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Mexique : la chute d’El Mencho embrase le pays et révèle la fragilité d’un ordre sous tension

Choas au Mexique après la mort de Nemesio Oseguera Cervantes, alias El Mencho, leader du Cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG)
L’élimination du chef du cartel Jalisco Nouvelle Génération a déclenché une vague de violences d’une rare intensité. Barrages en flammes, échanges de tirs, déploiements militaires massifs : au-delà du fait sécuritaire, c’est l’équilibre stratégique du Mexique qui vacille.
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La mort de Nemesio Oseguera Cervantes, alias El Mencho, leader du Cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), n’a pas marqué la fin d’un cycle. Elle en a ouvert un autre. En quelques heures, plusieurs villes de l’ouest du pays ont été paralysées : véhicules incendiés, routes bloquées, commerces fermés, aéroports perturbés.

Au moins 73 personnes auraient perdu la vie, dont 25 membres de la Garde nationale, selon le décompte de responsables sécuritaires mexicains. L’État mexicain a déployé des milliers de soldats pour contenir une riposte que beaucoup redoutaient.

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Une organisation tentaculaire, une riposte calculée

Le CJNG n’est pas un cartel périphérique. Il est considéré comme l’un des plus puissants et des plus structurés du pays, opérant dans 28 des 32 États mexicains. Son modèle repose sur une combinaison de contrôle territorial, d’intégration logistique et d’intimidation spectaculaire.

La neutralisation d’El Mencho, localisé selon plusieurs sources grâce au suivi de son entourage proche, constitue un succès opérationnel pour les autorités. Mais l’histoire récente des cartels mexicains montre que la décapitation d’un leadership ne suffit pas à démanteler une structure.

Le risque est double : fragmentation interne avec luttes de succession, ou offensive de groupes rivaux cherchant à s’approprier les couloirs stratégiques du CJNG.

Choas au Mexique après la mort de Nemesio Oseguera Cervantes, alias El Mencho, leader du Cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG)

Le fentanyl, cœur de l’économie criminelle

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Le cartel est identifié comme l’un des principaux fournisseurs de fentanyl, de méthamphétamines et de cocaïne vers l’Amérique du Nord. Le fentanyl, en particulier, est devenu l’épine dorsale d’une économie clandestine aux marges colossales.

Sa production à faible coût et sa puissance létale en font un produit à haut rendement, alimentant une crise sanitaire internationale tout en consolidant la puissance financière des organisations criminelles.

L’enjeu dépasse donc la capture d’un homme : il concerne un système transnational structuré par la demande, la corruption, les routes maritimes et terrestres, et une capacité d’adaptation permanente.

Pressions géopolitiques et démonstration de force

L’opération intervient dans un contexte de fortes pressions diplomatiques, notamment de la part du président américain Donald Trump, qui a multiplié les déclarations exigeant un durcissement de la lutte antidrogue et brandissant la menace d’interventions plus directes.

Pour Mexico, l’équation est délicate : affirmer sa souveraineté tout en répondant aux attentes d’un partenaire commercial majeur. L’élimination d’El Mencho peut ainsi être lue comme un signal politique autant que sécuritaire.

Mais une question demeure : neutraliser une figure centrale suffit-il à affaiblir une organisation dont la gouvernance est distribuée et dont les relais sont multiples ?

Un tournant symbolique, une incertitude stratégique

La chute d’El Mencho est hautement symbolique. Elle démontre la capacité des forces de sécurité à atteindre des cibles considérées comme intouchables.

Cependant, le CJNG n’était pas seulement structuré autour d’un chef charismatique. Il s’agit d’un réseau profondément enraciné dans l’économie informelle, les flux logistiques internationaux et certaines zones rurales marginalisées.

La séquence actuelle pourrait donc ouvrir une période de recomposition violente. Les cartels rivaux pourraient chercher à redessiner la carte criminelle du pays, accentuant l’instabilité à court terme.

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Au-delà de l’événement, le Mexique se trouve à un carrefour : renforcer durablement l’État de droit ou voir se multiplier les cycles de confrontation entre pouvoir central et puissances criminelles.

La mort d’un homme ne suffit pas à clore une guerre. Elle en redéfinit les lignes.

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