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Georges Taï Benson s’en est allé : de Variétoscope à Alpha Blondy, le parcours d’un pionnier de la télévision ivoirienne

Georges Taï Benson s’en est allé : de Variétoscope à Alpha Blondy, le parcours d’un pionnier de la télévision ivoirienne
Il y a des noms qui traversent les générations sans jamais vieillir. Georges Taï Benson, qui nous a quittés ce vendredi 25 septembre, était de ceux-là. Et sa dernière colère résonne aujourd'hui plus fort que jamais.
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Certains ne l'ont connu qu'en noir et blanc. D'autres se souviennent des soirées où tout un quartier se serrait devant un seul téléviseur pour regarder Variétoscope. Les plus jeunes ont découvert son visage à travers les archives, les hommages ou la voix reconnaissante d'Alpha Blondy. Mais tous, d'une manière ou d'une autre, ont grandi avec un morceau de son héritage.

La nouvelle est tombée vers 18h30 : Georges Taï Benson s'est éteint à l'Institut de cardiologie d'Abidjan, à l'âge de 80 ans, des suites d'une maladie cardiaque. Quelques jours après l'annonce de sa disparition, les hommages continuent d'affluer. Et avec eux, une vidéo qui fait mal : celle d'un homme qui, de son vivant, se sentait oublié.

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De Treichville aux studios de la RTI

Tout commence à Treichville, le 25 janvier 1946. Georges Taï Benson naît d'un père bijoutier et d'une mère ménagère. Il fait l'école primaire à Grand-Lahou entre 1952 et 1958, puis poursuit au secondaire à Abidjan jusqu'en 5e, avant d'être renvoyé pour indiscipline. Un détail qui dit beaucoup du personnage : déjà rebelle, déjà en marge des cadres imposés.

Plutôt que de rentrer dans le rang, il choisit la scène. Il s'inscrit dans une école d'art dramatique et intègre l'Institut national des arts. Après des stages théoriques et pratiques en France, il rejoint la RTI en décembre 1965, même si sa toute première apparition à l'antenne remonte au 6 juin 1964. Son premier rendez-vous avec le public porte un nom qui résume déjà sa mission : Rythme et Tradition.

Pendant près de soixante ans, GTB sera tour à tour animateur, producteur et formateur. Un pilier. Une mémoire.

Variétoscope, Benson reçoit : l'âge d'or de la télé ivoirienne

Au fil des années, il conçoit et anime plusieurs émissions à succès, dont « Benson reçoit » et « Variétoscope », qui installent sa notoriété durant les décennies 1970 et 1980. À une époque où la RTI constituait le principal écran du pays, passer chez Benson, c'était exister aux yeux de toute la Côte d'Ivoire.

Variétoscope, surtout, est devenu une légende. L'émission a servi de tremplin à une foule de talents de la danse et de la musique ivoiriennes. Son rôle dans l'éclosion d'artistes comme Chantal Taïba et Alpha Blondy reste l'une des plus belles pages de sa carrière.

Et puis il y a ce coup d'audace qui appartient désormais à la légende. En 1979, il devient le seul journaliste ivoirien à braver les conventions politiques de l'époque pour aller rencontrer Bob Marley à Miami. Un scoop, une rencontre, un symbole.

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L'homme qui a cru en Alpha Blondy

Georges Taï Benson s’en est allé : de Variétoscope à Alpha Blondy, le parcours d’un pionnier de la télévision ivoirienne

Avant d'être la star mondiale du reggae africain, Alpha Blondy était un jeune homme en quête de chance. Georges Taï Benson la lui a donnée. C'est lui qui produit son premier album, Jah Glory, sorti en 1982.

Le chanteur ne l'a jamais oublié. Lors de sa distinction comme citoyen d'honneur de Grand-Bassam en 2023, il affirmait que tous ses succès revenaient à Georges Taï Benson, producteur de son premier album. Le « Boss », comme il l'appelait, avait lui-même livré ce jour-là, en sanglots, un témoignage bouleversant sur son protégé.

Cette fois, c'est Alpha Blondy qui pleure son mentor. Dans un long texte d'adieu, il lui écrit :

« Le vent s'est arrêté…
mais ce qu'il a semé vit désormais dans mes racines.
Et tant que l'arbre sera debout,
il se souviendra.
Allez en paix, mon Boss.
Et surtout…
Merci d'avoir été le vent…
Merci d'avoir cru en moi…
Reposez en paix dans l'Âme de Dieu… »

Des mots simples, puissants, qui résument ce que fut Benson pour toute une génération d'artistes : celui qui souffle, qui pousse, qui révèle.

