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M’Batto sous tension : colère noire des planteurs de cacao, affrontements avec les forces de l’ordre

M’Batto sous tension : colère noire des planteurs de cacao, affrontements avec les forces de l’ordre
À M’Batto, la colère des producteurs de cacao explose en affrontements avec les forces de l’ordre sur fond de paiements bloqués.
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La ville de M'Batto, dans la région du Moronou, a vécu une journée de fortes tensions ce jeudi 7 mai 2026. Des producteurs de cacao, exaspérés par les retards de paiement de leurs récoltes et la chute brutale du prix du cacao, sont descendus dans les rues pour exprimer leur colère. La manifestation a rapidement dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre, plongeant la ville dans une atmosphère de panique et de chaos.

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Barricades, gaz lacrymogènes et interpellations

Selon plusieurs témoignages relayés sur les réseaux sociaux et par des médias locaux, les manifestants ont érigé des barricades sur plusieurs axes routiers de la ville afin de bloquer la circulation et attirer l’attention des autorités sur leur situation.

Face à la montée de la tension, les forces de sécurité sont intervenues à l’aide de gaz lacrymogènes pour disperser la foule. Plusieurs personnes ont été interpellées. Certaines sources évoquent au moins trois arrestations, dont un passant qui aurait été pris dans la confusion.

Des vidéos devenues virales montrent des scènes de course-poursuite, des pneus brûlés et des habitants fuyant les zones de confrontation dans un climat de peur généralisée.

Des producteurs à bout de souffle

À l’origine de cette explosion sociale : une profonde détresse économique. Les planteurs dénoncent le non-paiement de cargaisons de cacao livrées depuis octobre 2025. Plusieurs producteurs affirment attendre encore l’argent de leurs ventes, alors que la campagne intermédiaire a déjà commencé.

Dans une région fortement dépendante du cacao, cette situation affecte directement les revenus des familles, la scolarité des enfants et les dépenses de base. Pour beaucoup, la filière cacao, longtemps présentée comme le moteur économique des zones rurales ivoiriennes, est aujourd’hui synonyme d’incertitude et d’endettement.

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Une crise du cacao qui secoue toute la Côte d’Ivoire

Les événements de M’Batto s’inscrivent dans une crise plus large qui secoue actuellement la filière cacao ivoirienne. Depuis plusieurs mois, le secteur traverse une période particulièrement difficile, marquée par l’effondrement des cours mondiaux après les records historiques atteints en 2024 et début 2025.

En mars 2026, le gouvernement ivoirien a annoncé une réduction drastique du prix bord champ du cacao, passé de 2 800 FCFA à 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne intermédiaire. Une baisse de plus de 57 % qui a provoqué un choc dans les zones de production.

Cette décision a été justifiée par les autorités par la chute des cours internationaux du cacao et les difficultés de commercialisation rencontrées par les exportateurs. Depuis fin 2025, de nombreux acheteurs internationaux auraient réduit leurs achats, provoquant une accumulation massive de stocks invendus chez les producteurs et les coopératives.

Des stocks bloqués et des paiements retardés

Le Conseil Café-Cacao (CCC) avait promis de racheter une partie des stocks restés invendus afin de soulager les producteurs. Selon plusieurs médias économiques, plus de 120 000 tonnes de fèves étaient concernées par ces blocages.

Mais sur le terrain, de nombreux planteurs affirment ne toujours pas avoir été payés plusieurs mois après avoir livré leur production. Cette situation alimente une colère croissante dans les zones rurales, notamment dans les localités fortement dépendantes du cacao comme M’Batto, Divo, Soubré ou Agboville.

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Un climat social explosif dans les zones rurales

La crise actuelle révèle également les fragilités structurelles du système de régulation du cacao en Côte d’Ivoire. Malgré son statut de premier producteur mondial — représentant environ 45 % de la production mondiale — le pays reste extrêmement dépendant des fluctuations des marchés internationaux.

Plusieurs organisations de producteurs dénoncent depuis des années un système de fixation des prix jugé défavorable aux planteurs. Des syndicats agricoles réclament régulièrement une meilleure redistribution des revenus de la filière et une protection plus forte contre les chutes brutales des prix mondiaux.

À M’Batto, beaucoup craignent désormais que les tensions ne s’étendent à d’autres localités productrices si les paiements tardent encore ou si aucune mesure d’urgence n’est annoncée.

Silence des autorités, inquiétude grandissante

À l’heure actuelle, aucune communication officielle détaillée n’a encore été faite sur le nombre exact d’interpellations ni sur d’éventuelles négociations avec les manifestants. Mais la situation reste suivie de près dans cette zone agricole stratégique du centre-est ivoirien.

Cette nouvelle flambée de colère montre à quel point la crise du cacao est devenue un enjeu social majeur en Côte d’Ivoire. Derrière les chiffres du marché mondial, ce sont des milliers de familles rurales qui voient aujourd’hui leurs revenus s’effondrer, dans un contexte économique déjà difficile.

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