Guy Demel brise le silence sur son passage chez les Éléphants : Diallo, Faé, les coulisses d'un malaise
Un an et demi après avoir soulevé la Coupe d'Afrique des nations avec la Côte d'Ivoire, Guy Demel a choisi de parler. Vraiment parler. Dans une interview diffusée en avant-première ce mercredi 9 septembre 2026, l'ancien international ivoirien, longtemps resté en retrait des polémiques entourant son passage dans le staff des Éléphants, a livré des révélations qui dépassent largement le simple bilan sportif.
Le soir de la victoire, un malaise déjà là
C'est sans doute le passage le plus commenté de l'entretien. Guy Demel raconte que le soir même du sacre à la CAN 2023, disputée à domicile, lui et Emerse Faé se seraient retrouvés seuls, sur un balcon, pour un constat amer.
« On discute et on se dit : on a gagné, mais ils sont pas contents d'avoir gagné avec nous », confie-t-il. Interrogé sur qui se cache derrière ce « ils », Demel ne tergiverse pas : « Ceux qui nous ont entourés, la Fédération. Ils n'étaient pas contents d'avoir gagné avec nous, tout simplement. »
Il reste prudent sur les motivations exactes des dirigeants, mais laisse entendre que d'autres profils étaient déjà envisagés à l'époque pour diriger la sélection. « Il y avait des envies d'autres personnes dans notre tête, et je pense que tout au long du parcours, on a essayé de nous mettre dans des conditions assez compliquées pour amener des résultats négatifs et pouvoir justifier de tel ou tel changement », estime-t-il.
Il tempère aussitôt : sur le plan strictement sportif, le bilan des deux années passées à la tête des Éléphants reste, selon lui, difficilement contestable. Une équipe rajeunie, une qualification pour la Coupe du monde après douze ans d'absence, un titre continental à domicile, puis une phase de groupes disputée au Mondial 2026, une première pour le pays. « Je pense que ça arrangeait pas nos dirigeants », lâche-t-il, sans plus d'amertume apparente.
Une relation à Idriss Diallo qui s'est « clairement » dégradée
Le passage le plus sensible de l'entretien concerne toutefois Idriss Diallo lui-même. Guy Demel rappelle avoir publiquement soutenu la candidature du dirigeant lors de l'élection de 2022, alors que son ancien coéquipier Didier Drogba affrontait Diallo pour la présidence de la FIF, un choix qui lui avait valu, à l'époque, de nombreuses critiques.
Aujourd'hui, l'ancien défenseur ne mâche pas ses mots : « Les rapports entre Idriss Diallo et moi ont vraiment changé, depuis son élection jusqu'à aujourd'hui. » Il précise avoir soutenu Diallo « parce que le discours et les idées étaient ceux que je partageais, mais les actions n'ont pas suivi ».
Demel révèle également que le président de la FIF, une fois élu, l'avait contacté pour lui proposer un poste au sein de la Fédération. « La preuve que j'étais désintéressé, c'est que lorsque le président actuel gagne, à l'époque, il m'appelle pour me demander si je veux un poste, et je lui dis non », raconte-t-il, précisant qu'il n'a jamais souhaité intégrer l'organigramme fédéral.
C'est en tant qu'adjoint d'Emerse Faé, et non en tant que membre de la FIF, qu'il dit avoir eu accès aux réunions et à une certaine visibilité sur les difficultés, les contraintes et les moyens de la sélection. Il reconnaît que son avis, donné à plusieurs reprises, dérangeait souvent. « Je pense qu'il était mal exprimé, il était pas entendu », explique-t-il, avant de préciser : « Réellement, c'est simplement qu'on n'était pas alignés. »
Faé, l'entourage, la famille : le vrai point de friction
Sur sa relation avec Emerse Faé, Guy Demel se montre plus mesuré, mais tout aussi direct. « Ce qui est fou, c'est que nous n'avons pas de problème direct, lui et moi », assure-t-il d'emblée.
Le point de friction se situait ailleurs : « Je donnais trop mon avis sur l'entourage, sur sa famille. Je n'étais pas d'accord avec certaines choses, avec certaines idées, certaines manières de travailler, certains dires, comportements ou autres », détaille-t-il, ce qui aurait, avec le temps, « créé un peu de distance » dans leur relation.
