Côte d’Ivoire : concerts, salles, billetterie… les acteurs du spectacle devront désormais obtenir une licence pour exercer
Le secteur culturel ivoirien change d'ère. Fini le temps où un promoteur pouvait louer une salle, vendre des tickets et faire venir un artiste sans autre formalité que sa bonne volonté. Depuis le 27 juillet 2026, à la Tour B, la ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, a réuni les représentants des organisateurs de spectacles vivants pour acter l'entrée en application concrète de ce nouveau régime. Un chantier réglementaire qui court depuis cinq ans et qui, cette fois, s'accompagne d'un calendrier précis et de montants à payer.
Un chantier lancé depuis 2021
Le nouveau dispositif ne sort pas de nulle part. Il découle du décret n°2021-622 du 20 octobre 2021 portant organisation des spectacles vivants sur le territoire national. Pour traduire ce décret en règles concrètes et applicables, une task force réunissant les acteurs culturels de l'industrie du spectacle a été mise sur pied le 12 juin 2024, avec pour mission de discuter, de proposer des modalités pratiques et de bâtir un texte qui convienne à toute la profession.
Ce travail a débouché sur l'arrêté n°750/MCF/CAB du 14 octobre 2025 déterminant le régime des entrepreneurs de spectacles vivants sur le territoire national, présenté une première fois le 23 décembre 2025 au Musée des Civilisations d'Abidjan-Plateau, puis validé par l'ensemble des acteurs du secteur. Le texte complet de l'arrêté est consultable sur le site du ministère de la Culture, culture.gouv.ci.
Désormais une licence pour exercer
Le principe est désormais posé noir sur blanc : toute personne physique ou morale qui exerce l'activité d'entrepreneur de spectacle vivant doit détenir une licence délivrée par le ministère de la Culture. Cette licence est personnelle, incessible, et valable trois ans.
Seules échappent à cette obligation les structures qui organisent des spectacles de façon occasionnelle, dans un cadre philanthropique, scolaire, sportif, religieux ou familial. Mais dès qu'un organisateur répète ce type d'événement de manière régulière, même sans but lucratif, il bascule automatiquement sous le régime de la licence obligatoire.
Trois licences, trois métiers, trois montants
L'arrêté organise la profession autour de trois catégories d'acteurs, chacune correspondant à un métier précis du secteur.
La Licence A s'adresse aux producteurs de spectacles vivants, ceux qui portent la responsabilité artistique et financière d'un spectacle.
La Licence B concerne les diffuseurs de spectacles vivants, en charge de l'accueil du public, de la billetterie et de l'organisation des dates. Pour cette catégorie, les frais de dossier annoncés s'élèvent à 5 000 000 de francs CFA, auxquels s'ajoute une caution bancaire du même montant, soit 5 000 000 de francs CFA supplémentaires.
La Licence C est réservée aux exploitants de lieux de spectacles vivants, c'est-à-dire aux propriétaires ou gestionnaires de salles. Les frais de dossier sont fixés à 4 500 000 de francs CFA, avec une caution bancaire de 5 000 000 de francs CFA.
Chaque licence est valable trois ans. La délivrance de la Licence A, celle des producteurs, interviendra dans une phase ultérieure, une fois les licences B et C mises en circulation.
L'appel à candidatures ouvre le 15 septembre
Autre annonce forte de la rencontre du 27 juillet : Françoise Remarck a confirmé que l'appel à candidatures destiné aux personnes morales pour l'obtention des licences B (diffuseur) et C (exploitant de lieux de spectacles vivants) se déroulera du 15 septembre au 15 octobre 2026. Les dossiers déposés seront examinés par la Commission de délivrance des licences d'entrepreneurs de spectacles vivants, la fameuse CODELES.
Cette commission, composée de neuf membres, est chargée d'instruire les demandes de licence, de contrôler l'homologation des salles de spectacles et de donner son avis sur les éventuelles sanctions à infliger à un entrepreneur en infraction.
La ministre a invité les professionnels à se mobiliser dès maintenant pour préparer leurs dossiers, afin d'être prêts au lancement de l'appel à candidatures
Les salles, elles aussi, passent à l'inspection
Une salle ne pourra plus accueillir de public sur la seule bonne volonté de son propriétaire. L'homologation devient obligatoire, avec des plans certifiés, des attestations d'assurance et un certificat de sécurité incendie délivré par la protection civile.
Cap sur le billet électronique
Autre chantier de taille : la billetterie. Les organisateurs de spectacles dans les salles de plus de 200 places auront un délai de six mois pour basculer vers un système de billets électroniques sécurisés, avec QR code à l'appui, afin de lutter contre la fraude et de renforcer la transparence économique du secteur.
Les opérateurs étrangers priés de s'associer localement
Le texte referme aussi la porte à l'improvisation venue de l'étranger. Tout opérateur non ivoirien qui souhaite produire ou diffuser un spectacle sur le territoire national devra désormais s'associer à un entrepreneur de spectacle licencié ivoirien.
Des sanctions qui ne plaisantent pas
Tous les acteurs du secteur disposent d'un délai de six mois pour se mettre en conformité avec ces nouvelles règles. Passé ce délai, les contrevenants s'exposent à des amendes allant de 3 à 5 millions de francs CFA, au retrait pur et simple de leur licence, et à la fermeture de leur établissement en cas de manquement grave ou de fraude avérée.
Prenant la parole au nom de la profession, Victor Yapobi, président de l'Association des producteurs de spectacles de Côte d'Ivoire et président du Comici, a salué l'aboutissement d'un combat vieux de vingt ans, rappelant que l'aventure avait démarré dès 2005, à une époque où certains acteurs culturels actuels n'étaient pas encore nés.
Pour la ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, cette réforme doit permettre de structurer durablement l'industrie du spectacle, de favoriser la transmission des savoir-faire entre générations d'artistes et de professionnels, et de permettre au plus grand nombre de vivre pleinement de leur art. « L'État travaille pour et avec vous », a-t-elle rappelé aux professionnels réunis à la Tour B, les invitant à se tenir prêts pour contribuer à une industrie du spectacle vivant plus dynamique, mieux structurée et résolument tournée vers l'excellence.