Mamaya 2026 : la Côte d’Ivoire invitée d’honneur de l’un des plus grands événements culturels de Guinée
Pour la première fois de son histoire, la Côte d’Ivoire occupe le devant de la scène à la Mamaya, l’un des événements culturels les plus importants de Guinée. Lors de la 86ᵉ édition de cette célébration emblématique du monde mandingue, tenue les 27 et 28 mai 2026 à Kankan, le pays voisin a été invité d’honneur, marquant un tournant majeur dans les relations culturelles entre les deux nations sœurs.
Sous le thème « Mamaya, miroir de la renaissance culturelle », cette édition exceptionnelle a placé la Côte d’Ivoire au cœur de la plus grande fête culturelle de Haute-Guinée, transformant cet événement traditionnel en une scène de diplomatie culturelle africaine.
La 86ᵉ édition de la Mamaya : un événement historique
La Mamaya, née entre 1936 et 1937 à Bamako sous le nom de Bondon et introduite à Kankan en 1936, célèbre sa 86ᵉ édition en 2026. Popularisée à partir de 1945, en pleine Seconde Guerre mondiale, elle s’est progressivement imposée comme l’une des plus grandes célébrations culturelles d’Afrique de l’Ouest, réunissant chaque année plus de 40 000 participants.
En 2026, l’événement prend une dimension inédite avec l’invitation d’un pays étranger comme invité d’honneur : la Côte d’Ivoire. Ce choix symbolise la volonté de valoriser les liens historiques et culturels entre peuples mandingues au-delà des frontières contemporaines.
Une délégation ivoirienne d’exception
La Côte d’Ivoire s’est présentée à la Mamaya 2026 avec une délégation de plus de 300 personnes composée de responsables politiques, de chefs traditionnels, de sénateurs et d’artistes. À sa tête, Nassénéba Touré, ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant et maire d’Odienné.
Le choix d’Odienné s’explique par ses liens historiques et culturels avec Kankan. Lors de la cérémonie d’acceptation de l’invitation à la Chambre de commerce et d'industrie d'Abidjan, le 23 avril 2026, Nassénéba Touré a qualifié cette invitation d’« appel historique », affirmant : « Ce ne sera pas seulement Odienné, mais toute la Côte d’Ivoire qui sera représentée ».
« Odienné et Kankan se retrouvent » : une phrase qui résume l'esprit de l'édition
Lors de son discours à Kankan, Nassénéba Touré a prononcé une phrase qui est devenue le symbole de cette édition 2026 : « Odienné et Kankan ne se rencontrent pas aujourd'hui pour la première fois, elles se retrouvent » .
Cette affirmation simple mais puissante rappelle une vérité fondamentale : les liens entre la Guinée et la Côte d'Ivoire ne commencent pas avec la Mamaya 2026. Ils existent depuis bien avant la création des frontières coloniales, ancrés dans l'histoire commune des peuples mandingues qui peuplent les deux nations.
Un partenariat culturel stratégique
L'édition 2026 de la Mamaya ne se limite pas à une simple invitation protocolaire. Elle marque le lancement d'un partenariat culturel stratégique entre la Guinée et la Côte d'Ivoire, avec des engagements concrets pour les années à venir.
Le projet de jumelage Odienné-Kankan
Le cœur de ce partenariat réside dans le projet de jumelage entre les deux villes sœurs : Odienné en Côte d'Ivoire et Kankan en Guinée. Ce jumelage vise à établir des liens durables dans plusieurs domaines clés :
des échanges économiques et commerciaux transfrontaliers
des collaborations artistiques et culturelles régulières
des coopérations entre collectivités locales
un développement touristique conjoint
des échanges universitaires, notamment avec l’université Julius Nyerere de Kankan
La danse Yakba : symbole de l'échange culturel
Lors de la Mamaya 2026, la délégation ivoirienne a présenté la danse traditionnelle Yakba , propre à la région d'Odienné. Cette performance devant des milliers de spectateurs guinéens a créé un moment d'échange authentique, où les traditions des deux pays se répondent harmonieusement.
Une ambiance de fraternité à Kankan
La 86ᵉ édition a réuni plus de 40 000 participants au stade M’Ballou Mady Diakité « Glao ». Pendant trois jours, la ville a vibré au rythme du balafon et du djembé.
Les tenues de bazin bleu azur ont marqué visuellement l’événement, tandis que la délégation ivoirienne a été accueillie dans une forte émotion populaire. Le président de la République de Guinée, Mamadi Doumbouya, était présent à l’ouverture officielle.
Les danseurs ivoiriens et guinéens ont évolué ensemble dans les mêmes cercles, dans une atmosphère de fraternité et de communion culturelle.
Pourquoi la Côte d’Ivoire ? La logique du choix
Le choix de la Côte d’Ivoire repose sur plusieurs facteurs :
Racines mandingues communes : héritage de l’Empire du Mandé fondé par Soundiata Keïta
Histoire partagée : espace culturel continu avant les frontières coloniales, avec des liens entre Kankan et Odienné
Intégration régionale : dynamique de la CEDEAO favorisant les échanges culturels
Diplomatie culturelle : usage de la culture comme outil de paix et de cohésion en Afrique de l’Ouest
La Mamaya 2026 marque un tournant historique dans les relations culturelles entre la Guinée et la Côte d’Ivoire. Plus qu’une invitation d’honneur, elle symbolise la redécouverte d’un héritage commun et l’ouverture d’un partenariat durable entre deux nations sœurs.
Dans un contexte africain en quête de cohésion, la Mamaya confirme son rôle : celui d’un pont culturel vivant, où la danse devient langage diplomatique et où la tradition ouvre la voie à l’avenir.
La Côte d'Ivoire sera-t-elle invitée d'honneur à nouveau ? La Mamaya 2026 a ouvert la voie à une coopération culturelle durable entre deux nations qui ont redécouvert qu'elles ne se sont jamais vraiment quittées.