Il précise que cette distance ne s'est, selon lui, jamais traduite sur le terrain : « On suivait les mêmes process pour les prises de décision. C'est simplement que là où avant on passait peut-être dix heures à se parler au téléphone, on se parlait beaucoup moins, c'était plus des heures de travail. »
Il savait, bien avant Faé, que l'aventure s'arrêtait
Autre séquence marquante : Guy Demel revient sur l'interview accordée par Emerse Faé à L'Équipe après son éviction, dans laquelle l'ancien sélectionneur confiait avoir été pris de court par la décision de la Fédération, alors qu'il se projetait déjà sur l'organisation du prochain stage et sur la Coupe du monde 2030.
« Il a le droit, et s'il a formulé les choses comme ça, c'est qu'il était surpris. Moi, je l'avais eu deux ou trois jours avant, et il était assez persuadé de continuer l'aventure », relate Demel. Lui, en revanche, assure savoir depuis bien plus longtemps : « Ça faisait plus d'une année que je savais que nous n'allions pas continuer. Que je n'allais pas continuer, même si Emerse, lui, continuait l'aventure. »
Il tient malgré tout à saluer la qualité du staff technique qu'il a côtoyé, citant Jérémy Antonio, Michael Fabre et Samir Amba : « J'ai énormément appris à leurs côtés. Je le dis maintenant : j'aurais souhaité qu'Emerse continue, parce que c'est un très bon sélectionneur, il a de très bonnes idées. »
« L'opinion publique n'est pas totalement prête à tout entendre »
Interrogé sur la baisse de complicité perçue par le public entre lui et Faé lors des dernières compétitions, Guy Demel refuse d'entrer dans le détail : « C'est trop loin à expliquer. Pas que je ne veuille pas, mais je pense que l'opinion publique, les gens, ne sont pas totalement prêts à tout entendre. »
Il anticipe la critique qui pourrait lui être faite : « Ça va être très facile de dire que c'est parce qu'il n'est plus en poste. Mais ceux qui aiment chercher, qui vont gratter, verront que Guy Demel ne s'accrochait pas au poste. »
Jamais avec Faé dans ces conditions, mais l'ambition de devenir numéro un
Sur un éventuel retour aux côtés d'Emerse Faé dans un futur projet, la réponse est sans appel : « Jamais. Non, jamais. » Il nuance aussitôt lorsqu'il s'agit de la sélection ivoirienne dans son ensemble : « Pour la Côte d'Ivoire, c'est mon pays. Je voulais rester, oui, pour la sélection, mais pas dans ces conditions-là. »
Mieux, l'ancien international se projette déjà sur la suite. Interrogé sur une possible ambition de devenir un jour sélectionneur numéro un de la Côte d'Ivoire, il ne ferme aucune porte : « Pourquoi pas, bien sûr, pourquoi pas. Le champ des possibles est ouvert, je ne me mets aucune limite. La vie m'a montré qu'il faut être prêt à tout moment. »
Sur son successeur Hervé Renard, l'ironie n'est jamais loin : « Comme le dit l'homme à la tête de la Fédération, Hervé Renard a gagné deux CAN. Nous en avons gagné une seule. Pourquoi il va nous appeler pour demander quoi que ce soit ? », plaisante-t-il, avant d'ajouter, plus sérieusement, espérer qu'un échange ait bien eu lieu entre les deux staffs pour assurer la transition
Une sortie qui divise l'opinion ivoirienne
Diffusée à trois jours de l'élection à la présidence de la FIF, prévue le samedi 12 septembre à Yamoussoukro, cette interview n'a pas manqué de provoquer une vague de réactions. Une partie de l'opinion y voit un camouflet direct pour Idriss Diallo et son équipe, dont la gestion du dossier Faé-Demel est de plus en plus scrutée. D'autres, à l'inverse, reprochent à l'ancien international d'avoir attendu d'être hors du système pour parler, dénonçant ce qu'ils considèrent comme un manque de courage.
Quoi qu'il en soit, les propos de Guy Demel viennent nuancer sérieusement le récit officiel distillé jusqu'ici par la Fédération, celle d'un simple changement de cycle sportif. Derrière l'image d'un sacre continental et d'une qualification historique pour le Mondial, se cachait, depuis la CAN 2023, un climat de suspicion entre le staff technique et ses dirigeants que ni les trophées ni les bons résultats n'auront suffi à apaiser.