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FIFA : le projet de vente de parts du Mondial à des investisseurs privés divise l'UEFA, la Concacaf et la CAF

FIFA : le projet de vente de parts du Mondial à des investisseurs privés divise l'UEFA, la Concacaf et la CAF
La création de FIFA Forward Enterprise, une nouvelle structure destinée à attirer des investisseurs privés, fait face à une opposition grandissante. Plusieurs confédérations dénoncent un manque de consultation et craignent une perte d'indépendance du football mondial.
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Ce jeudi 30 juillet 2026 restera comme l'une des journées les plus tendues de l'histoire récente de la FIFA. En quelques heures, deux des plus grosses confédérations du football mondial ont tourné le dos à Gianni Infantino, mettant en péril un projet censé injecter des milliards de dollars dans le football mondial, via les 211 fédérations membres.

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Ce que dit exactement le projet

Annoncée mardi, la nouvelle entité s'appelle FIFA Forward Enterprise (FFE). Sur le plan juridique, il ne s'agit pas d'une privatisation de la FIFA elle-même, qui reste une association à but non lucratif, mais de la création d'une filiale commerciale distincte, ouverte à des actionnaires minoritaires. Cette filiale regrouperait l'ensemble des activités commerciales de l'instance : droits télévisés, sponsoring, billetterie, licences, ainsi que l'organisation des compétitions (Mondial masculin et féminin, Coupe du monde des clubs, etc.).

La FIFA prévoit de céder jusqu'à 20-21 % du capital de la FFE à des investisseurs privés, tout en conservant la majorité et le contrôle de la structure. L'opération viserait à lever jusqu'à 4,2 milliards de dollars, sur la base d'une valorisation de la FFE à environ 20 milliards de dollars. En contrepartie, chacune des 211 fédérations membres pourrait toucher jusqu'à 40 millions de dollars sur le cycle 2027-2030 : jusqu'à 20 millions de dollars sous forme de prime ponctuelle « Fast-Forward » début 2027, et jusqu'à 20 millions au titre de la dotation régulière du programme FIFA Forward.

Un nom qui fait tout de suite polémique

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Ce qui devait rester une opération financière technique s'est transformé en crise politique dès que le nom de l'investisseur pressenti a circulé. Selon plusieurs médias, le fonds pressenti est Thrive (Thrive Eternal), dirigé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, gendre et ancien conseiller de Donald Trump. La banque JPMorgan est annoncée comme conseil de la FIFA sur l'opération.

Pour beaucoup d'observateurs, ce projet s'inscrit dans une série de gestes d'Infantino envers l'entourage de Trump, entre la création d'un prix FIFA de la paix et une implication remarquée du président américain dans certains dossiers sportifs récents.

Face à la presse, la FIFA a tenté de rassurer, assurant qu'elle resterait seule aux commandes du football mondial et que les fonds levés serviraient avant tout à financer le développement du football dans les fédérations membres.

L'UEFA dégaine la menace du boycott

La réaction est venue d'Europe. Réunis en urgence ce jeudi en visioconférence, les 55 membres de l'UEFA ont voté à l'unanimité une position radicale : aucune sélection européenne ne participera plus à une compétition de la FIFA, Coupe du Monde comprise, tant que le projet restera sur la table.

Dans un communiqué à la tonalité inhabituellement dure, l'instance dirigée par Aleksander Čeferin dénonce une gouvernance « par l'intimidation » et un projet « conçu en secret », approuvé sans consultation sérieuse des acteurs du football. L'UEFA va jusqu'à parler d'un « abandon de la mission de gardienne du football mondial » de la part de la FIFA.

Le texte pose une ligne rouge claire : pas de retour en arrière tant que la FIFA n'aura pas abandonné le projet dans son intégralité et donné des garanties fermes de ne plus jamais ouvrir sa gouvernance à des intérêts privés.

La Concacaf enfonce le clou

Quelques heures à peine après la sortie de l'UEFA, nouveau coup dur pour Infantino : les 41 fédérations membres de la Concacaf, la confédération d'Amérique du Nord, centrale et des Caraïbes, ont rejeté le projet à leur tour, au terme d'une réunion présentée comme houleuse.

Le symbole est fort. La Concacaf regroupe notamment les États-Unis, le Canada et le Mexique, les trois pays hôtes du Mondial 2026 tout juste disputé. La fédération américaine, en particulier, a publiquement affiché son soutien à la fronde.

Dans son communiqué, la confédération nord-américaine pointe un calendrier « artificiellement court » imposé par la FIFA et l'absence totale d'examen du projet par les organes de gouvernance internes de l'instance. Elle s'interroge aussi, plus fondamentalement, sur la nécessité même de faire appel à des investisseurs privés alors que le Mondial 2026 vient d'être présenté comme l'édition la plus rentable de l'histoire.

Dès mercredi, la Confédération asiatique de football (AFC) avait elle aussi regretté que le projet ait été rendu public sans consultation préalable des 211 associations membres de la FIFA.

Avec ce nouveau rejet, ce sont désormais 96 des 211 fédérations membres de la FIFA qui affichent leur opposition au projet

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La CAF opte pour la prudence

Contrairement à l'UEFA et à la Concacaf, la Confédération africaine de football (CAF) n'a pas rejeté le projet. Dans un communiqué publié mercredi, l'instance présidée par Patrice Motsepe indique avoir reçu une correspondance de la FIFA sur le dossier et annonce la tenue, la semaine prochaine, d'une réunion de son Comité exécutif pour « examiner et évaluer » l'initiative. La CAF a également invité ses 54 associations membres à étudier la proposition et à participer au processus de consultation, dans le respect des règlements de la FIFA.

Cette échéance intéresse directement le football ivoirien. La Fédération Ivoirienne de Football (FIF) bénéficie déjà du programme FIFA Forward classique, qui a notamment financé la rénovation du Centre Technique National de Bingerville. Si le projet FFE est approuvé par la majorité des fédérations et par le Conseil de la FIFA, les associations africaines pourraient recevoir une part de ces nouveaux financements pour leurs infrastructures et le football de base. Les 211 associations membres ont jusqu'au 19 septembre 2026 pour se positionner.

Un précédent qui inquiète

Ce n'est pas la première fois qu'Infantino tente d'associer des investisseurs privés aux droits commerciaux de la FIFA : un projet similaire, avorté, avait déjà circulé autour de 2018-2019. Le dossier FFE s'ajoute surtout à une série de réformes déjà controversées sous sa présidence — Mondial élargi à 48 équipes, nouvelle Coupe du monde des clubs — perçues par certains dirigeants européens comme une centralisation croissante du pouvoir commercial entre les mains de la FIFA, au détriment des confédérations historiques comme l'UEFA. Ce climat de méfiance accumulé aide à comprendre la rapidité et la fermeté de la réaction de ce jeudi.

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La position d'Infantino

Face à la fronde, Gianni Infantino a maintenu sa position. Dans une vidéo diffusée mercredi, il a assuré que le football que les supporters regardent et aiment « ne changera pas » et a présenté le projet comme « une opportunité en or pour accélérer le développement du football mondial ». Il a également rappelé qu'il s'agit d'une proposition soumise au vote des fédérations membres, et non d'une décision imposée.

Le calendrier fixé par la FIFA reste inchangé pour l'instant : le texte doit recueillir l'approbation d'une majorité des 211 fédérations membres avant le 19 septembre 2026. D'ici là, chaque confédération continentale doit se positionner, à l'image de la CAF qui doit se réunir la semaine prochaine.

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