Côte d'Ivoire : 300 motos, drones et zodiacs pour éradiquer l'orpaillage illégal en 6 mois
La Côte d'Ivoire ne veut plus seulement démanteler des sites. Elle veut en finir.
Mercredi 30 septembre 2026, à la caserne de gendarmerie d'Agban, à Abidjan, le vice-Premier ministre, ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara, a remis une dotation impressionnante aux forces engagées contre l'orpaillage illégal. Des centaines d'engins roulants, des embarcations et des drones, destinés à traquer les chercheurs d'or clandestins jusque dans les forêts et sur les fleuves.
Derrière la cérémonie, un message politique sans ambiguïté : tolérance zéro. Les préfets des onze régions concernées se sont engagés à éradiquer le phénomène en six mois. Un pari audacieux face à un fléau qui empoisonne les cours d'eau, ravage les terres agricoles et prive l'État de recettes colossales.
Un arsenal livré à Agban
Le premier lot est massif : 30 pick-up, 35 véhicules de transport de troupes, 300 motos, 12 zodiacs et plusieurs drones de surveillance. Le tout a été commandé à l'initiative du Conseil national de sécurité (CNS).
Ces moyens sont destinés au Groupement spécial de lutte contre l'orpaillage illégal (GSLOI), à la Brigade spéciale de surveillance et d'intervention (BSSI) des Eaux et Forêts, ainsi qu'aux forces locales de gendarmerie. Fait nouveau : ils sont placés sous l'autorité directe des préfets de région, désormais chefs d'orchestre de la riposte sur le terrain.
La cérémonie a réuni une bonne partie du gouvernement. Autour de Téné Birahima Ouattara figuraient Fidèle Sarassoro, directeur de cabinet du président de la République et secrétaire exécutif du CNS, mais aussi les ministres des Mines, de l'Intérieur, des Eaux et Forêts et de l'Environnement.
Le ministre de la Défense a qualifié l'orpaillage illégal de « préoccupation nationale », tant ses effets touchent la sécurité, l'environnement, l'eau et la cohésion sociale. Il a surtout fixé la ligne : « Face à l'ampleur de ce phénomène, l'Etat ivoirien adopte la posture de la fermeté ». Une fermeté qui devra toutefois s'exercer dans le respect de la loi et des droits des populations, a-t-il insisté.
La Société pour le développement minier de la Côte d'Ivoire (SODEMI) a, de son côté, offert une dotation en carburant au CNS pour accompagner les opérations.
Onze régions, six mois chrono
Le dispositif cible en priorité onze régions : la Bagoué, le Bounkani, le Cavally, le Gbêkê, le Hambol, l'Iffou, l'Indénié-Djuablin, le Moronou, la Nawa, le Sud-Comoé et le Worodougou. Du nord au sud-est, en passant par l'ouest forestier, presque toutes les grandes zones aurifères du pays sont concernées.
L'échéance, elle, n'est pas tombée du ciel. Début septembre, les préfets de région s'étaient réunis à Yamoussoukro pour un atelier national de concertation présidé par Fidèle Sarassoro. Au terme des travaux, clos le samedi 5 septembre, ils s'étaient engagés à éradiquer l'orpaillage illégal dans leur circonscription en six mois. Le CNS a ensuite validé leurs recommandations lors de sa session du 17 septembre, en actant un moratoire de six mois.
À Agban, l'engagement a été solennellement renouvelé. Porte-parole des régions bénéficiaires, le préfet de l'Indénié-Djuablin a précisé que le délai court à compter du 30 septembre 2026. Autrement dit, le compte à rebours s'achève fin mars 2027.
Pour tenir ce calendrier, les préfets auront un rôle central dans la conception et la planification des opérations, avec l'appui du GSLOI. Téné Birahima Ouattara leur a demandé de mobiliser davantage les comités départementaux de sécurité et les cellules civilo-militaires.
