Le Garba : Découvrez l’histoire du plat ivoirien le plus populaire
Plat populaire par excellence, le garba est aujourd’hui l’un des symboles les plus forts de la cuisine ivoirienne. Présent dans tous les quartiers, consommé à toute heure, il dépasse largement le simple statut de repas bon marché. Le garba raconte une histoire : celle de l’ingéniosité populaire, de l’urbanisation d’Abidjan, du port de pêche et d’un nom devenu mythique
Qu’est-ce que le garba ?
Le garba est un plat ivoirien composé principalement de semoule d’attiéké accompagnée de thon frit, relevé de piment, parfois complété par des oignons ou des tomates. Il se consomme majoritairement dans la rue, dans des espaces informels appelés garbadromes, et constitue l’un des repas les plus accessibles et les plus consommés du pays.
Une naissance urbaine : Abidjan, années 1970–1980
’histoire du garba se construit à Abidjan dans les années 1970–1980, une période marquée par une urbanisation rapide et une forte croissance démographique. La capitale économique attire travailleurs, étudiants et migrants venus de toute la sous-région. Les besoins sont clairs : manger vite, manger à moindre coût, mais rester rassasié.
Le port de pêche d’Abidjan devient alors un espace central dans cette dynamique. Le thon pêché en Côte d’Ivoire est principalement destiné à l’exportation. Placé sous douane, en transit, il ne peut pas être vendu localement. Mais lors des opérations de découpe et de manutention, certaines parties du poisson tombent ou sont mises de côté : des morceaux parfaitement comestibles, mais considérés comme des déchets de thon. Ces restes s’accumulent dans les entrepôts du port.
À cette époque, le port compte beaucoup plus d’étrangers que de nationaux : Nigériens, Burkinabè, Togolais, Béninois, Maliens. Certains achètent le poisson lors des ventes aux enchères, tandis que d’autres, n’ayant pas les moyens, se tournent vers ces déchets de thon. Ils les récupèrent, les nettoient, les font frire et les consomment avec de l’attiéké.
Aux origines du nom : Dicoh Garba, un Ivoirien au cœur de l’histoire
Contrairement à une croyance largement répandue, il n’existe aucun poisson appelé garba. Le terme ne désigne ni une espèce marine ni une variété de thon. Il tire son origine d’un nom propre, celui de Dicoh Garba, Ivoirien, haut responsable de l’administration de la pêche et chargé de la production animale au début des années 1970.
Comme il l’explique lui-même :
« Il n’y a pas de poisson qui s’appelle Garba. C’est le déchet de thon qu’on appelle Garba. »
À cette période, Dicoh Garba est le seul Africain à occuper un poste de responsabilité dans l’administration de la pêche. Confronté à l’accumulation des déchets de thon au port, il autorise leur récupération par les populations et les petits vendeurs, faute d’autre solution.
Ne sachant comment nommer ces morceaux, on commence à parler du “déchet de thon Garba”, simplement en référence à lui et non à un Nigérien comme souvent on l'entend. Un nom provisoire, presque anodin, qui va pourtant s’imposer durablement.
« Moi, je ne savais pas que ça allait prendre une telle envergure. »
À l’origine, ces déchets étaient gratuits, et personne n’imaginait qu’ils deviendraient la base d’un plat emblématique. Des années plus tard, Dicoh Garba découvrira avec étonnement l’évolution du terme :
Une fois, j’ai vu ça sur Internet. On dit le poisson garba.
Un glissement de sens révélateur du succès du plat, mais aussi d’un contresens historique. Car le garba n’est pas un poisson : il est le fruit d’une décision administrative ivoirienne, d’un contexte portuaire précis et de la créativité populaire née à Abidjan.
L’importance culturelle du garba en Côte d’Ivoire
Le garba est aujourd’hui bien plus qu’un plat :
il est un repas du peuple, accessible à tous ;
il symbolise la débrouillardise ivoirienne ;
il rassemble étudiants, travailleurs, chauffeurs, cadres, artistes, sans distinction.
Manger du garba, c’est partager un moment de convivialité, souvent debout ou assis sur un banc, dans une ambiance bruyante et vivante. Il fait partie du quotidien, du langage (“on va garber”), et même de l’identité urbaine ivoirienne
Le business autour du garba
Le garba est aujourd’hui bien plus qu’un plat :
il est un repas du peuple, accessible à tous ;
il symbolise la débrouillardise ivoirienne ;
il rassemble étudiants, travailleurs, chauffeurs, cadres, artistes, sans distinction.
Manger du garba, c’est partager un moment de convivialité, souvent debout ou assis sur un banc, dans une ambiance bruyante et vivante. Il fait partie du quotidien, du langage (“on va garber”), et même de l’identité urbaine ivoirienne.
Le business du garba : un écosystème économique
Ce qui était autrefois un simple déchet gratuit est devenu un véritable secteur économique :
chaînes d’approvisionnement du thon,
transformation et friture,
vente d’attiéké,
emplois directs et indirects (vendeurs, transporteurs, producteurs).
Dans certains quartiers, le garba représente la principale source de revenus pour des familles entières. Le prix varie selon les zones, la quantité et la qualité, mais la demande reste constante.
Aujourd’hui, le garba s’exporte aussi culturellement : on le retrouve dans la diaspora ivoirienne, en Europe, en Amérique du Nord, et dans d’autres pays africains.
Des entrepreneurs cherchent à formaliser le garba, des initiatives comme Ivoire Garba (I-Garba) ambitionnent de créer des enseignes modernes, inspirées du fast-food, avec des normes d’hygiène renforcées et un projet d’expansion en Côte d’Ivoire et dans la sous-région.
Livraison à domicile, packaging soigné, branding : le garba tend à s’imposer comme produit exportable de la gastronomie ivoirienne.
Le garba est un parfait exemple de la manière dont un contexte historique, économique et social peut donner naissance à un symbole national. Né des restes de thon du port d’Abidjan, nommé presque par hasard, il est devenu un pilier de la gastronomie ivoirienne.