Fally Ipupa-Himra : deux stades, trois concerts et une bataille qui enflamme Abidjan
L'ambiance des fêtes de fin d'année s'annonçait déjà électrique à Abidjan. Elle est en réalité devenue explosive depuis quelques jours, depuis que les organisateurs des concerts de Fally Ipupa et de Himra ont dévoilé, presque simultanément, leurs dates respectives pour décembre 2026. Un télescopage de calendrier a suffi à mettre le feu aux réseaux sociaux ivoiriens.
Deux stades, un même week-end
D'un côté, la star congolaise Fally Ipupa a annoncé un double concert historique les 24 et 25 décembre 2026 au Stade Félix Houphouët-Boigny, avec environ 29 000 places assises par soirée, soit près de 60 000 spectateurs attendus sur les deux dates cumulées. La billetterie doit ouvrir le 11 septembre 2026, exclusivement sur la plateforme Tikerama.
De l'autre, la jeune sensation du rap ivoirien Himra vise lui aussi un pari XXL : remplir à son tour les 60 000 places du Stade Olympique Alassane Ouattara d'Ébimpé, le 26 décembre 2026. Sa billetterie est déjà ouverte, avec des tarifs allant de 3 000 FCFA en tribune populaire jusqu'à 100 000 FCFA pour les places VVIP.
Sur le papier, deux événements distincts, deux publics, deux styles musicaux. Dans les faits, trois soirées XXL programmées coup sur coup, à la veille du réveillon, dans la même ville.
La polémique qui enflamme les réseaux
C'est ce rapprochement de dates qui a mis le feu aux poudres. Quelques heures à peine après l'annonce du double concert de Fally Ipupa, les fans de Himra, surnommés les "Ultras" ou le "H-gang", ont dénoncé sur les réseaux sociaux ce qu'ils perçoivent comme une manœuvre calculée pour écraser médiatiquement et financièrement l'événement de leur idole. Pour eux, positionner un concert de cette envergure la veille du show d'Ébimpé revient à capter l'attention et les budgets des Ivoiriens pendant le week-end le plus lucratif de l'année, celui du réveillon.
Ce qui nourrit particulièrement ce sentiment, c'est le calendrier lui-même. Certes, les dates ne sont techniquement pas les mêmes : Fally Ipupa se produit les 24 et 25 décembre, Himra le 26. Mais pour les fans du "Chetté", ce chevauchement à un jour d'intervalle a tout d'une opération de contournement plutôt que d'une simple coïncidence, d'autant que le concert d'Ébimpé, lui, était planifié de longue date. Aux yeux des Ultras, venir se positionner juste avant une date déjà annoncée et attendue depuis des mois s'apparente moins à un hasard de programmation qu'à une tentative implicite de boycott, visant à siphonner l'attention et l'engouement avant même que Himra ne monte sur scène.
En face, les "Warriors", fans de Fally Ipupa, répliquent que les deux artistes ne partagent pas le même public et que rien ne devrait empêcher chacun de remplir son stade. Certains internautes tentent même de désamorcer la tension, appelant les partisans d'Himra à profiter du buzz généré par Fally pour mieux vendre les billets du concert d'Ébimpé plutôt que de se lancer dans des appels au boycott.
Moins une guerre de fans qu'un défi de remplissage
Derrière l'agitation des réseaux sociaux, la réalité est sans doute plus nuancée qu'une simple bataille entre deux camps de supporters. L'enjeu véritable n'est pas de savoir quel fandom criera le plus fort, mais lequel des deux artistes parviendra réellement à remplir son stade.
Pour Fally Ipupa, l'exercice n'a rien d'inédit. L'artiste congolais ne manque pas de concerts en Côte d'Ivoire, surtout sur cette période de fin d'année qui est devenue, au fil des ans, un rendez-vous quasi traditionnel pour lui à Abidjan. Il a par ailleurs déjà rempli des stades en France et reste un habitué incontesté de la scène ivoirienne, où il s'est construit une immense base de fans. Mais un stade reste un stade : même pour une star aussi installée, avec un tel historique de salles combles, remplir une enceinte de la dimension du Stade Félix Houphouët-Boigny demeure un défi à part entière face à son public ivoirien, un défi redoublé puisqu'il s'agit ici de le relever sur deux dates consécutives plutôt qu'une seule.
Pour Himra, l'enjeu est d'une autre nature. En quelques années à peine, le jeune rappeur s'est imposé comme l'une des figures montantes du rap ivoirien, porté par une carrière fulgurante. Remplir l'un des plus grands stades du pays représente pour lui un défi de taille, celui de faire basculer son succès numérique et scénique vers une dimension encore jamais atteinte pour un artiste de sa génération sur la scène locale. Un pari qu'il affirme vouloir relever la tête haute, et que ses "Ultras" ne se privent pas de clamer haut et fort sur les réseaux : pour eux, aucun doute, le Stade d'Ébimpé sera comble le 26 décembre.
Un défi de taille pour Himra
Pour Himra, le véritable enjeu de ce concert est ailleurs : réussir à remplir les 60 000 places du Stade Olympique Alassane Ouattara d'Ébimpé. Un pari d'une tout autre dimension que ses précédentes prestations, qui pourrait lui permettre de franchir un nouveau cap dans sa carrière et de rejoindre les artistes ivoiriens ayant déjà réussi à mobiliser un stade.
Avant lui, Didi B avait marqué les esprits en remplissant le Stade Félix Houphouët-Boigny. Mais avec une jauge de 60 000 spectateurs annoncée à Ébimpé, le défi qui attend Himra est encore plus grand. Au-delà du bruit suscité par le calendrier de décembre, le rappeur devra surtout transformer la mobilisation de sa communauté en un véritable succès populaire.
Ce concert apparaît ainsi moins comme un duel avec Fally Ipupa que comme un grand défi personnel : prouver qu'il peut, lui aussi, attirer des dizaines de milliers de personnes dans un stade et confirmer son statut parmi les figures majeures de la nouvelle génération du rap ivoirien.