Guinée : dissolutions de 40 partis et disparitions d’activistes, le climat politique se durcit
La transition guinéenne a franchi un cap décisif dans la nuit du vendredi 6 mars 2026. Par un arrêté du ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD) diffusé à la télévision nationale, les autorités ont prononcé la dissolution immédiate de 40 partis politiques. Cette décision, qui frappe au cœur de l'opposition, intervient dans un climat de répression croissante dénoncé par la société civile.
Une mise hors-jeu des poids lourds politiques
L'arrêté ministériel invoque des « manquements aux obligations légales » pour justifier la suppression de formations historiques, dont les leaders vivent aujourd'hui en exil :
L’UFDG de Cellou Dalein Diallo ;
Le RPG Arc-en-ciel de l’ancien président Alpha Condé ;
L’UFR de Sidya Touré.
Les conséquences juridiques sont radicales : perte immédiate de la personnalité morale, interdiction de toute activité sur le territoire et dans les missions diplomatiques, et mise sous scellés des sièges. Le texte prévoit également le placement sous séquestre des patrimoines et la nomination d'un liquidateur pour organiser la dévolution des biens.
L’opposition dénonce une « confiscation du pouvoir »
Pour les acteurs de la société civile, cette décision n’est que le volet administratif d’une stratégie de neutralisation plus vaste. Ibrahima Diallo, responsable du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), y voit « la suite logique d’un agenda visant à supprimer toutes les voix opposées au pouvoir ».
Au-delà de la bataille juridique, c'est l'intégrité physique des militants qui inquiète. Les organisations de défense des droits humains signalent :
Des arrestations arbitraires et des enlèvements présumés ;
Des disparitions forcées, certaines familles étant sans nouvelles de leurs proches depuis près de vingt mois ;
Des pressions exercées sur l'entourage des opposants exilés.
Des élections locales et législatives dans un climat de tensions
Cette décision intervient dans un contexte politique sensible. Le pays se prépare aux élections législatives et municipales prévues le 24 mai 2026.
Elles interviennent quelques mois après l’élection présidentielle du 28 décembre 2025, remportée par le général d’armée Mamadi Doumbouya.
Pour une partie de l’opposition et de la société civile, la dissolution de nombreux partis risque de fragiliser davantage le pluralisme politique et de réduire l’espace démocratique à l’approche de ces nouveaux scrutins.
Une crise politique aux implications régionales
La situation guinéenne intervient dans un contexte régional marqué par la multiplication des transitions militaires en Afrique de l’Ouest et par des tensions croissantes entre régimes militaires et organisations civiles.
L’évolution de la crise pourrait donc devenir un test majeur pour l’avenir de la gouvernance démocratique dans la région, mais aussi pour la capacité des institutions africaines à répondre aux dérives autoritaires.