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Yopougon : la légendaire Rue Princesse rebaptisée Avenue Adama Bictogo, la fin d'un mythe ?

Yopougon : la légendaire Rue Princesse rebaptisée Avenue Adama Bictogo, la fin d'un mythe ?
Le panneau est déjà planté à Yopougon : la Rue Princesse, mythique artère de la nuit ivoirienne, devient officiellement l'Avenue Adama Bictogo. Un simple changement d'adresse, ou la disparition d'un pan entier de la mémoire populaire ivoirienne ?
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À Yopougon, un panneau du Projet d'Adressage du District d'Abidjan (PADA) ne laisse plus place au doute. Sur fond blanc, un nom barré d'un trait rouge : « Rue Princesse ». En dessous, en lettres capitales, son remplaçant : « Avenue Adama Bictogo ». Entre le carrefour Keneya et le carrefour Air, l'artère qui a fait danser, boire et vibrer plusieurs générations d'Abidjanais change officiellement d'identité administrative. Une décision qui s'inscrit dans la vaste opération de renommage des rues menée par le district d'Abidjan, mais qui touche, dans ce cas précis, à un nom devenu bien plus qu'une simple adresse.

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Une rue née dans les maquis avant de trouver son nom

Yopougon : la légendaire Rue Princesse rebaptisée Avenue Adama Bictogo, la fin d'un mythe ?

L'histoire de cette artère commence en 1990, lorsque le maire de Yopougon de l'époque, Doukouré Moustapha, choisit une vallée d'environ deux kilomètres, entre les carrefours Keneya et Bel-Air, pour y créer un grand espace de rassemblement dédié aux noceurs de la commune. Les premiers maquis y ouvrent alors, dont La Clinique, l'un des tout premiers établissements du site. Mais à ce moment-là, la rue n'a pas encore de nom : elle n'est qu'un lieu de fête parmi d'autres à Yopougon.

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« Rue Princesse », quand le cinéma donne son nom à une rue

Le film Rue Princesse, réalisé par Henri Duparc et sorti au début des années 1990, raconte l'histoire de Jean, jeune homme issu d'un milieu bourgeois qui choisit la musique plutôt que de suivre le chemin professionnel tracé par sa famille. Son parcours le conduit dans l'univers nocturne d'Abidjan, où il rencontre notamment Josie, interprétée par Félicité Wouassi.

Le film donne une visibilité particulière à cet univers de la nuit. Mais la relation entre le film et la rue devient rapidement réciproque : le nom de l'œuvre s'associe à cette artère de Yopougon et, peu à peu, « rue Princesse » devient le nom sous lequel elle est connue du grand public. Une source consacrée à Henri Duparc indique même que le succès du film a contribué à la popularisation du nom de la rue.

Ce lien entre cinéma et territoire donne au nom une dimension particulière. « Rue Princesse » n'était donc pas seulement une appellation née dans les maquis : elle s'est construite au croisement du cinéma, de la musique et de la culture urbaine.

Deux kilomètres de fête, un vivier d'artistes

Étendue sur environ deux kilomètres entre les quartiers Selmer et Wassakara, la Rue Princesse a concentré pendant près de vingt ans maquis, bars et boîtes de nuit où se mêlaient gastronomie locale, musique et ambiance jusqu'au petit matin. Elle était considérée comme l'une des destinations nocturnes les plus courues d'Afrique subsaharienne. Des figures comme Didier Drogba y ont été aperçues, et en 2008, l'ancien président Laurent Gbagbo lui-même y avait fait une virée nocturne remarquée, aux côtés de l'ancien ministre français de la Culture Jack Lang.

C'est aussi derrière les platines de ses maquis que se sont révélés certains des noms les plus emblématiques de la musique ivoirienne : DJ Arafat au Shanghai, DJ Kerozen au Ministère de la Joie. Toute une génération d'artistes qui a grandi avec la Rue Princesse avant de porter le coupé-décalé à l'international.

Une expression devenue patrimoine culturel

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Au fil des années, « Rue Princesse » a cessé d'être une simple adresse pour devenir une expression à part entière. On ne disait plus « je vais à Yopougon », mais « je vais faire la Rue », une formule reprise jusqu'en France, au Gabon ou au Togo, par la diaspora ivoirienne et ses admirateurs, qui rêvaient d'en vivre l'ambiance ne serait-ce qu'une fois. Le nom est aussi considéré comme l'un des berceaux du coupé-décalé, courant musical né dans l'effervescence de ses maquis, et plusieurs artistes s'en sont inspirés dans leurs textes.

Rasée en 2011, mais jamais oubliée

Le 5 août 2011, dans le cadre d'une opération d'assainissement lancée après la crise post-électorale, les bulldozers ont rasé les maquis et boîtes de nuit qui faisaient la réputation du lieu, officiellement pour mettre fin à l'insalubrité et à la prostitution qui y régnaient. L'activité nocturne de Yopougon s'est depuis déplacée vers d'autres zones, comme Niangon.

Mais le nom, lui, a résisté. Il est resté sur les plaques, dans les conversations et dans l'imaginaire collectif, comme le souvenir d'une époque où Yopougon rythmait les nuits de toute la Côte d'Ivoire. Son influence dépasse toujours son ancien territoire : la création chorégraphique de la compagnie de Massidi Adiatou et Jenny Mezile, sobrement intitulée « La Rue Princesse », en est une illustration récente, plus d'une décennie après la disparition physique du lieu.

Ce que le nouveau nom vient changer

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Ce changement s'inscrit dans une démarche plus large de renumérotation des voies du district d'Abidjan, censée faciliter la localisation des adresses ou l'intervention des secours. D'autres artères de Yopougon, comme la place Ficgayo, ont connu ou vont connaître le même sort, avec des dénominations rendant hommage à des personnalités ayant marqué la commune. Sur le plan administratif, la logique se défend. Mais pour une partie des Yopougonnais attachés à cette page de leur histoire, la disparition du nom « Rue Princesse » des panneaux officiels revient à effacer un repère que même la destruction du lieu, en 2011, n'était pas parvenue à faire taire.

Une mémoire à préserver au-delà des plaques

C'était la victoire silencieuse de ce nom : rester debout, dans les bouches et sur les plaques, longtemps après le passage des bulldozers. Un jeune qui n'a jamais connu ses nuits pouvait encore entendre parler de la « Rue Princesse » et comprendre, ne serait-ce qu'un peu, ce qu'elle représentait pour ses aînés.

C'est précisément ce fil que le changement de dénomination vient couper. Demain, chercher son chemin vers « l'avenue Adama Bictogo » ne racontera plus rien de DJ Arafat, de Josie et Jean dans le film d'Henri Duparc, ou des nuits qui ont fait connaître Yopougon bien au-delà de ses frontières. Que la nouvelle appellation honore une personnalité politique plutôt que cette mémoire populaire ajoute au sentiment de dépossession, pour tous ceux qui voyaient dans ce nom la dernière trace tangible d'un pan de l'histoire culturelle ivoirienne.

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