Un homme décoré… mais blessé

Sur le papier, les honneurs n'ont pas manqué. Georges Taï Benson était Chevalier de l'Ordre national de Côte d'Ivoire, Grand Officier du Mérite culturel, Officier du Mérite sportif, Chevalier du Mérite agricole et titulaire de la Médaille d'or de la Jeunesse et des Sports de France. Le Super Prix des RTI Music Awards porte son nom. Il a également occupé les fonctions de chargé de mission à la Présidence de la République. Son nom reste aussi associé aux Benson d'Or, une distinction destinée à récompenser les acteurs des médias.

Mais derrière les médailles, une amertume profonde. Depuis l'annonce de sa mort, une vidéo refait surface et enflamme les réseaux sociaux. On y voit un Georges Taï Benson amer, direct, sans filtre.

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« Cet appartement, c'est la fonction publique. Je n'ai jamais touché de ma vie 400 000 francs comme salaire », confie-t-il. Puis, visiblement meurtri par le peu de reconnaissance de la maison qu'il a servie : « On ne me fait que officier. Et c'est à ma mort, bientôt, que vous allez venir avec une cravate. »

La suite glace le sang :

J'ai dit à mon fils : le jour où je serai étendu, et qu'ils viendront faire ces simagrées-là, tu jettes la boîte à la figure de celui qui va avoir le courage de le faire.

Georges Taï Benson s’en est allé : de Variétoscope à Alpha Blondy, le parcours d’un pionnier de la télévision ivoirienne

Cette colère n'était pas nouvelle. Fervent défenseur des hommages rendus aux artistes de leur vivant, il plaidait pour que les décorations soient remises au moment où celui qui les mérite peut encore les savourer. En 2015 déjà, alors qu'il peinait à trouver des soutiens pour célébrer ses 50 ans de télévision, il confiait avoir le sentiment qu'on l'avait oublié, malgré ses 35 années passées à égayer les Ivoiriens sur la télévision nationale.

Aujourd'hui, ses mots sonnent comme un réquisitoire contre une culture de l'hommage posthume que beaucoup dénoncent sans jamais la corriger.

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Une pluie d'hommages

Depuis vendredi, les messages se succèdent. Le ministre de la Communication, Amadou Coulibaly, et la ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, ont exprimé leur émotion. Le premier a estimé que « son parcours se confond avec plusieurs décennies de l'histoire de l'audiovisuel en Côte d'Ivoire », tandis que la seconde l'a décrit comme un pionnier, un précurseur et une présence familière pour plusieurs générations d'Ivoiriens.

Le monde du cinéma et du théâtre s'est lui aussi incliné. Dans un long message d'hommage, le comédien et réalisateur Sidiki Bakaba a salué celui qu'il appelait affectueusement « ÉÉFOU ». Un adieu chargé d'une amitié de toute une vie, qu'il conclut par ces mots : « Repose en paix, mon éternel ami, magnifique Artiste. »

Du côté de la musique, Meiway a choisi une autre voie. Plutôt qu'un hommage classique, l'artiste a tenu à rappeler publiquement les dernières volontés du défunt. Selon lui, Georges Taï Benson avait clairement fait savoir de son vivant qu'il refusait les éloges funèbres et les cérémonies officielles organisées après sa mort, s'il n'avait pas été honoré de son vivant. Le roi du Zoblazo dit partager cette position et estime que le « Boss » aurait sans doute souhaité des obsèques dans la plus grande simplicité, et qu'on se souvienne de lui en privé, sans bruit. Une prise de parole qui fait directement écho à la colère exprimée par GTB dans la vidéo qui circule depuis sa disparition.

Dans le milieu audiovisuel, l'émotion est tout aussi vive. Barthélémy Inabo Zouzoua, qui a longtemps travaillé à ses côtés, s'est dit « un peu dépassé » par la nouvelle.

Même loin des plateaux, Benson n'avait jamais vraiment décroché. Il était resté actif dans la vie culturelle ivoirienne, notamment à travers le Moundo Festival, consacré à l'escargot. Et jusqu'au bout, il avait gardé un regard critique et un franc-parler assumé sur l'évolution des médias ivoiriens.

Le vent s'est arrêté, les racines demeurent

Avec Georges Taï Benson, la Côte d'Ivoire perd l'un des architectes de son imaginaire télévisuel. De Treichville aux studios de la RTI, de Variétoscope au premier disque d'Alpha Blondy, il a façonné une époque et ouvert des portes à des talents qui, à leur tour, ont marqué des générations.

Il espérait être célébré de son vivant. Il l'a été trop peu, et c'est désormais tout un pays qui mesure ce qu'il lui doit. Le Boss est parti, mais comme l'écrit Alpha Blondy, tant que l'arbre sera debout, il se souviendra

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