Burkina Faso : la peine de mort fait son grand retour, huit ans après son abolition
Le Burkina Faso tourne une page. Ce mardi 20 octobre 2026, l’Assemblée législative du peuple (ALP), qui fait office de Parlement, a adopté à l’unanimité de ses 71 membres une nouvelle loi portant Code pénal. Le texte réintroduit la peine de mort dans l’arsenal judiciaire du pays, qui l’avait abolie le 31 mai 2018 sous la présidence de Roch Marc Christian Kaboré.
L’annonce a été faite par le ministère de la Justice. Selon lui, la réforme vise à renforcer l’ordre public, consolider les valeurs de la Nation et garantir la sécurité des personnes et des biens. Aux commandes depuis le coup d’État de septembre 2022, le régime du capitaine Ibrahim Traoré présente ce nouveau code comme un outil de lutte contre la criminalité.
Quels crimes sont concernés ?
D’après l’Agence d’information du Burkina, média d’État, la peine capitale sera désormais encourue pour les actes de terrorisme, l’espionnage, la trahison et le parricide. Elle vise aussi l’importation de produits périmés ou prohibés lorsqu’elle entraîne la mort, pour l’auteur comme pour ses complices. Le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, a détaillé ces dispositions auprès du site Lefaso.net.
Le Code pénal ne s’arrête pas là. Les détournements de fonds dépassant un certain montant seront punis de la réclusion à perpétuité, assortie d’une amende équivalant au triple de la somme détournée. Lors de la présentation du projet en Conseil des ministres, le gouvernement avait évoqué le seuil de 5 milliards de FCFA. Les sanctions en matière de sécurité routière sont aussi durcies. Le ministre estime que 90 à 95 % des accidents mortels sont imputables aux usagers.
Le texte érige par ailleurs le travail d’intérêt général en peine principale et sanctionne la promotion et les pratiques homosexuelles. En septembre dernier, le Parlement avait déjà voté à l’unanimité une loi prévoyant de deux à cinq ans de prison pour ces pratiques.
Un projet annoncé de longue date
Ce vote n’a rien d’une surprise. Dès novembre 2024, le ministre Bayala avait confirmé que la question de la peine de mort serait intégrée au futur Code pénal. Le 4 décembre 2025, le Conseil des ministres adoptait officiellement le projet de loi. Le garde des Sceaux y voyait une « innovation majeure ». Il avançait aussi que l’abolition avait servi d’argument de recrutement, notamment auprès des jeunes, aux groupes qui s’en prennent au pays. Ces derniers, expliquait-il, brandissaient les conventions internationales pour se protéger en cas d’arrestation.
Des organisations de la société civile avaient d’ailleurs réclamé ce retour, dénonçant une ingérence occidentale au sein de l’AES.
Les défenseurs des droits humains alertent
À l’international, la réforme est loin de faire l’unanimité. Human Rights Watch s’était alarmée en décembre dernier d’un message « effrayant » envoyé aux détracteurs du pouvoir, et redoutait la création d’un nouvel outil de répression. L’organisation rappelle que plus de 170 pays ont aboli la peine de mort ou observent un moratoire. L’ONU et la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples appellent eux aussi à un moratoire en vue d’une abolition définitive.
Sur le terrain, la peine capitale était déjà tombée en désuétude. Selon Amnesty International, la dernière exécution connue au Burkina Faso remonte à 1988. Le pays n’est pas un cas isolé en Afrique : la République démocratique du Congo a elle aussi évoqué la reprise des exécutions pour les crimes de droit commun, et le Nigeria a étendu la peine capitale à certaines infractions liées aux stupéfiants.