Orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire : cinq chiffres pour comprendre l’ampleur d’un défi environnemental
Le lancement à Daoukro d’un projet de cartographie et de réhabilitation des terres dégradées par l’orpaillage illégal marque une nouvelle étape dans la lutte contre l’exploitation aurifère clandestine. Portée par l’Abidjan Legacy Program avec l’appui de la CEDEAO, cette initiative vise à mesurer précisément l’impact de ce phénomène qui s’est étendu à plusieurs régions du pays. Cinq chiffres permettent d’en saisir l’ampleur et les enjeux.
1. Des centaines de milliards de francs CFA de pertes économiques
Selon les estimations du ministère ivoirien des Mines, l’orpaillage clandestin engendre plusieurs centaines de milliards de francs CFA de pertes pour l’économie nationale.
Ces pertes résultent principalement de l’exploitation informelle de l’or, qui échappe aux circuits fiscaux et aux mécanismes de régulation de l’État. Une partie de la production est également exportée par des réseaux informels transfrontaliers, privant l’économie nationale de recettes fiscales et de valeur ajoutée locale.
2. Des milliers d’hectares de terres agricoles dégradées
L’exploitation artisanale illégale provoque une transformation radicale des paysages ruraux. Des milliers d’hectares de terres agricoles et forestières sont creusés, retournés ou abandonnés après extraction.
Les sols deviennent souvent impropres à l’agriculture en raison de la présence de trous profonds, de l’érosion et de la contamination chimique. Dans certaines localités, les populations doivent abandonner des parcelles autrefois cultivables.
3. Plusieurs régions du pays touchées
Initialement localisé dans certaines zones aurifères traditionnelles, le phénomène s’est progressivement étendu. Aujourd’hui, plusieurs régions ivoiriennes sont concernées, notamment dans le centre, le nord et l’ouest du pays.
Cette expansion s’explique par la hausse du prix mondial de l’or, mais aussi par les difficultés économiques qui poussent certains jeunes vers cette activité informelle.
4. Des substances chimiques dangereuses pour les populations
L’orpaillage clandestin repose souvent sur l’utilisation de mercure ou de cyanure pour extraire l’or du minerai. Ces substances peuvent contaminer les sols, les nappes phréatiques et les cours d’eau.
Les populations vivant à proximité des sites d’orpaillage sont alors exposées à des risques sanitaires significatifs : intoxications, maladies neurologiques et dégradation de la qualité de l’eau potable.
5. Une mobilisation institutionnelle croissante
Face à l’ampleur du phénomène, les autorités ivoiriennes ont engagé plusieurs initiatives. Le projet lancé à Daoukro le 27 février 2026 vise notamment à cartographier précisément les zones dégradées et définir des stratégies de réhabilitation des terres.
Porté par l’Abidjan Legacy Program et soutenu financièrement par la CEDEAO, le programme prévoit des actions de restauration forestière, d’amélioration de la productivité agricole et de développement de chaînes de valeur locales afin d’offrir des alternatives économiques aux populations rurales.
Transformer une crise environnementale en opportunité de transition
Pour le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Abou Bamba, l’orpaillage illégal constitue aujourd’hui l’un des défis majeurs de la gouvernance environnementale en Côte d’Ivoire.
Mais la réponse ne peut être uniquement répressive. Les experts réunis à Daoukro soulignent l’importance d’une approche globale combinant régulation, restauration écologique et création d’opportunités économiques pour les communautés locales.
L’enjeu dépasse la seule question minière. Il concerne la capacité du pays à préserver ses écosystèmes, sécuriser ses territoires ruraux et construire un modèle de développement où les ressources naturelles deviennent un levier de prospérité durable plutôt qu’un facteur de dégradation environnementale.