Publicité

Coupures Intempestive d’Electricité à Abidjan : la croissance urbaine met le réseau à l’épreuve

Coupure d'électricité à Abidjan
Entre coupures répétées et colère grandissante, Abidjan fait face à des interruptions qui s’apparentent à des délestages. Si la Côte d’Ivoire demeure un géant de la production électrique, son réseau de distribution semble aujourd’hui sous tension face à l’accélération de la croissance urbaine. Pourquoi le champion régional de l’énergie peine-t-il à éclairer pleinement ses propres quartiers ?
Publicité

Depuis plusieurs semaines, les interruptions d’électricité se multiplient à Abidjan et dans plusieurs villes de l’intérieur du pays. Baisse de tension, coupures répétées, délestages nocturnes prolongés : la situation alimente une exaspération croissante. Derrière ces perturbations, un enjeu structurel apparaît nettement : l’adaptation d’un réseau fortement sollicité à une demande énergétique en progression constante.

Publicité

Des ménages et des PME fragilisés

À Yopougon, Cocody, Abobo, Songon ou encore dans certaines communes de l’intérieur, les témoignages se ressemblent. Les coupures surviennent sans préavis, parfois à plusieurs reprises dans la même journée.

Un internaute résume, avec ironie, la situation :
« Ils ont coupé à 1h du matin, c’est revenu à 15h, puis recoupé à 15h10, remis à 15h15… On dirait un remix. C’est quoi tout ça ? »

Derrière l’humour, la fatigue est réelle. Pour les petits entrepreneurs, chaque interruption représente une perte directe. Salles de jeux, commerces alimentaires, ateliers numériques ou salons de coiffure dépendent d’une alimentation continue. Les coupures nocturnes, parfois de 19h à 2h du matin, affectent également les familles, notamment en période de forte chaleur. Conservation des aliments, ventilation des logements, sécurité domestique : l’électricité est devenue une infrastructure vitale du quotidien urbain.

Une contestation amplifiée sur les réseaux sociaux

La colère s’exprime désormais publiquement. Sur les réseaux sociaux, certains abonnés interpellent directement la Compagnie Ivoirienne d’Électricité (CIE), dénonçant un manque d’anticipation et de communication.

Publicité

Parmi les voix qui se sont élevées, celle de l’influenceur et animateur Kevin Obin a particulièrement retenu l’attention. Sur ses plateformes sociales, il a exprimé une indignation partagée par de nombreux abonnés :

C’est tellement scandaleux que, dans un pays comme le nôtre, la CIE coupe le courant sans prévenir, au moins deux fois dans la journée et trois jours de suite ( tôt le matin et tard dans la nuit) ce, pendant des heures. Sur la tête de ma maman, le jour où ils auront un concurrent, je serai le premier abonné. Nous ne sommes pas des chiens quand même.

Quand on est une entreprise qui respecte ses clients, on informe ses abonnés

écrit un usager.
Un autre dénonce des

réponses automatiques qui ne servent à rien

Publicité

À Yopougon Koweït, un habitant s’inquiète :

Depuis hier nuit, pas de courant. Tout ce qui est dans mon frigo va se gâter.

D’autres évoquent des alternatives.

 Si l’on pouvait généraliser l’usage des panneaux solaires dans les ménages, ce serait intéressant

suggère un internaute, traduisant un désir croissant d’autonomie énergétique.

Ces réactions révèlent moins une contestation de principe qu’une demande de transparence, d’anticipation et de communication plus structurée.

Publicité

Maintenance sous haute contrainte

Sur le terrain, les équipes techniques poursuivent les interventions. Selon des responsables de la CIE, la forte chaleur actuelle soumet les ouvrages électriques à des contraintes importantes.

« Lorsque des chaînes d’isolateurs sont fissurées, le courant peut s’échapper vers le sol. Les dispositifs de protection se déclenchent automatiquement au poste source, ce qui entraîne des coupures dans les zones concernées », expliquent des agents.

Ces opérations sont indispensables pour éviter des incidents plus graves. Toutefois, certaines interventions nécessitent une mise hors tension totale pour des raisons de sécurité, notamment lors de travaux à proximité des lignes haute tension.
« Lorsque nous intervenons à proximité d’une ligne haute tension, nous devons couper l’alimentation de toute la zone afin de garantir la sécurité des équipes. »

Une demande énergétique en accélération

Plusieurs facteurs se combinent.

D’abord, la hausse saisonnière de la consommation. En période de chaleur intense, l’utilisation massive des climatiseurs, ventilateurs et équipements électroménagers exerce une pression accrue sur les transformateurs et les lignes.

Ensuite, la croissance démographique et l’expansion rapide d’Abidjan vers ses périphéries. De nouveaux quartiers émergent à un rythme soutenu, augmentant la charge sur des infrastructures parfois conçues pour des capacités inférieures. Enfin, les travaux de modernisation remplacement d’équipements vieillissants, renforcement des postes sources, extension du réseau peuvent eux-mêmes provoquer des interruptions temporaires.

Production maîtrisée, distribution sous tension

Les responsables du secteur se veulent rassurants : il n’existerait pas de déficit structurel de production. La Côte d’Ivoire disposerait de capacités énergétiques suffisantes pour couvrir la demande nationale et maintenir ses exportations régionales.

Le défi se situe davantage au niveau de la distribution. Transporter et distribuer l’électricité de manière fiable dans un contexte d’urbanisation accélérée exige une modernisation continue du réseau.

Autrement dit, la problématique actuelle n’est pas tant celle de la production que celle de l’adaptation des infrastructures à une croissance soutenue et à des pics de consommation de plus en plus fréquents.

Une question stratégique

Les autorités assurent que les travaux engagés permettront de réduire significativement les interruptions dans les prochaines semaines. Pour les ménages comme pour les entreprises, l’enjeu dépasse le simple confort. Dans une économie où les services, le numérique et les PME occupent une place croissante, la stabilité énergétique devient un facteur central de compétitivité.

Les coupures actuelles révèlent une tension transitoire entre dynamisme urbain et capacité d’adaptation des infrastructures. Elles rappellent surtout qu’au-delà de l’éclairage et de la climatisation, l’électricité constitue aujourd’hui l’ossature invisible de la performance économique nationale.

La stabilisation du réseau ne sera pas seulement un correctif technique. Elle sera un indicateur de maturité infrastructurelle dans un pays engagé dans une trajectoire de croissance rapide.

Publicité
Dernières vidéos
Publicité