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Crise à l’UNJCI : prorogation controversée des mandats, la maison des journalistes au bord de la fracture

Pendant le congres des Journalistes de Côte d'Ivoire
Sous tension, le congrès extraordinaire de l’UNJCI a prorogé les mandats de ses dirigeants, malgré de vives contestations dans les locaux de la maison de la presse.
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Abidjan, Maison de la Presse 26 février 2026.

Le suspense aura duré jusqu’aux dernières heures. À minuit, lorsque le mandat des dirigeants de l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI) arrivait officiellement à expiration, l’organisation n’avait toujours pas trouvé de consensus. Au terme d’un congrès extraordinaire tendu, marqué par des échanges houleux et des divisions profondes, la majorité des congressistes a finalement décidé de proroger le mandat des instances dirigeantes, plongeant davantage la faîtière des journalistes ivoiriens dans l’incertitude.

Une décision exceptionnelle, prise au nom de la continuité institutionnelle, mais dénoncée par une partie des journalistes comme une entorse grave aux principes démocratiques.

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Une organisation historique fragilisée par une crise sans précédent

Fondée en 1967, l’UNJCI est la principale organisation professionnelle des journalistes en Côte d’Ivoire. Elle regroupe plus de 2 000 professionnels des médias et joue un rôle central dans la défense de la liberté de la presse, de l’éthique journalistique et des droits sociaux de ses membres.

Ses instances sont structurées autour :

  • d’un Conseil exécutif, dirigé par le président sortant Jean-Claude Coulibaly, élu en 2021 ;

  • d’un Conseil d’administration, présidé par Bertin N’Guessan.

Le 12ᵉ congrès électif devait permettre de renouveler ces instances. Initialement prévu fin 2025, puis reporté aux 20 et 21 février 2026, il visait à élire un nouveau président et une nouvelle équipe dirigeante.

Mais le processus électoral s’est progressivement enlisé dans une crise aux multiples ramifications.

Une crise électorale née de contestations internes

Les premières tensions apparaissent en septembre 2025, lorsque le Conseil exécutif désigne Franck Ettien comme candidat officiel à la succession de Jean-Claude Coulibaly.

Face à lui, une autre candidature émerge : celle de Marie-Laure N’Goran.

Mais rapidement, des contestations surgissent. Plusieurs journalistes remettent en cause la régularité de certaines candidatures et dénoncent un processus biaisé.

En janvier 2026, la tension monte d’un cran. Des rumeurs de démission du président du Conseil d’administration circulent, tandis que des collectifs de journalistes se constituent pour exiger le strict respect des textes.

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La justice suspend le congrès électif et précipite la crise

Le 11 février 2026, le congrès est officiellement reporté afin de garantir davantage de transparence. Mais la situation bascule le 19 février, lorsque la justice ordonne la suspension du processus électoral, invoquant des irrégularités dans certaines candidatures.

Cette décision crée un vide institutionnel imminent : le mandat des dirigeants, déjà prorogé une première fois, arrive définitivement à expiration le 26 février à minuit.

Face à l’urgence, le Conseil d’administration convoque un congrès extraordinaire le 25 février à la Maison de la Presse d’Abidjan.

Objectif : trouver une solution pour éviter la paralysie de l’organisation.

Un congrès extraordinaire sous haute tension

Dès l’ouverture du congrès extraordinaire, le climat est électrique.

Plusieurs centaines de journalistes prennent part aux travaux, dans une atmosphère lourde de suspicion et de méfiance. Les débats sont animés, parfois chaotiques.

Au cœur des discussions : faut-il proroger les mandats ou mettre en place une transition ?

Finalement, un vote à main levée est organisé. Selon les responsables, la majorité des congressistes accepte la prorogation exceptionnelle des mandats, invoquant l’article 15 des statuts, qui permet une telle mesure en cas de crise grave.

La décision est constatée par un commissaire de justice.

Mais cette procédure est vivement contestée. Certains journalistes dénoncent :

  • l’absence de vote à bulletin secret,

  • une convocation tardive du congrès,

  • et une prorogation jugée illégale.

Des scènes de tension éclatent. Des protestations fusent. Le congrès se termine dans un climat de confusion.

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Continuité institutionnelle ou dérive antidémocratique ?

La décision divise profondément la profession.

Pour les partisans de la prorogation, il s’agit d’un choix pragmatique pour éviter un vide institutionnel dangereux.

« Nous ne voulons pas de crise, nous ne voulons pas de division », a déclaré Bertin N’Guessan, appelant les journalistes à accepter le verdict de la majorité.(source reportage Life Tv)

Selon eux, cette prorogation est une mesure transitoire, nécessaire pour permettre l’organisation d’un congrès électif crédible et apaisé.

Mais pour leurs opposants, la décision constitue un précédent inquiétant.

Un collectif de journalistes accuse les dirigeants de vouloir se maintenir au pouvoir en violation des textes. Certains parlent même d’un « passage en force » et d’une « prolongation déguisée ».

Jean-Claude Coulibaly lui-même a dénoncé l’existence de « coups internes » visant à déstabiliser l’organisation.

Une légitimité fragilisée et un avenir incertain

Cette crise intervient à un moment crucial pour la profession journalistique ivoirienne, confrontée à de nombreux défis :

  • précarité économique des médias,

  • mutation numérique,

  • crédibilité de l’information,

  • protection des journalistes.

L’UNJCI, censée incarner l’unité et défendre les intérêts de la profession, se retrouve aujourd’hui fragilisée par ses divisions internes.

Plusieurs scénarios sont désormais possibles :

  • l’organisation d’un congrès électif consensuel dans les prochains mois ;

  • un recours judiciaire pour contester la prorogation ;

  • ou une aggravation de la crise.

Pour l’heure, aucune nouvelle date officielle n’a été annoncée.

L’appel à l’unité face au risque de fracture durable

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Malgré les tensions, les dirigeants appellent à l’apaisement et à l’unité.

« L’avenir de l’Union et de toute la profession est en jeu », a insisté Bertin N’Guessan.

Mais sur le terrain, les fractures sont profondes.

À la Maison de la Presse, symbole de la liberté d’expression en Côte d’Ivoire, l’atmosphère reste lourde d’incertitudes.

  • L’UNJCI saura-t-elle surmonter cette crise ?

  • Parviendra-t-elle à organiser des élections transparentes et consensuelles ?

  • Ou cette crise laissera-t-elle des cicatrices durables dans la profession ?

Une chose est certaine : l’avenir de la principale organisation des journalistes ivoiriens est désormais suspendu à sa capacité à réconcilier ses membres et à restaurer la confiance.

Affaire à suivre.

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