Esaïe l’Original : après 14 ans de combat, le chanteur zouglou songe à quitter les projecteurs
Esaïe l’Original sort du silence, et ce n’est pas pour annoncer un tube. Le chanteur zouglou, qui s’est fait connaître avec « On les reconnaît », a partagé ce jeudi une réflexion intime sur son parcours, ses sacrifices et ses doutes. En toile de fond, une question qu’il formule sans détour : peut-on passer sa vie à poursuivre un rêve et finir par se demander s’il en vaut encore la peine ?
« Je ne vous écris pas pour me plaindre »
Tout commence en 2012, quand l’artiste se lance dans la musique avec l’ambition d’en vivre. Quatorze ans plus tard, il dresse un bilan fait d’espoir, de sacrifices, de déceptions, mais aussi de belles rencontres. Il reconnaît avoir continué d’avancer même quand les résultats n’étaient pas à la hauteur de ses efforts, investissant temps, énergie et argent dans sa passion.
Le plus dur, confie-t-il, n’est pas de travailler dur. C’est de constater qu’après toutes ces années, il ne vit toujours pas véritablement de son art. Il évoque aussi les « réalités du milieu musical » auxquelles tous les artistes ne sont pas préparés, sans les détailler. Et il prend soin de préciser qu’il n’écrit ni pour se plaindre ni pour susciter la pitié.
L’artiste, mais aussi le père
Le message prend ensuite un tour plus personnel. Derrière l’artiste, il y a un homme, un père et une famille. À force de vouloir réussir, Esaïe l’Original admet s’être parfois éloigné de ses enfants. Il se bat pour leur offrir un avenir meilleur, mais se demande s’il ne manque pas des moments précieux aujourd’hui en voulant construire demain.
2027, l’année de vérité
Le chanteur ne claque pas la porte. Il fixe plutôt une échéance : 2027 sera, dit-il, une année décisive. Il compte sortir son premier album et le défendre « avec tout ce qu’il a », pour voir jusqu’où son travail peut le conduire.
Mais il se montre lucide. Si les efforts continuent de dépasser les fruits récoltés, il pourrait reculer, quitter progressivement les projecteurs, faire moins de musique et reconstruire sa vie autour de nouvelles priorités. Ce ne serait pas, insiste-t-il, un désamour de la musique, mais la conclusion qu’on peut aimer profondément quelque chose sans lui sacrifier toute son existence.
Il s’en remet à Dieu pour la suite : « Je laisse Dieu guider mes pas. » Il remercie ceux qui le soutiennent depuis le début et conclut par une phrase qui résume son état d’esprit : si un jour on le voit prendre du recul, qu’on ne pense pas forcément qu’il a échoué, mais qu’il a peut-être simplement décidé de réussir autrement.
Un parcours entre tubes, voyages et épreuves
Esaïe l’Original est l’une des voix du zouglou de sa génération. Son titre « On les reconnaît » l’a installé sur la scène ivoirienne, et un classement des titres zouglou lui a reconnu en 2020 le statut d’artiste majeur de sa génération. Il est aussi l’auteur de « Pardon faut circuler », autre titre qui a marqué son public.
Sa carrière a connu des virages. Il s’est séparé de son producteur d’alors, Willy Bénédiction Tetchi, et s’est rapproché de la plateforme de streaming zouglou Zouglouzik. Il s’est aussi envolé pour la France pour une série de concerts, un premier séjour parisien très commenté sur les réseaux sociaux.
L’année 2023 a été plus sombre. Dans la nuit du 3 au 4 juin, de retour de Yamoussoukro, il a été impliqué dans un accident sur l’autoroute du Nord, qui a coûté la vie à un jeune étudiant et blessé une jeune fille. Jugé le 8 juin au tribunal de première instance de Toumodi, il a été condamné à six mois de prison dont cinq avec sursis. Le groupe VDA et le chanteur coupé-décalé Safarel Obiang lui avaient alors apporté leur soutien.
Depuis, l’artiste n’a pas déserté le terrain. Il a enchaîné les singles : « C’Gaté » et « Tu es seul » en 2024, puis « J’ai ton besoin » fin novembre 2025, accompagné d’un clip dévoilé en décembre. En 2026, « Caaa se passer » est sorti en janvier et « Doucement » en avril. Un rythme soutenu, mais toujours sans album au compteur, ce premier projet qu’il annonce aujourd’hui pour 2027.
Sur Facebook, il se présente comme « le propriétaire du respect », et la formule lui va bien : après quatorze ans, c’est avec franchise qu’il demande à son public de comprendre qu’un artiste est aussi un homme, avec ses combats, ses responsabilités et ses limites.