Depuis la CAN 2022, les entraîneurs africains s’imposent progressivement à la tête des sélections nationales. Performances continentales, parcours historiques en Coupe du monde et stabilité des projets : le football africain semble avoir trouvé dans ses propres techniciens un nouveau levier de réussite.
Les sélections nationales africaines vivent une transformation profonde depuis plusieurs années. Longtemps dépendantes d’expertises étrangères, elles s’orientent désormais vers des entraîneurs issus du continent, capables d’incarner à la fois l’identité nationale, la réalité du terrain et les ambitions sportives. Cette dynamique, amorcée au début des années 2020, se confirme à travers les résultats observés en Coupe d’Afrique des nations et dans les campagnes de qualification au Mondial 2026.
Contexte historique : de la dépendance extérieure à l’affirmation locale
Pendant plusieurs décennies, la majorité des sélections africaines confiaient leurs équipes nationales à des entraîneurs européens ou sud-américains. Ce choix reposait sur une idée largement répandue : l’expérience tactique, la discipline et la crédibilité internationale viendraient nécessairement de l’extérieur. Pourtant, ces collaborations ont souvent été marquées par une instabilité chronique, des ruptures prématurées de contrat et une difficulté à s’adapter aux réalités du football africain.
Un tournant s’opère progressivement à partir de la CAN 2021–2022. Plusieurs sélections dirigées par des entraîneurs africains réalisent alors des parcours remarqués, démontrant qu’une autre voie est possible. La Côte d’Ivoire, sacrée championne d’Afrique en 2023 avec Émerse Faé, illustre parfaitement ce basculement : un coach local, proche des joueurs et du contexte national, capable de fédérer un groupe sous pression.
Dans la continuité, le Maroc de Walid Regragui marque l’histoire en atteignant les demi-finales de la Coupe du monde 2022, puis en s’installant durablement parmi les sélections africaines les plus compétitives. Ces réussites agissent comme un catalyseur et poussent d’autres fédérations à reconsidérer leur stratégie, en misant davantage sur des profils africains pour construire des projets cohérents et durables.
Impact profond sur le football africain
L’essor des sélectionneurs africains ne se limite pas à une question de nationalité. Il s’inscrit dans une logique de meilleure compréhension globale de l’écosystème footballistique africain. Ces entraîneurs connaissent les championnats locaux, les réalités sociales, les attentes du public et les parcours souvent hybrides des joueurs issus de la diaspora.
Cette proximité favorise une communication plus fluide avec les joueurs, une gestion humaine adaptée et une capacité à instaurer une discipline acceptée plutôt qu’imposée. Elle permet également de mieux gérer les contraintes spécifiques aux compétitions africaines : conditions climatiques, logistique, pression populaire ou calendrier chargé.
Sur le plan structurel, cette dynamique s’accompagne d’une montée en compétence des entraîneurs africains, soutenue par les formations CAF, les licences professionnelles et l’expérience acquise sur le continent comme à l’étranger. Les projets gagnent en stabilité, les fédérations réduisent les ruptures brutales de contrats et les résultats deviennent plus réguliers, tant en CAN que dans les qualifications mondiales.
Exemples de succès en finale de CAN
L’histoire de la Coupe d’Afrique des nations rappelle que les entraîneurs africains ont toujours été capables de mener leurs équipes au sommet :
Pape Thiaw (Sénégal) Vainqueur CAN 2025
Il confirme la solidité du modèle sénégalais, fondé sur la continuité, la formation et une forte identité collective.Émerse Faé (Côte d’Ivoire) Vainqueur CAN 2023
Arrivé dans un contexte difficile, il réussit à fédérer les Éléphants et à les conduire vers un sacre continental à domicile.Stephen Keshi (Nigeria) Vainqueur CAN 2013
Figure emblématique du leadership africain, il incarne la réussite d’un sélectionneur local à la tête d’une grande nation.Hassan Shehata (Égypte) Vainqueur CAN 2006, 2008, 2010
Triple sacre consécutif, référence absolue de la domination africaine moderne sur le banc de touche.Charles Gyamfi (Ghana) Vainqueur CAN 1963, 1965, 1982
Pionnier historique, il symbolise les premières grandes réussites des sélectionneurs africains.
Ces succès, anciens comme récents, démontrent que l’expertise africaine a toujours existé, mais qu’elle bénéficie aujourd’hui d’un contexte plus favorable à son expression durable.
Pays actuels dirigés par des sélectionneurs africains
En 2026, plusieurs sélections africaines ont fait le choix assumé de confier leur projet sportif à des entraîneurs issus du continent :
Côte d’Ivoire: Émerse Faé
Maroc: Walid Regragui
Mali: Éric Chelle
Sénégal: Pape Thiaw
Égypte: Hossam Hassan
Ghana: Otto Addo
Tunisie: Sami Trabelsi
Cap-Vert: Bubista
Burkina Faso: Brama Traoré
Togo: Daré Nibombé
Guinée: Kaba Diawara
Mozambique: Chiquinho Conde
Ces choix traduisent une volonté claire de bâtir des projets enracinés dans la réalité locale, tout en restant compétitifs sur la scène continentale et internationale.
Pourquoi ce retour vers les entraîneurs africains et pourquoi il fonctionne
Ce virage stratégique repose sur plusieurs facteurs clés :
une meilleure connaissance des talents locaux et binationaux,
une affinité culturelle facilitant la gestion des groupes,
une vision à long terme, moins dépendante de résultats immédiats,
et une capacité accrue à s’adapter aux réalités du football africain.
Les performances récentes titres continentaux, parcours historiques en Coupe du monde et régularité dans les qualifications montrent que ce choix n’est ni idéologique ni symbolique, mais profondément pragmatique.
Le football africain semble avoir franchi un cap décisif. En confiant leurs sélections à des entraîneurs africains, les fédérations n’opèrent plus un pari identitaire, mais un choix stratégique assumé. Les succès récents, du sacre du Sénégal en 2025 à celui de la Côte d’Ivoire en 2023, combinés aux parcours historiques du Maroc sur la scène mondiale, démontrent que l’expertise africaine est désormais un moteur de performance.
À l’approche de la Coupe du monde 2026, l’Afrique ne se contente plus de participer. Elle avance avec ses propres idées, ses propres leaders et une conviction renforcée : l’avenir de son football se construit aussi, et surtout, par ses propres talents africains.