Ne pas siffler la nuit, piler dans un mortier vide… Ces mythes qui ont bercé l’enfance africaine
Qui n’a jamais reçu une réprimande immédiate pour avoir sifflé la nuit ou s’être assis sur le seuil d’une porte ?
Dans nos foyers, ces interdits étaient la loi, transmis de génération en génération souvent sans mode d’emploi mais chargés d’une aura mystérieuse.
On nous disait : « Ne fais pas ci », « Ne fais pas ça ». Parfois, une explication suivait… mais très souvent non. On nous le disait sans toujours nous expliquer pourquoi, comme des règles immuables qu’il ne fallait ni questionner ni transgresser.
Entre sagesse ancestrale et leçons de vie déguisées, redécouvrez ces croyances qui ont rythmé l’enfance africaine et qui, aujourd’hui encore, continuent de murmurer à nos oreilles d’adultes.
Il est important de souligner que leurs explications et leurs significations varient selon les cultures, les régions et les ethnies. Pourtant, beaucoup de ces mythes se rejoignent, se ressemblent et traversent les frontières, témoignant d’un socle culturel commun profondément enraciné.
Les signes de chance et de destinée
Qui n’a jamais entendu dire que si un oiseau te fait dessus, c’est ton jour de chance ? Une situation pourtant désagréable devenait soudain porteuse d’espoir.
De même, avoir des cheveux blancs à un jeune âge était souvent interprété comme un signe de richesse future, de sagesse ou d’une destinée particulière, selon les cultures.
Le poids des paroles et des actes
L’éducation passait aussi par une grande vigilance verbale.
Il était formellement déconseillé de se moquer ou de juger l’apparence d’autrui :
On ne se moque pas des personnes handicapées.
On ne dit pas que quelqu’un est trop laid.
Selon la croyance, les paroles pouvaient se retourner contre celui qui les prononçait, et l’on disait même que l’enfant à naître pourrait en porter les marques. Derrière ce mythe se cachait une leçon profonde sur le respect, l’humilité et la responsabilité des mots.
La nuit : entre mystère et interdits
La nuit occupait une place particulière dans l’imaginaire africain. Elle était perçue comme un moment où le monde visible et l’invisible se croisent.
On ne se regarde pas dans le miroir la nuit, cela appelle la folie ou la mort.
On ne balaie pas la nuit, car on chasse les bénédictions.
On ne siffle pas la nuit, pour ne pas attirer les mauvais esprits.
On ne répond pas quand on entend quelqu’un appeler son nom la nuit, même si la voix est familière, tant qu’on n’est pas sûr de voir la personne.
Ces interdits, bien que formulés différemment selon les cultures, se retrouvent dans de nombreuses régions du continent.
Les ancêtres et le respect des espaces
Dans plusieurs traditions, s’asseoir au seuil de la porte était strictement interdit.
On disait que cela bloquait l’accès aux ancêtres, ou encore que cela revenait symboliquement à mettre en danger la vie d’un parent.
De la même manière, laisser le linge dehors la nuit exposait celui-ci au risque d’être souillé par les esprits.
Le corps et les croyances populaires
Certains mythes concernaient directement le corps et la santé :
Attacher un fil autour du gros orteil pour calmer les maux de ventre.
Piler dans un mortier vide, un acte fortement déconseillé, car il symbolisait souvent le fait de piler le cœur des parents, annonçant maladie ou malheur.
Ne pas couper ses ongles la nuit,
Ne pas se laver très tard,
Ne pas vendre ni acheter du sel la nuit, ni des objets tranchants (lame).
Là encore, les explications variaient, et parfois, il n'était pas bien expliqué. On savait simplement que cela ne se faisait pas.
Des mythes transmis sans explications claires
La réalité est que beaucoup de ces croyances n’ont jamais été véritablement expliquées. Elles ont été transmises telles quelles, de génération en génération.
Aujourd’hui encore, certains hésitent à en donner une définition précise, car ces pratiques relèvent davantage du mythe, du symbolique et de la tradition orale que de la logique rationnelle.
Même si aujourd’hui nous avons grandi, étudié, voyagé et appris à expliquer le monde autrement, certains de ces mythes continuent de nous suivre et de nous accompagner. Par habitude, par respect ou simplement par héritage, il nous arrive encore de ne pas balayer la nuit, de ne pas répondre quand on entend son nom dans l’obscurité, ou d’éviter de s’asseoir au seuil de la porte.
Il est important de rappeler que la liste des mythes africains est très longue. Ceux évoqués ici ne représentent qu’une infime partie d’un immense patrimoine de croyances, dont les formes et les significations varient selon les cultures, les régions et les familles.
Ces mythes, qu’on les considère comme de simples récits ou comme des traditions profondes, continuent de vivre dans nos gestes quotidiens et parfois même dans la manière dont nous éduquons nos propres enfants. Ils témoignent de la force de la transmission orale et de la richesse de notre héritage culturel.
Et vous, quels mythes ont marqué votre enfance ?
Lesquels continuez-vous, consciemment ou non, à respecter encore aujourd’hui ?