Comment mon engagement à l’Union Européenne a forgé ma promesse à la jeunesse ivoirienne
Selon le Recensement Général de la Population et de l’Habitation 2021 (RGPH, 2021) les moins de 35 ans représentent plus de 75,6% de la population, cela veut dire que 3 personnes sur 4 sont jeunes. Une étude de 2025, menée par le consortium Interpeace, Indigo et Seed (Base-CI), révèle que les jeunes de 18 à 24 ans ont une propension à la violence politique significativement plus élevée que les autres tranches d’âge. Un jeune sur dix estime que la violence peut être nécessaire lorsque les décideurs politiques échouent à résoudre les problèmes de société.
Au regard de ces chiffres, en tant que jeune, il importe de faire un choix : soit agir pour faire bouger les lignes soit regarder et critiquer sans solution concrètes au risque que la majeure partie de la population soit laissée de côté et que les besoins des jeunes ne soient pas bien pris en compte. J’ai toujours ressenti au fond de moi cette vocation : être un guide pour les autres jeunes, les aider à devenir les architectes de leur propre destin plutôt que les simples spectateurs de l’histoire. Mais il manquait une étincelle, une direction précise à cet idéal. C’est au sein du Comité de jeunes (Youth Sounding Board) de l’Union européenne que le déclic a eu lieu.
Le déclic : de l’aspiration à l’action
Faire partie de ce groupe de vingt jeunes a été bien plus qu’une simple expérience. En échangeant avec des jeunes de tous horizons et des experts de l’Union européenne, j’ai compris une chose essentielle : pour être écoutée, la jeunesse doit être organisée, sérieuse et consciente de son rôle. Aujourd’hui, ma mission est claire : aider les citoyens à mieux comprendre les élections, encourager le dialogue et promouvoir une information responsable.
Avec les autres membres du Youth Sounding Board, j’ai mené plusieurs initiatives pour contribuer à des élections participatives et apaisées. J’ai organisé des ateliers d’échange jeunesse – CEI (Commission électorale indépendante) pour permettre aux jeunes de connaître les missions de l’institution en charge des élections et de déconstruire certains stéréotypes. J’ai aussi initié plusieurs webinaires afin de guider les jeunes sur la mise en application des 10 engagements de la charte du jeune citoyen positif que nous avons co-rédigée avec plusieurs organisations de jeunesse. Finalement, à travers le projet « regards croisés », j’ai observé les élections présidentielles et législatives en me concentrant particulièrement sur la question de la participation des femmes et des jeunes.
La Charte du Jeune Citoyen Positif : outil essentiel de l’engagement positif
Une des activités dont je suis le plus fier est celle de la Charte du Jeune Citoyen Positif. Il s’agit de 10 engagements de la jeunesse pour des élections apaisées.
Face au constat des crises et de la peur qu’engendrent les processus électoraux, ainsi que de la place qu’occupe la jeunesse dans cette réalité, cet outil se veut être un manuel d'excellence civique. La Charte met en avant des valeurs fondamentales pour la jeunesse ivoirienne, telles que le respect, la tolérance, le dialogue, la non-violence, l’engagement citoyen et la culture démocratique.
Pourquoi 10 engagements ? Pour donner aux jeunes les clés de la vigilance. Pour qu’ils sachent dire « NON » à la transhumance électorale, aux achats de voix…quand il le faut et « OUI » à la paix durable à travers des actions responsables et citoyennes. Il s’agit de transformer la posture de la jeunesse ivoirienne : une jeunesse dite inconsciente et violente en une jeunesse responsable et positive.
L’Union face à la division : La co-création comme moteur
La jeunesse ivoirienne est souvent perçue comme divisée. Pourtant, je reste convaincu que notre force réside dans notre capacité à nous asseoir autour d'une même table.
Pour que cette Charte ne soit pas seulement l’idée d’une seule personne mais le fruit d’une génération, j'ai mobilisé plusieurs organisations de jeunesse. Ensemble, nous avons pensé et écrit ce document. Pour faciliter l’appropriation de cette charte nous avons mis en place un document pédagogique afin de rendre plus explicite et plus concret les 10 engagements de la charte du jeune citoyen positif. Cette démarche de co-construction prouve qu'au-delà de nos différences, nous pouvons produire de la valeur et de l'impact pour notre pays.
C’est aussi ensemble que nous avons disséminé la Charte pour toucher le plus de jeunes possible. Toutes les organisations qui ont participé à la rédaction de ce manuel avaient inclut la Charte au menu de leurs différentes actions. Nous avons mené deux grandes caravanes de vulgarisation pour être au plus proche des jeunes. Plus de 30 villes et plus de 15 zones rurales (villages) ont été touchées en moins d’un an d’existence de cette initiative. Nos actions de terrain révèlent un paradoxe frappant : une jeunesse qui aspire profondément à s’engager mais qui le fait finalement assez peu. Pour beaucoup, être actif en politique voire simplement aller voter c’est inutile voire c’est se mettre en danger.
Conclusion : Être acteur de son temps
Mon passage au comité de jeunes de l'Union européenne a été le pont entre mon rêve d'enfant et mon devoir d'adulte. Aujourd'hui, plus de 50 000 jeunes ont adhéré à la Charte qui est pour moi un cri de cœur de la jeunesse ivoirienne et un appel à responsabilité.
Bien que les élections aient pris fin, les actions pour renforcer l’engagement civique de la jeunesse ivoirienne continuent. Le pays nous regarde, nos élus nous observent. J'invite chaque jeune Ivoirien à s'approprier les 10 engagements de la Charte pour être maitre de son avenir. Soyons rigoureux, soyons unis, et surtout, ne trahissons pas notre mission. Ensemble plaçons la jeunesse au cœur de la gouvernance : l'audace d'un partenaire, la puissance d'une vision.