvent perturber, rendant les tissus plus vulnérables aux infections, dont celles à HPV. Il ne s'agit pas d'affirmer que ces produits provoquent directement le cancer du col de l'utérus, mais les spécialistes recommandent une grande prudence : toute pratique qui agresse la muqueuse vaginale peut fragiliser les défenses naturelles de l'organisme face aux infections, à un moment où la priorité reste justement de préserver cette barrière. C'est une piste que la recherche scientifique continue d'explorer, mais elle illustre à quel point l'information sur la santé intime reste un enjeu de taille dans le pays.
Au fond, le combat contre le cancer du col de l'utérus dépasse la seule question médicale. Il interroge l'accès réel à l'information, la capacité à briser le tabou autour des maladies gynécologiques, et la confiance que les femmes accordent au système de santé pour se faire dépister avant qu'il ne soit trop tard.
Les outils existent, les moyens commencent à suivre. Reste à faire en sorte que chaque femme, où qu'elle se trouve dans le pays, puisse réellement s'en saisir.