« Violée et séquestrée pendant trois jours à 10 ans » : la rappeuse Nash révèle le drame qui a bouleversé son enfance
Une icône du rap nouchi née dans la rue
De son vrai nom Solwé Niamey Flora Natacha, Nash est considérée comme l’une des pionnières du rap nouchi en Côte d’Ivoire. Surnommée « La go Cra Cra du Djassa », elle s’est imposée par un style unique, mêlant énergie débordante, son style et sa capacité à incarner la rue dans sa musique.
Originaire de Duékoué, dans l’ouest ivoirien, elle grandit dans un quartier dioulabrou de Man, un environnement qu’elle décrit comme difficile et violent, où la survie passe autant par l’intelligence que par la capacité à se défendre.
Issue d’une famille modeste, avec des parents travaillant dans le milieu de la justice, elle est élevée dans un cadre strict, marqué à la fois par l’éducation religieuse et une discipline familiale forte. Très tôt, elle développe un goût pour la littérature, la musique et l’expression artistique, tout en étant confrontée à un environnement social instable.
Le début d’une carrière musicale précoce
C’est en 1998 que son destin artistique bascule lorsqu’elle est repérée à Abidjan par Bony RAS, figure du rap ivoirien. Cette rencontre marque ses premiers pas dans l’industrie musicale.
En 2001, elle sort son premier titre « Premier Bon », qui la révèle au public et pose les bases de son identité artistique. Elle s’impose progressivement comme une voix singulière du rap ivoirien, notamment dans un univers encore largement masculin.
En 2021, elle célèbre ses 20 ans de carrière avec un concert au Palais de la Culture d’Abidjan, symbole de son parcours et de sa longévité dans l’industrie musicale.
Le drame de l’enfance : un traumatisme profond
Lors de son témoignage dans Elles et Co, Nash a révélé un épisode extrêmement douloureux de son enfance. À l’âge de 10 ans, elle affirme avoir été victime de viol et de séquestration par son oncle maternel, alors que ses parents étaient absents.
Il m’a abusée sur trois jours. Il m’a séquestrée.
Selon son récit, les parents de l’artiste étaient partis à Abidjan pour des activités, laissant les enfants sous la garde de l’oncle en question.
Menacée, elle explique avoir gardé le silence pendant plusieurs jours.
Il m’avait menacée : si jamais je le disais, il allait me faire du mal.
Une prise de conscience tardive et un état de santé alarmant
À leur retour, ses parents constatent immédiatement que quelque chose ne va pas. Nash est amaigrie, affaiblie, et adopte un comportement inhabituel.
Poussée par sa mère, elle finit par révéler les faits, malgré la peur et les traumatismes. Transportée à l’hôpital, son état inquiète les médecins.
Le docteur a dit :
Vous avez bien fait de l’envoyer parce qu’elle était en train de mourir.
Une affaire sans véritable justice
Selon son témoignage, l’agresseur a été arrêté puis incarcéré, mais aurait finalement été libéré à la suite d’arrangements familiaux. Pour Nash, cet épisode reste une blessure ouverte.
C’est une blessure encore pour moi parce qu’il n’y a pas eu de justice.
« C’est une blessure encore pour moi parce qu’il n’y a pas eu de justice. »
Elle évoque également la pression familiale et sociale autour de cette affaire, qui aurait contribué à étouffer une partie du processus judiciaire.
Une enfance marquée par la violence et les épreuves
Au-delà de ce traumatisme, Nash décrit une enfance globalement difficile, entre violences familiales, tensions sociales et instabilité.
Elle grandit dans un contexte où la violence est omniprésente, notamment dans son quartier, et où la notion de survie fait partie du quotidien.
Plus tard, la situation familiale se complique avec le divorce de ses parents, entraînant une nouvelle phase de précarité lorsqu’elle rejoint Abidjan.
Elle raconte une vie marquée par des difficultés extrêmes : manque de nourriture, conditions de vie précaires et instabilité permanente.
La perte de sa mère et la descente aux enfers
L’un des tournants les plus douloureux de sa vie intervient en 2005, avec le décès de sa mère, qu’elle décrit comme lié à un empoisonnement d’origine mystique.
Cette disparition la plonge dans une profonde dépression. Elle évoque une période de rupture totale, où sa vie personnelle et professionnelle s’effondre progressivement
La musique comme arme de survie
Face à ces épreuves, Nash trouve refuge dans la musique. Son frère Chino Justin joue un rôle déterminant en l’orientant vers le rap, qu’il considère comme un exutoire et un moyen de canaliser ses émotions.
Influencée par la rappeuse Priska, elle commence à écrire dès le collège, participe à des concours de rap et développe très tôt un style engagé.
Pour elle, le rap devient un espace de libération, où elle transforme la colère, la douleur et la frustration en expression artistique.
Une artiste engagée et militante
Au fil des années, Nash s’impose comme une figure majeure du rap ivoirien, notamment grâce à son utilisation du nouchi et à son identité artistique forte.
Elle développe plusieurs projets musicaux, dont « Nouchi Stylé vol. 1 » et le titre « Wô », qui renforcent sa place dans le paysage musical.
Engagée socialement, elle devient ambassadrice nationale de l’UNICEF en Côte d’Ivoire et s’investit dans la protection des enfants et des victimes de violences. Elle est également fondatrice de l’ONG Siançons, dédiée aux causes sociales.
Une parole pour transformer la douleur en message
Aujourd’hui, Nash assume pleinement de parler de son passé, malgré la douleur qu’il représente encore.
« Je veux que cela serve… que les enfants et les personnes qui ont subi un abus puissent en parler. »
Par ce témoignage, l’artiste ne se limite pas à raconter son histoire : elle transforme son vécu en outil de sensibilisation, rappelant l’importance de la parole, de la protection des enfants et de la justice pour les victimes.