Ghana : adoption d’une loi anti-LGBT+ renforçant fortement les sanctions contre les relations homosexuelles
Adoption historique
Le Parlement ghanéen a adopté vendredi 29 mai 2026 après-midi une loi anti-LGBT+ considérée comme l'une des plus répressives du continent africain. Le texte, officiellement intitulé « Human Sexual Rights and Family Values Bill, 2025 » (Loi sur les droits sexuels humains et les valeurs familiales), criminalise fortement les relations homosexuelles, mais aussi la promotion et le soutien des droits des personnes LGBTQ+.
La loi a été votée à l'unanimité par le Comité constitutionnel et juridique avant d'être approuvée par voix assise par l'ensemble du Parlement. Elle attend maintenant la décision finale du président John Dramani Mahama pour entrer en vigueur.
Que dit exactement la loi ?
1. Criminalisation des relations homosexuelles
Les relations entre personnes du même sexe sont punies par jusqu'à 3 ans de prison. Cette peine maintient la sanction existante prévue par les lois héritées de l'époque coloniale.
2. Criminalisation de la « promotion » LGBT
Toute personne qui soutient, finance ou fait la promotion des droits LGBT peut être condamnée à 3 à 5 ans de prison, voire plus selon certaines versions du texte. Le texte interdit explicitement le « financement, le parrainage ou la promotion » des activités LGBTQ+.
3. Obligation de dénonciation
Le texte introduit une « duty to report » (obligation de signaler) toute activité considérée comme liée à l'homosexualité. Toute personne qui connaît des actes LGBTQ+ interdits et ne les signale pas à un officier de police ou aux autorités compétentes risque jusqu'à 3 ans de prison.
4. Renforcement des lois existantes
L'homosexualité était déjà illégale au Ghana sous des lois héritées de l'époque coloniale, mais cette nouvelle loi renforce et élargit considérablement les sanctions. Elle interdit également explicitement les mariages homosexuels et les chirurgies de changement de genre.
5. Extradition prévue
Le projet de loi modifie la loi sur l'extradition de 1960 pour rendre les infractions liées à cette nouvelle loi extradables, permettant ainsi la poursuite de suspects hors du territoire ghanéen.
Exceptions pour certains professionnels
Bien que le projet de loi conserve ses dispositions fondamentales répressives, des dérogations importantes ont été adoptées pour trois catégories de professionnels :
Les avocats : pourront représenter des personnes LGBT+ sans encourir de sanctions
Les médias et journalistes : seront autorisés à traiter des questions liées à la communauté LGBT+ dans le cadre de leur travail
Les professionnels de santé : pourront prodiguer des soins, offrir un accompagnement psychologique et des services de conseil aux personnes LGBT+.
Contexte politique et historique
Une première version jamais promulguée
Une première version du texte avait déjà été adoptée en février 2024 sous la présidence de Nana Akufo-Addo, mais elle n'avait jamais été signée par le président sortant et est devenue caduque avec la fin de la législature.
Le nouveau texte de 2026 : plus stricte
Le nouveau texte de 2026 est une version modifiée et encore plus stricte. Il a été introduit l'année dernière, peu après l'arrivée au pouvoir du président John Dramani Mahama.
Vote à large majorité
Le Parlement ghanéen a voté la loi à une large majorité, poussé par les leaders religieux et les soutiens du projet de loi. Les parlementaires du parti du président Mahama, le National Democratic Congress (NDC), ont été encouragés par les leaders religieux à voter le texte.
Objectifs officiels du projet
Selon plusieurs sources, le projet vise officiellement à :
Protéger les valeurs familiales ghanéennes
Préserver les traditions religieuses et culturelles du pays
Le titre complet du projet de loi est : « Provide for Proper Human Sexual Rights and Ghanaian Family Values » (Prévoir des droits sexuels humains appropriés et des valeurs familiales ghanéennes).
Le Ghana est un pays conservateur très religieux à majorité chrétienne. Les leaders religieux ont activement soutenu le projet de loi et ont poussé les parlementaires à le voter.
Les défenseurs des droits humains, notamment Human Rights Watch, ont condamné ce projet de loi, qualifiant le texte de « draconien ».
Cette adoption s'inscrit dans une tendance régionale de durcissement législatif en Afrique de l'Ouest :
Sénégal : mi-mars 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a signé une loi doublant les peines (5 à 10 ans de prison pour relations homosexuelles) et criminalisant toute promotion de l'homosexualité;
Burkina Faso : septembre 2025, texte criminalisant pour la première fois les actes homosexuels et les comportements susceptibles de promouvoir les pratiques homosexuelles ;
Ouganda, Mauritanie, Somalie : peine de mort appliquée;
Soudan, Kenya, Tanzanie, Sierra Leone : peines de 10 ans à la perpétuité.
La loi doit maintenant être ratifiée par le président John Dramani Mahama avant d'entrer en vigueur officiellement. Une fois promulguée, le Ghana rejoindra le rang des pays africains aux législations les plus sévères contre la communauté LGBT+.