Côte d'Ivoire : la monétisation Facebook et Instagram bientôt ouverte aux créateurs
Les créateurs de contenus ivoiriens peuvent commencer à y croire. Le jeudi 1er octobre 2026, les membres du gouvernement ont tenu une séance de travail avec les représentants du groupe Meta à Abidjan, au cabinet de Kalil Ibrahim Konaté, ministre du Commerce, afin de préparer l'ouverture de la monétisation des contenus numériques dans le pays. À la sortie, la ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, affichait un optimisme rare sur ce dossier : « les nouvelles sont bonnes ».
Humoristes, vidéastes, influenceurs, artistes : tous attendent ce moment depuis des années. Mais si la ligne d'arrivée est en vue, elle n'est pas encore franchie.
Des tests concluants, une annonce attendue
Autour de la table, du beau monde. Cette rencontre interministérielle a rassemblé plusieurs ministres, notamment Djibril Ouattara, chargé de la Transition numérique, et Françoise Remarck. L'objectif principal était d'examiner les résultats des essais techniques en vue d'offrir des opportunités financières directes aux créateurs locaux.
Ces essais, Meta les a menés discrètement. Selon Françoise Remarck, le groupe mène depuis plusieurs mois, à la demande de l'État ivoirien, des tests sur la monétisation. Et le verdict est positif : les résultats présentés sont jugés concluants.
« Nos créateurs de contenus sont vus, lus, entendus et doivent bénéficier des retombées de leur savoir-faire », a écrit la ministre sur sa page Facebook.
Concrètement, la prochaine étape est administrative. Les équipes techniques de Meta et le gouvernement ivoirien poursuivent leurs concertations pour finaliser les modalités d'éligibilité et préparer la déclaration officielle d'ouverture. Aucune date n'a encore été communiquée. La réunion du 1er octobre marque donc une nouvelle étape, mais pas encore le lancement officiel de la monétisation.
Des millions de vues… et pas un centime
Pour mesurer l'enjeu, il faut rappeler la frustration accumulée. Depuis des années, les créateurs ivoiriens vivent un paradoxe cruel. Sur TikTok, Instagram ou Facebook, ils cumulent des millions de vues sans toucher un seul centime en retour. Contrairement à leurs homologues du Nigeria ou du Ghana, ils n'ont pas accès aux programmes de monétisation directe.
Une vidéo virale à Abidjan peut faire le tour de l'Afrique francophone, être partagée des milliers de fois, alimenter les discussions dans les maquis et les bureaux… sans rapporter quoi que ce soit à celui qui l'a produite. Pendant ce temps, un créateur au Kenya ou au Nigeria, avec une audience comparable, perçoit des revenus réguliers.
Résultat, beaucoup ont dû ruser. Certains passent par des comptes domiciliés à l'étranger, avec l'aide d'un proche installé en Europe ou aux États-Unis, au prix de commissions, de complications et du risque permanent de voir leur compte suspendu. D'autres misent tout sur les contrats publicitaires. Mais ce système reste fragile, inégal et difficile d'accès : les créateurs émergents, moins exposés, peinent à décrocher des contrats. Sans monétisation intégrée aux plateformes, il n'existe pas de filet économique pour ceux qui n'ont pas encore percé.
Les artistes haussent le ton
Le problème ne touche pas que les influenceurs. Les musiciens aussi crient à l'injustice. Et Facebook n'est que la partie visible du problème. Sur YouTube, le constat est le même. Exemple frappant avec un hit que tout le monde connaît : « Coup du marteau », sorti en décembre 2023 avant la CAN, a dépassé les 177 millions de vues. L'Afrique a représenté plus de la moitié des vues mais a rapporté moins de 1 000 euros, les revenus du titre étant venus presque entièrement des écoutes hors du continent.
Ces dernières semaines, la colère s'est exprimée ouvertement. Le 16 septembre, le rappeur Himra a publiquement réclamé, en nouchi, l'argent que ses vidéos devraient lui rapporter sur YouTube. Un coup de gueule qui a trouvé un large écho chez les artistes et créateurs ivoiriens, tous confrontés à la même réalité : être vus partout, sans être payés nulle part.
Un chantier lancé depuis février
Ce rapprochement avec Meta n'est pas tombé du ciel. Le 2 février 2026, Françoise Remarck avait engagé des échanges stratégiques avec la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA), dirigée par René Bourgoin. L'objectif était de faire de la monétisation des contenus numériques une réalité concrète et opérationnelle à l'horizon 2026. Au terme des discussions, un groupe de travail multisectoriel avait été acté.
Avant cela, ce sont les majors du disque qui avaient tiré la sonnette d'alarme. La ministre avait été sollicitée par les directeurs généraux d'Universal Music Africa, Warner Music Africa Francophone et Sony Music Afrique Francophone.
Le dossier dépasse désormais la seule culture. Il s'inscrit dans le pilier 3 du Plan national de développement 2026-2030, qui vise la sortie de l'informalité, la création de champions nationaux et d'emplois décents. Autrement dit, l'État voit dans les créateurs de contenus un véritable secteur économique, et non plus un simple loisir.
Et après Meta ?
Facebook et Instagram ne sont qu'une partie de l'équation. Une grande partie de la création ivoirienne vit aussi sur YouTube et TikTok. Françoise Remarck a d'ailleurs promis d'engager la même démarche avec YouTube. Côté TikTok, rien n'a encore été annoncé.
D'autres pays africains ont déjà montré la voie. Au Kenya, Meta avait présenté en 2024, lors d'une rencontre à State House avec le président William Ruto, l'introduction des publicités In-stream et d'autres outils de revenus sur Facebook et Instagram. La Côte d'Ivoire, l'un des écosystèmes numériques les plus dynamiques d'Afrique de l'Ouest francophone, s'apprête à rejoindre ce club.
Reste désormais le plus attendu : une date. Car pour des milliers de jeunes qui filment, montent et publient chaque jour, chaque mois d'attente est un mois de vues offertes gratuitement aux plateformes. La balle est maintenant dans le camp de Meta et du gouvernement, et toute une génération de créateurs a les yeux rivés sur l'annonce officielle.