« Ce n’est pas un État juste » : Nady Bamba brise le silence sur sa vie, le pouvoir et les épreuves aux côtés de Laurent Gbagbo
Longtemps restée en retrait aux côtés de l’ex-président Laurent Gbagbo, Nady Bamba sort de l’ombre médiatique. Dans une interview accordée à Brut, elle livre une parole rare, mêlant confidences personnelles, épreuves vécues et critiques assumées du pouvoir actuel. Son livre Se lever, se relever, s’élever (paru le 8 mars 2026) prolonge cette prise de parole, entre intime et politique.
Une identité affirmée au-delà du statut
C’est une grâce d’être la femme du président Laurent Gbagbo, mais je suis aussi Nady Bamba.
Fière de son union sans s’y enfermer, elle revendique une identité propre. Pour elle, la puissance féminine ne se mesure ni aux diplômes ni à la richesse, mais à la capacité à affronter ses peurs :
La femme puissante, c’est celle qui a peur, mais qui sait vaincre ses peurs.
Longtemps perçue comme une « femme de l’ombre », elle se présente aujourd’hui comme une femme construite dans l’adversité, loin des clichés.
Coup de tonnerre politique
Non, pas du tout… je ne crois pas qu’on soit dans un État juste.
C’est la déclaration la plus frontale de l’entretien. Une prise de position rare, ouvertement critique. Nady Bamba dénonce les arrestations qu’elle juge « profondément injustes » de figures proches de l’opposition, comme Ziggy, Damana Pickass ou Gana Koné.
Nady Bamba qualifie d’« injustes » les emprisonnements de militants comme Ziggy, Damana Pickass et Gana Koné. Elle critique particulièrement les conditions d’arrestation de Ziggy et voit dans ces actes une répression contre ceux qui s’opposent au « quatrième mandat » via les réseaux sociaux.
Dès l’instant où on peut arrêter quelqu’un parce qu’il exprime une opinion différente, ce n’est pas juste
Lance-t-elle, refusant de croire en un État équitable pour tous les Ivoiriens.
Elle pointe notamment des jeunes interpellés pour leurs prises de position sur les réseaux sociaux et adresse un message clair aux dirigeants :
On ne peut pas diriger en enfermant les gens. Ça ne marche pas comme ça.
Contre la « courtisanerie » des réseaux
Le réseau, c’est un peu de la courtisanerie
Dans son livre, elle s’attaque à un mal profondément ancré dans la société : le système des « bras longs ». Selon elle, compter sur ses relations plutôt que sur ses compétences est une erreur stratégique.
Quand ton bras long tombe, tu tombes avec lui.
À rebours de cette logique, elle encourage les jeunes à miser sur le travail et la compétence :
Tu n’as pas besoin d’être le bon petit de Nady pour réussir. Si tu travailles bien, Nady te courra derrière.
Un discours volontairement provocateur dans un contexte où les réseaux d’influence restent déterminants.
Épreuves et rôle de pilier dans la tourmente
Derrière la parole publique se dessine un parcours marqué par des épreuves majeures : l’arrestation de Laurent Gbagbo, son transfèrement à la CPI, l’exil, les comptes gelés.
Dans cette période critique, Nady Bamba révèle avoir joué un rôle central. Grâce à ses propres activités, elle a financé la défense de son mari et assuré les dépenses essentielles :
Si je n’avais pas travaillé, je n’aurais pas pu payer ses avocats.
Elle affirme que la politique a tenté de la « briser » en s’attaquant à ses affaires. Face à cela, elle fait un choix radical : se retirer et privilégier sa famille.
J’ai compris que ce n’est pas l’argent qui compte.
Un choix assumé, sans regret. Quant aux critiques, notamment sur les réseaux sociaux, elle choisit de les ignorer : ne pas entendre, pour ne pas être atteinte.
Inspirations spirituelles et appel aux femmes
Sur le plan spirituel, Nady Bamba cite deux figures féminines qui l’inspirent : Esther, pour son courage stratégique, et Aïcha, pour sa résilience face aux calomnies.
Dans la continuité de son livre, elle adresse un message clair aux femmes ivoiriennes :
Lève-toi et agis pour ta liberté.
Pour elle, cette liberté repose sur deux piliers essentiels : la formation et l’indépendance financière. Refusant de se poser en donneuse de leçons, elle préfère partager son expérience avec simplicité : ''Je les aime''.
Après des années de silence, Nady Bamba ne se contente plus d’accompagner l’histoire : elle prend la parole et impose son regard.
Entre critique du système, rejet de la dépendance aux réseaux et plaidoyer pour l’autonomie, elle dessine le portrait d’une femme forgée par les épreuves, mais restée debout.
Une parole rare, à la fois intime et politique, qui interroge la justice, le pouvoir et la place des femmes dans la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui.