Ousmane Sonko réinvestit le pouvoir : élu président de l’Assemblée nationale quatre jours après son limogeage
Le limogeage d’Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye, vendredi 22 mai, semblait ouvrir une nouvelle séquence politique au sommet de l’État sénégalais. Mais l’ancien chef du gouvernement a rapidement retrouvé une position centrale dans les institutions : réintégré à l’Assemblée nationale, puis élu à sa présidence grâce au soutien de la majorité parlementaire dominée par le Pastef.
Cette élection intervient dans un contexte de fortes tensions au sein du pouvoir et nourrit les interrogations sur les relations entre l’exécutif et la majorité parlementaire issue du même camp politique.
Une élection boycottée par l’opposition
Ousmane Sonko a été élu président de l’Assemblée nationale lors d’une séance marquée par le boycott d’une partie de l’opposition. Celle-ci conteste la procédure ayant conduit à sa réintégration comme député, estimant que plusieurs étapes institutionnelles restent juridiquement discutables.
Des responsables de l’opposition ont qualifié cette séquence de « coup d’État constitutionnel », accusant la majorité d’avoir accéléré les procédures parlementaires afin de permettre à l’ancien Premier ministre d’accéder rapidement au perchoir. La majorité présidentielle rejette ces accusations et affirme que les règles parlementaires ont été respectées.
Le Pastef disposant d’une très large majorité à l’Assemblée nationale environ 130 sièges sur 165 l’issue du scrutin ne faisait guère de doute. À l’arrivée, Ousmane Sonko a obtenu 132 voix sur 133 suffrages exprimés, avec une abstention et aucun vote contre.
Il succède à El Hadj Malick Ndiaye, qui avait annoncé sa démission de la présidence de l’Assemblée deux jours plus tôt. Ce départ a été interprété par plusieurs observateurs comme une décision destinée à faciliter l’arrivée de l’ancien Premier ministre à la tête du Parlement.
Un retour politique rapide et symbolique
Quelques jours seulement après son éviction du gouvernement, Ousmane Sonko retrouve ainsi une position institutionnelle majeure. Sa réintégration comme député a été validée par le Bureau de l’Assemblée nationale, une décision que la majorité considère conforme aux textes, mais que l’opposition continue de contester.
Lors de la séance d’élection, les députés du Pastef ont longuement applaudi leur leader, illustrant la place centrale qu’il conserve au sein du parti et de la majorité parlementaire.
Depuis le perchoir, l’ancien Premier ministre a rapidement donné un ton politique à son mandat, rompant avec la réserve qu’il observait depuis son limogeage.
« On ne peut pas faire du Pastef sans Pastef »
Dans son discours, Ousmane Sonko a insisté sur le rôle du parti majoritaire dans la conduite du pouvoir exécutif.
« Un gouvernement se forme normalement avec la formation politique majoritaire », a-t-il déclaré sous les applaudissements des députés du Pastef.
Il a également regretté que son parti, selon lui, n’ait pas été suffisamment associé aux consultations ayant conduit à la nomination du nouveau Premier ministre et à la composition du gouvernement.
Le nouveau président de l’Assemblée a conclu par une formule largement relayée sur les réseaux sociaux :
« On ne peut pas faire du Pastef sans Pastef. »
Pour plusieurs observateurs, cette déclaration traduit les tensions apparues ces derniers jours entre certaines composantes du pouvoir, malgré l’appartenance commune des principaux responsables au même camp politique.
Des tensions institutionnelles sous surveillance
L’élection d’Ousmane Sonko à la tête de l’Assemblée nationale ouvre une nouvelle phase politique au Sénégal. Plusieurs analystes évoquent moins une « cohabitation » au sens classique qu’une possible rivalité de leadership au sein du pouvoir issu du Pastef.
Même si le président Bassirou Diomaye Faye, le gouvernement et la majorité parlementaire appartiennent au même camp, la prise de contrôle du Parlement par l’ancien Premier ministre pourrait compliquer certaines initiatives de l’exécutif ou accentuer les rapports de force internes.
Des observateurs craignent notamment que les tensions politiques récentes ne se traduisent par des blocages institutionnels ou des affrontements plus visibles entre les différents centres de pouvoir.
En quelques jours, Ousmane Sonko est passé du poste de Premier ministre à celui de président de l’Assemblée nationale, confirmant son poids politique au sein du Pastef et des institutions sénégalaises.
Loin de marquer son retrait, son limogeage a débouché sur un repositionnement stratégique au cœur du pouvoir parlementaire. Cette nouvelle configuration politique sera désormais observée de près, alors que le Sénégal entre dans une période où les équilibres internes de la majorité pourraient devenir un enjeu central de la vie politique nationale.