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L’Afrique, nouvelle terre promise des Afro-descendants : le temps du grand retour

Les stars américaines Meagan Good et Jonathan Majors
Du Ghana au Bénin, de la Guinée à la Sierra Leone, l’Afrique n’est plus seulement une terre de mémoire pour les Afro-descendants, mais devient une terre de citoyenneté, de création et d’opportunités. Porté par des politiques inédites le mouvement du retour aux sources s’impose désormais comme un phénomène mondial.
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Longtemps, le lien entre l’Afrique et les descendants de la traite transatlantique s’est limité au souvenir et au traumatisme. Aujourd’hui, ce lien change de nature. Des Afro-Américains et Afro-descendants reviennent sur le continent non plus seulement pour se recueillir, mais pour s’y projeter, y créer et parfois même y appartenir juridiquement. Ce retour aux sources, à la fois identitaire, culturel et politique, s’inscrit dans un contexte où plusieurs États africains repensent leur relation avec la diaspora.

Le Bénin et la Guinée illustrent cette évolution par des gestes forts de reconnaissance citoyenne. Mais ils ne sont pas seuls. À l’échelle du continent, une dynamique plus large est à l’œuvre, faisant de l’Afrique un espace de reconnexion et d’attractivité renouvelée.

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1. Du symbole à la loi : quand l’Afrique reconnaît sa diaspora

Le Bénin, haut lieu historique de la traite négrière, a promulgué en 2024 une loi historique accordant la citoyenneté aux descendants d’esclaves. Initiée par le président Patrice Talon, cette loi est ouverte aux personnes majeures ne possédant aucune autre nationalité africaine et pouvant justifier d’une ascendance subsaharienne par tests ADN, témoignages authentifiés ou documents familiaux. Le gouvernement a mis en place une plateforme numérique permettant de solliciter un certificat provisoire d’éligibilité ; la procédure définitive devant se finaliser sur place.

Cette loi a trouvé un écho médiatique avec la remise, le 25 juillet 2025, du certificat de citoyenneté à la chanteuse américaine Ciara. À cela s’ajoutent d’autres figures comme Spike Lee, nommé ambassadeur culturel, qui incarnent le rapprochement entre diaspora et pays d’origine.

En Guinée, le gouvernement a multiplié les gestes symboliques et concrets. La reconnaissance de citoyens afro-américains comme Meagan Good et Jonathan Majors qui obtiennent la nationalité guinéenne après des tests ADN et nommés ambassadeurs culturels, illustre cette volonté de relier mémoire et visibilité contemporaine.

Ghana et Sierra Leone, moteurs du mouvement

Le Ghana demeure le pays le plus emblématique de cette dynamique. Après le lancement du « Year of Return » en 2019, Accra a transformé l’élan mémoriel en réalité juridique. En novembre 2024, 524 membres de la diaspora ont été naturalisés lors d’une cérémonie historique, s’ajoutant à plusieurs centaines d’autres cas. Si ces citoyennetés n’accordent pas immédiatement tous les droits politiques, elles offrent passeport, résidence et reconnaissance officielle.

La Sierra Leone a adopté une approche originale en s’appuyant sur la généalogie et les tests ADN. Depuis 2025, des Afro-descendants peuvent y obtenir la citoyenneté en prouvant un lien avec des groupes historiques comme les Mende ou les Temne, inscrivant la science au service de la réparation mémorielle.

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Ghana et Guinée-Bissau : dynamisme institutionnel

Le Ghana reste la référence en matière de retour de la diaspora. Après le succès de l’Année du Retour 2019, le pays a renforcé son engagement avec le programme « Au-delà du Retour » (2020-2030). Il offre permis de séjour permanent et, dans certains cas, pleine citoyenneté aux descendants d’Africains réduits en esclavage. En 2019, 126 personnes ont été naturalisées, et des centaines d’autres bénéficient d’un droit de séjour indéfini, accompagné de facilités pour investir, entreprendre et participer à la vie culturelle.

La Guinée-Bissau a également lancé en janvier 2025 un programme concret dans le cadre d’une initiative nationale visant à renouer avec les Afro-descendants, notamment ceux ayant des liens ancestraux avec des groupes ethniques comme les Balanta, Peuls, Djola, Baga ou Mandingues. Neuf Afro-descendants membres de la Balanta B'urassa History and Genealogy Society aux États-Unis ont ainsi obtenu la citoyenneté, illustrant un dynamisme institutionnel réel (source voices ).

Culture et médias : l’effet iShowSpeed

Si les lois ouvrent les portes, la culture crée l'envie. La tournée mondiale "Speed Does Africa" du streamer iShowSpeed (28 jours à travers 20 pays en janvier 2026) démocratise cette découverte, montrant une Afrique vivante et connectée, accessible à des millions de jeunes Afro-descendants. Le retour n’est plus seulement un acte mémoriel ; il devient culturel, économique et médiatique.

Impacts économiques, culturels et stratégiques

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Ces retours ont des effets multiples :

  • Économiques : la diaspora apporte compétences, capitaux et investissements. Les transferts de fonds vers l’Afrique subsaharienne ont atteint 54 milliards de dollars en 2023 selon la Banque mondiale. Le Ghana, par exemple, a mis en place des plateformes comme WIDU.africa et des forums d’investissement pour canaliser ces ressources vers les PME, infrastructures et création d’emplois.

  • Culturels : le brassage entre cultures afro-américaines, caribéennes et locales enrichit musique, cinéma et productions créatives.

  • Stratégiques et politiques : la diaspora est considérée comme une « sixième région » capable d’influencer diplomatie et développement.

Le retour aux sources n’est plus seulement symbolique, il devient juridique, économique et culturel. Avec le Bénin, la Guinée, le Ghana et la Guinée-Bissau, l’Afrique transforme les liens historiques en opportunités concrètes pour sa diaspora qui décide de revenir chez eux. Le continent s’affirme ainsi comme le centre de gravité d’une identité mondiale retrouvée.

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