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Côte d'Ivoire : Romain Molina dégaine une enquête explosive sur la Fédération ivoirienne de football

Côte d'Ivoire : Romain Molina dégaine une enquête explosive sur la Fédération ivoirienne de football
Le journaliste d'investigation français s'attaque à la FIF. Logistique défaillante, conflits d'intérêts autour de l'entourage d'Emerse Faé, manœuvres électorales prêtées à Idriss Diallo : le tableau qu'il dresse est sans complaisance.
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Il a l'habitude de faire trembler les fédérations. Cette fois, c'est au tour de la Côte d'Ivoire. Dans une longue enquête vidéo, Romain Molina s'attaque frontalement à la gestion de la Fédération ivoirienne de football (FIF), présidée par Idriss Diallo. Problèmes de logistique récurrents, rivalités internes, soupçons de conflit d'intérêts autour de l'agence de la compagne du sélectionneur Emerse Faé, manœuvres présumées en vue de la prochaine élection fédérale : le journaliste décrit une maison qui, malgré un vivier de talents inégalé sur le continent, peine à se professionnaliser.

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Qui est Romain Molina ?

Avant d'entrer dans le détail de ses révélations, il faut savoir à qui l'on a affaire. Romain Molina, né en mai 1991 à Lyon, est un journaliste spécialisé dans le football, auteur et conférencier français, dont les articles ont été publiés par des médias comme le New York Times, The Guardian, CNN, la BBC ou Josimar. Autodidacte, il évolue en marge des rédactions classiques et ses enquêtes, reprises par de grands médias étrangers, font régulièrement trembler le monde du sport. Il se présente lui-même comme un écrivain-journaliste indépendant, auteur d'une dizaine d'ouvrages traduits dans plusieurs pays, qui utilise sa chaîne YouTube pour diffuser ses travaux d'investigation sur le football, le basket-ball et les sports de combat.

Son style est reconnaissable entre mille : ton direct, révélations distillées au fil de vidéos-fleuves, réseau de sources construit depuis plus de dix ans dans le milieu. Il s'était notamment fait connaître en 2020 en participant à une enquête du Guardian sur des accusations de violences sexuelles visant le président de la fédération haïtienne de football. Il a depuis multiplié les sorties sur des fédérations africaines, dont récemment le Sénégal. La Côte d'Ivoire devient donc sa dernière cible en date.

Une talentueuse nation minée par l'amateurisme

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Le constat de Romain Molina part d'un paradoxe. Selon lui, la Côte d'Ivoire n'a rien à envier aux meilleures nations africaines en termes de talent, voire à certains quarts de finalistes du dernier Mondial. Mais l'accompagnement autour de l'équipe nationale resterait, à l'entendre, largement en dessous de ce niveau.

Il cite plusieurs anecdotes pour illustrer ce décalage. Des joueurs qui prendraient eux-mêmes leurs billets d'avion par crainte que la Fédération ne s'en charge pas à temps. Des soucis de visas non réglés à l'avance. Le cas d'Ahmed Diallo, privé d'un rassemblement au Canada l'an dernier pour des raisons administratives non gérées dans les délais. Un scénario similaire aurait touché Bazoumana Touré en Arabie saoudite.

Autre exemple avancé : avant un match amical face à la France à Nantes, les Éléphants auraient dû patienter deux heures et demie dans le bus après leur arrivée, un souci de réservation d'hôtel n'ayant pas été anticipé.

Vols, médical, discipline : la logistique en question

Le journaliste évoque aussi des dysfonctionnements dans l'organisation quotidienne de la sélection : des joueurs récupérés à l'aéroport sans navette prévue pour rejoindre le camp de base, une réunion importante liée à la préparation de la Coupe du monde à laquelle la personne censée représenter la Côte d'Ivoire ne se serait pas présentée, ou encore un manque de constance dans la coordination logistique au fil des grandes compétitions.

Sur le plan médical, Molina affirme que plusieurs joueurs ivoiriens ont pris l'habitude de faire venir leur propre kinésithérapeute, faute de confiance totale envers l'encadrement mis en place par la Fédération. Il évoque également des tensions entre le staff médical et le staff technique, ainsi que des retards de la part de certains membres de l'encadrement lors de la gestion des repas ou des horaires collectifs — une discipline défaillante qui, selon lui, viendrait aussi d'en haut, rendant plus difficile d'exiger une rigueur totale de la part de jeunes joueurs.

