Sénégal : plus grande que la statue de la Liberté, voici l’histoire du géant de Dakar
Quand on atterrit à Dakar, il est impossible de le manquer. Sur la colline des Mamelles, à Ouakam, un homme de bronze torse nu, un enfant sur le bras et une femme à ses côtés, regarde vers l’Atlantique. Cinquante mètres de métal, posés au point le plus occidental du continent. Seize ans après son inauguration, le Monument de la Renaissance africaine reste la plus haute statue d’Afrique, et l’une des plus discutées.
Et il revient sur le devant de la scène. À une semaine des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026 (31 octobre au 13 novembre), l’État a annoncé sa réhabilitation, avec deux autres sites symboliques de la capitale.
Un géant plus haut que Lady Liberty
Les chiffres donnent le vertige. Selon les sources, la statue mesure entre 49 et 52 mètres. Juchée sur une colline d’une centaine de mètres, elle domine Dakar de ses quelque 157 mètres cumulés. Elle dépasse la statue de la Liberté (46 m) et le Christ rédempteur de Rio (43 m). Ce n’est pas un hasard : l’architecte Pierre Goudiaby Atepa assumait de vouloir faire “un peu plus grand” que celle de New York.
À l’intérieur, un ascenseur de 15 places monte jusqu’à la tête de l’homme, transformée en belvédère. Au rez-de-chaussée, une fresque retrace l’histoire de l’Afrique et de ses grandes figures. À l’étage, des salles d’exposition accueillent des œuvres venues de tout le continent, comme la “salle des rois” et son trône offert par l’Angola.
Une famille tournée vers la lumière
L’idée vient d’Abdoulaye Wade, alors président du Sénégal. Le monument représente une famille africaine, un homme, une femme et un enfant, qui s’arrache à la roche, sur une colline d’origine volcanique. Le message est celui d’un continent qui sort de siècles de ténèbres pour aller vers la lumière. Pour ses défenseurs, c’est l’émancipation de l’Afrique en bronze. Pour son créateur, une manière de dire que le continent peut lui aussi bâtir en grand.
Inauguré début avril 2010, en pleine célébration des 50 ans de l’indépendance du Sénégal, il avait réuni près de vingt chefs d’État africains. Les travaux ont duré environ 34 mois.
Dessiné à Dakar, forgé à Pyongyang
C’est là que l’histoire devient singulière. La statue a été réalisée par Mansudae Overseas Projects, l’entreprise nord-coréenne spécialisée dans les monuments géants. Si Pierre Goudiaby Atepa est crédité comme concepteur, le magazine Frieze rappelle que le sculpteur Virgil Magherusan, d’origine roumaine, a dessiné la sculpture elle-même. Le style, volontiers qualifié de “socialiste réaliste”, a vite alimenté les critiques.
Un chantier sous tension
Le projet a coûté environ 27 millions de dollars. Dans un pays où une grande partie de la population vit sous le seuil de pauvreté, la facture a fait scandale. Pour financer le chantier, l’État avait cédé 27 hectares de terrains publics autour de l’aéroport de Dakar. Wade a aussi réclamé 35 % des recettes du site au titre de la propriété intellectuelle, ce qui a fait polémique.
Le débat a aussi été religieux. Des voix, dont un imam, ont jugé les silhouettes trop dévêtues pour un pays à majorité musulmane. Malgré les polémiques, la statue est restée en place, puis a fini par s’imposer.
La carte postale de Dakar
Aujourd’hui, le monument est devenu un incontournable. Il accueille plus de 10 000 visiteurs par mois, et il suffit de passer devant en période de vacances pour le constater. Les écoliers en sont le public le plus régulier, et les touristes, eux, enchaînent les photos. Il faut compter plus de 200 marches pour atteindre le parvis, et la récompense est à la hauteur : la ville, l’océan, l’aéroport et, par temps clair, la presqu’île du Cap-Vert à perte de vue. Au pied du site, des vendeuses proposent fruits et arachides aux visiteurs essoufflés.
Pour monter jusqu’au sommet, les tarifs publiés dans la presse sénégalaise étaient de 3 000 FCFA pour les Sénégalais et 6 500 FCFA pour les étrangers. Le site ouvre de 9 h à 19 h 45.
Tout n’est pas rose pour autant. Dès 2020, la presse relevait du vert-de-gris sur le bronze et des recettes qui ne couvraient pas les charges d’entretien. D’où la réhabilitation annoncée avant les JOJ.
Un symbole qui dépasse le Sénégal
Le monument sert désormais de lieu de rencontres panafricaines. Il a célébré ses 15 ans en avril 2025, avec conférences et débats sur la Renaissance africaine. Des pays comme l’Angola y organisent leurs événements culturels. Pour ses défenseurs, c’est la preuve que l’Afrique sait se raconter elle-même. Pour ses détracteurs, c’est le rappel qu’un symbole a un prix. Le colosse de Ouakam n’a pas fini de faire parler de lui.