Publicité

80 000 migrants expulsés, 18 millions de dollars de facture : l’Afrique du Sud veut se faire rembourser par trois pays africains

80 000 migrants expulsés, 18 millions de dollars de facture : l’Afrique du Sud veut se faire rembourser par trois pays africains
L'Afrique du Sud a dépensé près de 18 millions de dollars pour rapatrier plus de 80 000 migrants africains en situation irrégulière. Elle exige désormais que le Malawi, le Nigeria et l'Éthiopie remboursent la note.
Publicité

Après les expulsions, place à la facture. Le ministère sud-africain de l'Intérieur a réclamé aux pays d'origine de dizaines de milliers de migrants renvoyés chez eux le remboursement des frais engagés pour leur transport et leur hébergement. Une demande officielle, chiffrée et adressée par écrit, qui vient clore une séquence particulièrement tendue pour les ressortissants étrangers installés en Afrique du Sud.

Publicité

Une opération de rapatriement massive et coûteuse

Depuis la mi-juin, l'Afrique du Sud a considérablement accéléré ses opérations de renvoi de ressortissants étrangers vers leurs pays d'origine. Selon les chiffres présentés le 11 août par le ministère de l'Intérieur devant une commission parlementaire, plus de 80 000 personnes ont été renvoyées entre le 14 juin et le 24 juillet, aux frais de l'État sud-africain.

Le directeur général du ministère, Tommy Makhode, a détaillé les postes de dépenses devant les parlementaires : affrètement de bus, mise en place d'un centre de rapatriement temporaire dans le nord du pays, hébergement et heures supplémentaires du personnel mobilisé. Au total, la facture grimpe à environ 292 millions de rands, soit près de 18 millions de dollars. Une somme que le ministre de l'Intérieur, Leon Schreiber, a qualifiée de coûts « imprévus » et « inévitables », face à une opération d'une ampleur qu'il a lui-même jugée sans précédent.

Ces dépenses n'avaient tout simplement pas été budgétées. Résultat : plusieurs municipalités et services publics impliqués dans les opérations réclament aujourd'hui une compensation directement au ministère de l'Intérieur.

Le Malawi, le Nigeria et l'Éthiopie sommés de payer

Publicité

Pretoria ne compte pas assumer seule la note. Des courriers officiels de demande de remboursement ont été envoyés aux gouvernements du Malawi, du Nigeria et de l'Éthiopie, pays dont sont originaires une large part des personnes renvoyées. Les autorités sud-africaines espèrent voir ces États prendre en charge le coût du transport et du séjour de leurs propres ressortissants avant leur départ du territoire sud-africain.

Pour l'heure, aucun de ces pays n'a répondu publiquement à la demande sud-africaine. La situation est d'autant plus délicate que le rapport de force semble s'inverser sur d'autres tableaux : le Ghana et le Nigeria avaient de leur côté fait savoir, après les épisodes de violences xénophobes, qu'ils comptaient réclamer des dédommagements à Pretoria pour les préjudices subis par leurs ressortissants. Une demande que l'Afrique du Sud refuse catégoriquement d'examiner.

Un climat marqué par la tension xénophobe

Cette vague de départs ne doit rien au hasard. Depuis plusieurs mois, l'Afrique du Sud est secouée par des manifestations et des attaques xénophobes visant les étrangers en situation irrégulière, essentiellement originaires d'autres pays africains. Des commerces tenus par des étrangers ont été pillés, des migrants agressés, parfois tués, et des groupes anti-immigration ont même fixé un ultimatum informel, sommant les personnes concernées de quitter le pays avant le 30 juin.

Face à cette pression, de nombreux migrants ont préféré partir d'eux-mêmes plutôt que d'attendre une arrestation. Selon les autorités sud-africaines, environ 82 875 personnes ont été expulsées ou rapatriées volontairement depuis le début de la crise migratoire. Un chiffre que contestent plusieurs gouvernements africains, qui évoquent plutôt un total avoisinant les 178 000 départs.

Dans le même temps, la police sud-africaine annonce vouloir intensifier ses opérations contre l'immigration irrégulière. Les autorités affirment avoir arrêté près de 60 000 personnes en situation illégale depuis le début de l'année, dont plus de 16 000 rien qu'au mois de juillet.

Un dossier qui s'invite dans les discussions régionales

Publicité

La question migratoire ne se limite plus à un différend bilatéral. Le sujet est justement au menu des discussions du conseil des ministres de la SADC (Communauté de développement de l'Afrique australe), réuni cette semaine à Durban, en amont du sommet des chefs d'État prévu le 17 août. Le mois dernier, le président sud-africain Cyril Ramaphosa avait déjà appelé les autres États africains à davantage de coopération sur les enjeux migratoires, lors d'une intervention devant le Parlement panafricain.

Reste à savoir si les pays sollicités accepteront de payer la facture réclamée par Pretoria, ou si le dossier viendra alimenter un peu plus les tensions diplomatiques entre l'Afrique du Sud et ses voisins du continent.

Publicité
Dernières vidéos
Publicité