Le commandant supérieur de la Gendarmerie nationale, le général de corps d'armée Touré Alexandre Apalo, a lui aussi haussé le ton : tout agent impliqué dans la corruption ou la collaboration avec les orpailleurs illégaux sera sanctionné.
Et ce n'est qu'un premier lot
Le matériel remis à Agban ne représente qu'une partie de la commande. Selon Fidèle Sarassoro, le reste doit être livré dans les prochains jours.
Équipement | Remis le 30 septembre | Commande totale du CNS |
|---|---|---|
Motos | 300 | 360 |
Pick-up | 30 | 48 |
Véhicules de transport de troupes | 35 | 40 |
Zodiacs | 12 | 84 |
Drones | plusieurs | 35 |
GPS | non précisé | 10 |
Le chiffre qui frappe, ce sont les 84 zodiacs. Car la bataille se joue de plus en plus sur l'eau. Les orpailleurs installent des dragues directement sur les fleuves pour aspirer les sédiments aurifères. En juillet dernier, une seule opération sur le fleuve Sassandra, à Konédougou, dans le département de Méagui, a permis de détruire 95 dragues.
Ces interventions fluviales restent périlleuses. Début août, le maréchal des logis Stéphane Tando Soumahoro a été emporté par les eaux du Bandama lors d'une mission contre l'orpaillage illégal. Après ce drame, le député Léandre Koffi avait plaidé pour des hors-bords, des bateaux et des motos tout-terrain adaptés aux zones fluviales et forestières. La nouvelle dotation répond en partie à cet appel.
Les drones, eux, ne sont pas une nouveauté. Le ministère des Mines en avait déjà distribué 30 à ses directions régionales en juillet 2025, et une surveillance aérienne fonctionne déjà dans l'Indénié-Djuablin. L'objectif est désormais de généraliser le renseignement aérien pour repérer les clairières suspectes avant que les sites ne s'installent durablement.
Jusqu'à 20 ans de prison pour les complices
L'offensive ne se limite pas au terrain. Une semaine avant la cérémonie d'Agban, le Conseil des ministres du 23 septembre 2026 a adopté un projet de loi modifiant le Code pénal pour durcir la répression des atteintes à l'environnement et de l'orpaillage clandestin.
Le texte crée de nouvelles infractions qui visent toute la chaîne : les commanditaires, les financiers, les receleurs, les intermédiaires et même les propriétaires qui louent leurs terres aux orpailleurs. Surtout, il prévoit jusqu'à 20 ans de prison ferme pour tout agent de l'administration reconnu complice. Un signal clair : l'État sait que la bataille se joue aussi dans ses propres rangs.
Six mois pour en finir avec un fléau tenace
Reste la question qui brûle toutes les lèvres : six mois suffiront-ils ?
Le défi est immense. L'orpaillage clandestin fait vivre des milliers de familles dans des zones rurales où les alternatives économiques sont rares. Téné Birahima Ouattara l'a lui-même reconnu : la lutte doit tenir compte des réalités des populations. Chasser les orpailleurs sans leur offrir de perspectives, c'est prendre le risque de les voir revenir dès le départ des patrouilles.
Les réseaux, eux, savent se déplacer. Fermez un site dans le Bounkani, il risque de rouvrir de l'autre côté d'une frontière ou dans une région voisine. D'où l'importance de la coopération transfrontalière évoquée lors de l'atelier de Yamoussoukro.
L'histoire récente invite aussi à la prudence. Le GSLOI existe depuis 2021, et malgré des milliers de sites démantelés, le phénomène n'a jamais disparu. Cette fois, l'État mise sur trois leviers à la fois : des moyens logistiques renforcés, des préfets responsabilisés et une loi beaucoup plus dure.
Le compte à rebours est lancé. Fin mars 2027, les préfets des onze régions devront présenter leurs résultats. Et les Ivoiriens jugeront sur pièces si cette guerre de l'or a vraiment été gagnée.