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Guinée : Conakry réclame à la France le Coran de Samory Touré, pillé pendant la colonisation

Guinée : Conakry réclame à la France le Coran de Samory Touré, pillé pendant la colonisation
128 ans après la capture de l'Almamy en terre ivoirienne, la Guinée a officiellement demandé à la France la restitution de son Coran personnel et de plusieurs effets liés au grand résistant, saisis en 1898 par l'armée coloniale.
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C'est un dossier qui mêle mémoire, diplomatie et patrimoine. À la mi-juin 2026, une délégation guinéenne conduite par le ministre de la Culture, du Tourisme et de l'Artisanat, Moussa Moïse Sylla, s'est rendue à Paris pour examiner, dans les réserves du Musée de l'Armée aux Invalides, le manuscrit connu comme le Coran de Samory Touré, ainsi qu'un bonnet, un chasse-mouche et une tunique de guerre ayant appartenu au chef de guerre.

« Ce qui importe, c'est que ces objets puissent rentrer chez eux »

Sur place, le ministre guinéen a été clair sur la portée de la démarche. Pour lui, ces pièces sont la preuve tangible de la grandeur du fondateur de l'empire du Wassoulou, et leur retour en Guinée constitue désormais une priorité affichée par Conakry.

Le Coran conservé aux Invalides est présenté par les autorités guinéennes comme un objet personnel de Samory Touré. Le Monde apporte toutefois une nuance importante : l'ouvrage rassemblerait en réalité plusieurs commentaires coraniques, ce qui rappelle que ces fonds patrimoniaux, longtemps désignés de façon approximative, nécessitent encore un travail scientifique précis d'identification et de datation.

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Une demande vieille de 58 ans

Ce geste n'est pas une première absolue. Dès 1968, à l'occasion du dixième anniversaire de l'indépendance guinéenne, le président Ahmed Sékou Touré avait déjà réclamé à la France le retour du Coran, du sabre et du boubou de Samory Touré. La demande était restée sans suite concrète.

Près de six décennies plus tard, le contexte juridique a radicalement changé. La France a adopté en mai 2026 une loi-cadre qui facilite les restitutions de biens culturels obtenus de façon illicite pendant la période coloniale. Ce nouveau dispositif permet désormais à Paris de traiter les demandes formulées par des États étrangers sans devoir voter une loi spécifique pour chaque objet ou chaque pays, tout en prévoyant une coopération scientifique et muséographique entre la France et les États bénéficiaires.

Des manuscrits dispersés dans toute la France

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Le dossier guinéen ne se limite pas au seul Coran de Samory Touré. Des chercheurs travaillent actuellement à cartographier l'ensemble des manuscrits guinéens dispersés dans les collections françaises. Des lettres attribuées à Alpha Yaya Diallo, autre figure de la résistance ouest-africaine, ont ainsi été retrouvées à Caen, tandis que des textes saisis en 1893 à un chef de guerre de l'armée de Samory Touré, identifié comme Kémoko Bilali Kourouma, ont été localisés en Charente-Maritime.

De son côté, le Musée de l'Armée reconnaît conserver 2 248 objets d'origine africaine parmi ses quelque 500 000 pièces, un inventaire de provenance engagé depuis plusieurs années déjà.

Samory Touré, capturé en Côte d'Ivoire

Fondateur de l'empire du Wassoulou, Samory Touré a résisté près de vingt ans à la conquête coloniale française avant d'être capturé le 29 septembre 1898 à Guélémou, dans la région de Nzo, en Côte d'Ivoire. Il sera ensuite déporté au Gabon, où il mourra en exil en 1900. Une histoire qui, par le lieu même de sa capture, résonne aussi directement avec la mémoire ivoirienne.

Un futur musée pour accueillir les trésors

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Conakry ne se contente pas de réclamer : la Guinée prépare l'accueil de ces pièces. Un « Musée du livre et des alphabets », rattaché au programme « Conakry, ville créative de l'UNESCO en littérature », a été déclaré d'utilité publique par décret présidentiel. Il doit à terme accueillir le Coran de Samory Touré et d'autres manuscrits comparables.

Reste un obstacle logistique de taille : selon Le Monde, la Guinée ne dispose pas encore d'infrastructures répondant aux normes internationales de conservation, en matière de température et d'humidité, pour recevoir des documents anciens. Le Musée national de Guinée est lui-même en travaux de rénovation depuis 2022.

Le dossier devra également faire l'objet de recherches approfondies destinées à établir avec précision l'origine des pièces, les conditions de leur acquisition et leur identification exacte au sein des collections françaises, avant toute restitution effective.

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