Côte d’Ivoire : un gisement d’or de 115 tonnes découvert à Boundiali, 300 milliards FCFA en jeu
Le sous-sol de la Bagoué n’a pas fini de faire parler de lui. Le jeudi 8 octobre 2026, à la Primature, la société australienne Aurum Resources a présenté au Premier ministre Robert Beugré Mambé un projet minier qui pourrait redessiner la carte aurifère de la Côte d’Ivoire. Elle y a annoncé un gisement d’or de classe mondiale dans la région de Boundiali. Le chiffre a fait le tour des réseaux sociaux en quelques heures : 115 tonnes d’or.
115 tonnes d’or sous les pieds de Boundiali
Le chiffre est avancé par le patron du groupe lui-même. Selon Caigen Wang, PDG d’Aurum Resources, les résultats des deux dernières années ont permis d’identifier des ressources estimées à environ 115 tonnes d’or.
Il faut toutefois bien lire ce chiffre. Ces 115 tonnes correspondent à une estimation de l’or présent dans le sous-sol, ce que les géologues appellent des « ressources ». Elles ne seront pas toutes extraites. Les études techniques publiées par la société en juin évaluaient la réserve probable, c’est-à-dire la part jugée économiquement exploitable, à 1,21 million d’onces, soit environ 37 tonnes. Elles prévoyaient aussi de récupérer 86,7 % du métal contenu dans le minerai traité. L’entreprise compte bien augmenter cette réserve en poursuivant ses forages.
Le terme de « découverte » mérite aussi d’être nuancé, car le gisement n’est pas sorti de terre du jour au lendemain. Aurum est entrée dans le projet fin 2023, en rachetant la société ivoirienne PlusOr Global, qui détenait des droits sur les permis d’exploration de Boundiali. Depuis, les estimations n’ont cessé de grimper : 1,59 million d’onces en janvier 2025, 3,03 millions en février 2026, puis 3,22 millions en mai. L’annonce de 115 tonnes, soit environ 3,7 millions d’onces, marque une nouvelle étape dans cette ascension.
Le gouvernement parle de « classe mondiale »
Côté autorités, l’enthousiasme est palpable. Le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa Coulibaly, a salué une découverte de « classe mondiale ». Selon lui, c’est la quatrième de cette envergure mise au jour dans le pays ces dernières années.
Il va même plus loin. Au vu des 115 tonnes déjà estimées et des perspectives ouvertes par l’exploration en cours, le ministre estime que Boundiali pourrait devenir le gisement le plus important de Côte d’Ivoire.
Le chef du gouvernement, lui, veut aller vite. Robert Beugré Mambé a encouragé les promoteurs à accélérer le projet et demandé à toutes les parties prenantes de prendre leurs dispositions pour éviter le moindre retard.
Construction fin 2026, premier or en 2028
Le calendrier est désormais fixé. Le PDG d’Aurum a annoncé le lancement des travaux de construction de la mine à la fin de 2026, pour une première coulée d’or prévue au premier semestre 2028.
Les chiffres présentés à la Primature donnent la mesure du chantier. L’usine devrait traiter 6,8 millions de tonnes de minerai par an, pour une production annuelle estimée à 6,2 tonnes d’or. L’investissement est évalué à environ 503 millions de dollars, soit près de 300 milliards de francs CFA.
La durée de vie de la mine est pour l’instant estimée à onze ans, avec une production totale d’environ 1,5 million d’onces d’or sur cette période. L’exploitation se fera à ciel ouvert, et l’usine de traitement sera alimentée par cinq fosses.
L’ambition ne s’arrête pas là. Aurum entend poursuivre intensivement ses forages pendant trois ans pour accroître les ressources. Son objectif : une production qui pourrait grimper jusqu’à 30 tonnes d’or par an, un horizon encore lointain qui dépendra des résultats de l’exploration.
Des milliers d’emplois attendus dans le Nord
Pour la région, l’enjeu se mesure aussi en postes de travail. Le chantier de construction devrait générer environ 4 200 emplois directs et indirects, puis plus de 2 200 pendant la phase de production.
Le gouvernement assure vouloir que les communautés en profitent durablement. Le ministre a insisté pour que l’exploitation serve de levier de développement, avec des infrastructures au profit des populations riveraines. Ces bénéfices devront perdurer au-delà de la fermeture de la mine, une ligne que l’État compte appliquer à tous les grands projets miniers du pays.
Sur le plan administratif, le terrain est en partie déblayé. En mai dernier, le ministère de l’Environnement a délivré trois certificats de conformité environnementale au projet, une étape préalable à l’octroi des permis d’exploitation.
Une ceinture aurifère déjà très convoitée
Boundiali ne surgit pas de nulle part. Le projet se situe sur la même ceinture de roches vertes que la mine de Syama au Mali, celle de Sissingué exploitée par Perseus Mining, et le projet Koné de Montage Gold. La zone est devenue l’un des terrains de chasse favoris des compagnies minières en Afrique de l’Ouest.
Les investisseurs l’ont bien compris. Au capital d’Aurum figurent notamment Perseus Mining, avec 9,9 % des parts, et Zhaojin Capital, avec 7,2 %.
Cap sur les 100 tonnes par an
Pour la Côte d’Ivoire, Boundiali tombe à pic. Le pays vise une production nationale de 100 tonnes d’or par an d’ici une dizaine d’années, contre 59,33 tonnes en 2025. Avec 6,2 tonnes prévues chaque année, la future mine apporterait à elle seule plus de 10 % de la production actuelle.
Le prochain rendez-vous est déjà fixé. Le conseil d’administration d’Aurum a validé le passage à l’étude de faisabilité définitive, avec une décision finale d’investissement visée à la fin de l’année 2026. C’est elle qui dira si l’or de Boundiali tient toutes ses promesses.