Des avions qui volent au manioc ? La Côte d’Ivoire veut y croire dès 2029
Le manioc, qu’on retrouve dans l’attiéké, le placali et le gari, pourrait demain contribuer à faire décoller des avions. Le 3 septembre 2026 à Marcory, l’Autorité nationale de l’aviation civile (ANAC) a présenté les conclusions d’une étude de faisabilité commerciale sur les carburants d’aviation durables, plus connus sous le sigle SAF. L’étude, réalisée dans le cadre du programme ACT-SAF de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), a été financée par une contribution de la France. Elle trace la route d’une première production ivoirienne autour de 2028-2029.
Un carburant qui sort des champs, pas du puits
Les SAF sont des carburants de substitution au kérosène fossile, fabriqués à partir de biomasse ou de déchets, qui réduisent l’empreinte carbone des vols. Pour la Côte d’Ivoire, la piste privilégiée est l’éthanol tiré du manioc, avec l’idée de valoriser des résidus agricoles aujourd’hui peu exploités. La noix de cajou figure aussi parmi les matières premières examinées.
Le point de départ est solide : le pays a produit 8,4 millions de tonnes de manioc en 2024, et la filière pèse 2,8 % du PIB, selon Sika Finance. Des acteurs locaux, comme l’entreprise Edindia Industry, travaillent déjà sur du bioéthanol à base de résidus de manioc. Une première étude de l’OACI, réalisée en 2023 avec l’appui de l’Union européenne, avait déjà cité cette entreprise parmi les producteurs locaux intéressants.
La SIR, porte d’entrée du projet
Pour démarrer, les experts misent sur le co-traitement à la Société ivoirienne de raffinage (SIR). Le principe consiste à injecter la matière d’origine végétale dans les unités qui existent déjà. Cela évite de construire une raffinerie dédiée et réduit le ticket d’entrée. Ce choix reste toutefois une option privilégiée, pas une décision actée.
Pourquoi maintenant ?
Le ciel ivoirien se remplit. L’aéroport Félix Houphouët-Boigny a accueilli 2 551 915 passagers en 2025, contre 2 535 451 en 2024. À l’échelle mondiale, l’IATA estime que la demande de transport aérien pourrait plus que doubler d’ici 2050. Or l’aviation est l’un des secteurs les plus difficiles à électrifier. Les SAF sont donc, aujourd’hui, l’un des rares leviers concrets pour la décarboner.
Ce que ça pourrait changer pour la Côte d’Ivoire
Pour les producteurs, c’est un possible débouché supplémentaire pour des résidus qui n’en ont pas toujours. Pour l’économie, c’est la perspective d’une nouvelle chaîne de valeur industrielle entre agriculture, énergie et aviation. Le directeur général de l’ANAC, Sinaly Silué, l’a dit lui-même : il faut désormais passer à « celle de l’action ». La représentante de l’ambassade de France a, elle, parlé d’un point de départ plutôt que d’une conclusion.
Les conditions pour que ça décolle
Le rapport pose plusieurs garde-fous :
La filière ne devra pas concurrencer les usages alimentaires, industriels et énergétiques du manioc, ni fragiliser forêts et terres cultivables.
Les matières premières et les carburants devront être certifiés, un passage obligé pour accéder au marché international.
La collecte et le transport des déchets agricoles devront être organisés, car la régularité de l’approvisionnement en dépend.
Le pays devra se doter d’un cadre réglementaire adapté et d’une structure nationale de gouvernance.
À ce stade, aucun budget, volume de production ni calendrier d’investissement n’a été rendu public. Entre une étude de faisabilité et un premier litre de carburant, il reste un long chemin, et l’année 2029 est un horizon, pas une promesse.