Il pointe par ailleurs des postes clés restés longtemps sans contrat en bonne et due forme, citant l'entraîneur des gardiens et l'analyste vidéo, engagés selon lui quasiment comme vacataires avant la Coupe du monde, ainsi que des difficultés à obtenir un nutritionniste ou un second préparateur physique, débloquées in extremis par le président de la Fédération lui-même.

Le conflit d'intérêts autour de l'agence de la compagne d'Emerse Faé

C'est l'un des passages les plus commentés de son enquête. Romain Molina met en cause l'activité d'une société de représentation de joueurs liée à la compagne du sélectionneur Emerse Faé. Cette dernière, intermédiaire de joueurs de profession, aurait multiplié sa présence lors de matchs de jeunes sélections ivoiriennes — U15, U17, U20, U23 — pour approcher familles et joueurs.

D'après le journaliste, une bonne dizaine de jeunes Ivoiriens évoluant aujourd'hui à l'étranger, notamment en Algérie et en Arménie, auraient ainsi rejoint cette agence. Il y voit un problème évident de conflit d'intérêts et de manquement à l'éthique, d'autant qu'il affirme que la Fédération était informée de cette situation, y compris à travers des rendez-vous tenus avec le président lui-même, sans que rien ne soit fait pour y mettre un terme. Une pratique qu'il juge par ailleurs contraire aux règles de la FIFA en la matière.

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Idriss Diallo et les manœuvres autour de l'élection

Le volet le plus politique de l'enquête concerne directement le président de la FIF. Selon Romain Molina, Idriss Diallo aurait cherché à écarter toute candidature concurrente à sa réélection en laissant entendre, en interne, que le président de la Confédération africaine de football Patrice Motsepe le soutiendrait comme successeur à la tête de l'instance continentale. Une affirmation que le journaliste dit avoir vérifiée et qu'il juge infondée, tout comme l'idée d'un soutien officiel du Maroc à sa candidature future.

Il rappelle qu'Idriss Diallo n'est même pas parvenu à se faire élire au Conseil de la FIFA, contrairement au Djiboutien Souleymane Waberi, ce qui interroge selon lui la solidité de sa légitimité sur la scène africaine. Le journaliste évoque également des pressions exercées sur d'éventuels opposants, dont le vice-président de la Fédération et un autre candidat déclaré, Souleymane Sissé, pour les dissuader de se présenter, ainsi que des invitations et cadeaux distribués depuis la Coupe du monde à des présidents de ligues appelés à voter.

Le football féminin, grand oublié

Molina consacre également une partie de son enquête à la sélection féminine, éliminée en Coupe d'Afrique des nations. Il décrit une équipe reléguée au second plan sur le plan des primes et de la logistique, et évoque des pressions exercées sur les joueuses pour qu'elles ne s'expriment pas publiquement sur leurs conditions, sous peine de ne plus être sélectionnées. Il rappelle par ailleurs que la Fédération perçoit des subventions de la FIFA spécifiquement destinées au développement du football féminin.

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Académies sauvages, transferts et binationaux

L'enquête s'étend enfin à la formation des jeunes et à la gestion des talents locaux. Le journaliste évoque des sélections de jeunes influencées par des intérêts liés à des dirigeants de clubs proches de la Fédération, l'absence d'un programme de certification des académies pour lutter contre le trafic de joueurs, ainsi que le cas de jeunes Ivoiriens passés par des filières maliennes ayant perdu leur passeport sportif d'origine. Il cite également le cas d'Arsène Kouassi, aujourd'hui international burkinabè à un poste où la Côte d'Ivoire manque de relève.

À l'inverse, il souligne que les dossiers de naturalisation de joueurs binationaux, eux, sont traités par la Fédération avec une rapidité record — preuve, selon lui, que l'administration sait avancer vite quand elle en a la volonté.

Retrait de la CAN et affaire Pepe : le flou entretenu

Le journaliste termine son enquête sur deux dossiers qu'il juge symptomatiques d'un manque de transparence : le retrait de la Côte d'Ivoire de l'organisation d'une Coupe d'Afrique des nations, dont les raisons réelles n'auraient jamais été clairement expliquées, et l'affaire entourant le joueur Nicolas Pépé, sur laquelle Idriss Diallo se serait systématiquement défaussé en évoquant des décisions venues « d'en haut », sans jamais préciser de qui il s'agissait.

Contactée ou non, la Fédération ivoirienne de football n'a pour l'instant pas réagi publiquement à l'ensemble de ces accusations, qui restent à ce stade les affirmations du journaliste, construites à partir de son réseau de sources dans le football ivoirien.

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