Côte d'Ivoire : fini les doctorats dans les universités privées, l'État reprend la main
Décrocher un doctorat en Côte d'Ivoire, c'était autrefois un exploit réservé à une poignée d'irréductibles. Aujourd'hui, le diplôme s'est tellement démocratisé que des centaines de docteurs se retrouvent sans emploi, thèse en poche mais sans bureau où l'accrocher. Le gouvernement vient de prendre une décision qui va rebattre les cartes du système universitaire.
Le jeudi 25 juin, à l'ouverture du 5e colloque étudiant de la recherche clinique, le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le professeur Adama Diawara, a annoncé que les universités privées ne pourront plus délivrer de doctorat en Côte d'Ivoire.
Pas un problème de qualité, mais de volume
Le ministre a tenu à couper court à tout malentendu. Il ne s'agit pas de pointer du doigt le sérieux des formations dispensées dans le privé. « Il y en a qui ont la compétence de le faire », a-t-il reconnu.
Le vrai problème se situe ailleurs : trop de doctorants sortent chaque année des filières, sans que le marché de l'emploi, en particulier les universités et centres de recherche publics, ne puisse tous les absorber. Une situation qui a fini par créer des tensions sociales, le ministre évoquant lui-même des « désagréments sociopolitiques » liés à cette masse de diplômés sans poste. « On va arrêter l'hémorragie », a-t-il lancé, avant d'ajouter vouloir « faire une régulation de telle sorte que ceux qui sortent des formations doctorales puissent effectivement être recrutés comme enseignants-chercheurs dans les structures publiques ».
Pour rappel, le doctorat reste le plus haut diplôme de l'enseignement supérieur, obtenu après la licence et le master. C'est en principe le sésame qui ouvre la voie au métier d'enseignant-chercheur à l'université.
Le privé pas totalement exclu
Les universités privées ne sont pas mises hors-jeu pour autant. Elles pourront continuer à encadrer des doctorants, mais uniquement en partenariat avec des écoles doctorales reconnues par l'État. Une manière pour le gouvernement de garder le contrôle sur les effectifs, sans se couper complètement du privé.
Une crise qui couve depuis des années
Le phénomène des « docteurs non recrutés » n'a rien de nouveau. Dès 2023, un collectif de diplômés sans emploi avait alerté l'opinion, avançant le chiffre de 3 000 docteurs au chômage, contre 1 919 recensés par les autorités. Sous la pression, l'État avait fini par ouvrir 700 postes de recrutement, contre 675 initialement prévus. Un geste qui n'a pas suffi à éteindre la contestation.
Pour Bogui Diakra, porte-parole du collectif à l'époque, la crise est avant tout « systémique et structurelle », héritée d'une mise en œuvre incomplète du système LMD (Licence-Master-Doctorat), jamais accompagnée d'écoles doctorales suffisamment solides pour réguler le nombre d'entrants. Résultat, selon lui : un nombre pléthorique d'étudiants formés sans perspective réelle de recrutement à la sortie.
Avec cette nouvelle réforme, le gouvernement mise sur une régulation plus stricte, en amont, pour éviter que l'histoire ne se répète.