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Pourquoi le taux de suicide est-il aussi élevé en Côte d’Ivoire ?

Une personne qui vient ce suicider
Entre tabous culturels et détresse psychologique, la Côte d’Ivoire fait face à une urgence silencieuse qui brise des vies bien avant qu'elles ne s'éteignent : le suicide.
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Pourquoi le taux de suicide est-il élevé en Côte d’Ivoire ? La question dérange, mais elle mérite d’être posée clairement. Avec environ 23 suicides pour 100 000 habitants selon des estimations internationales publiées ces dernières années, le pays figurait parmi ceux présentant les taux les plus élevés d’Afrique. Derrière ce chiffre, il ne s’agit pas seulement d’une donnée statistique : il s’agit d’une urgence silencieuse, ancrée dans des réalités psychologiques, sociales et culturelles complexes.

Comprendre cette situation suppose d’aller au-delà du choc émotionnel. Il faut analyser les facteurs médicaux, les représentations sociales, les pressions économiques et l’accès aux soins. Car le suicide n’est jamais le résultat d’une seule cause.

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Une crise mondiale qui touche aussi la Côte d’Ivoire

Le suicide est un problème de santé publique global. L’Organisation mondiale de la santé estime que plus de 322 millions de personnes vivent avec la dépression dans le monde. Chaque année, près de 800 000 personnes décèdent par suicide. Chez les jeunes de 15 à 29 ans, il s’agit de l’une des principales causes de mortalité.

La Côte d’Ivoire s’inscrit dans cette dynamique mondiale. Cependant, comme beaucoup de pays à revenu faible ou intermédiaire, elle cumule plusieurs vulnérabilités structurelles qui amplifient le phénomène.

Le rôle central de la dépression

Une personne qui veut se suicider
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La dépression constitue l’un des principaux facteurs de risque du suicide. Elle ne se résume pas à une simple tristesse passagère. Elle se caractérise par une perte d’intérêt durable, une fatigue persistante, un sentiment de dévalorisation, des troubles du sommeil et une difficulté à se projeter dans l’avenir. Lorsqu’elle n’est pas prise en charge, elle peut évoluer vers des idées suicidaires.

Dans de nombreux cas, les troubles mentaux restent non diagnostiqués. Les recherches montrent que la majorité des personnes qui passent à l’acte présentent un trouble psychique sous-jacent, notamment une dépression majeure. Le problème, en Côte d’Ivoire comme ailleurs, est que ces troubles sont rarement identifiés à temps.

Le poids des représentations sociales

La santé mentale demeure un sujet tabou. Dans certaines représentations sociales, la souffrance psychologique est assimilée à un manque de force, à une faiblesse morale ou à un déficit spirituel. Cette perception influence profondément le comportement des individus.

Lorsqu’une personne dépressive est invitée à “être forte” ou à “prier davantage”, sa souffrance peut être minimisée. Elle hésite alors à consulter, de peur d’être jugée. Selon les estimations internationales, entre 76 % et 85 % des personnes souffrant de troubles mentaux dans les pays à revenu faible ou intermédiaire ne reçoivent aucun traitement adapté.

Ce silence social agit comme un facteur aggravant. La stigmatisation empêche l’expression de la détresse et retarde la prise en charge.

Les pressions socio-économiques

La Côte d’Ivoire est un pays majoritairement jeune. Or, à l’échelle mondiale, les jeunes adultes sont particulièrement exposés au risque suicidaire. Le chômage, la précarité, la pression familiale, les attentes sociales élevées et les difficultés d’insertion professionnelle peuvent générer un stress chronique.

Ces facteurs ne provoquent pas automatiquement un passage à l’acte. Cependant, lorsqu’ils s’accumulent chez une personne déjà vulnérable, ils peuvent contribuer à un sentiment d’impasse. La dépression résulte souvent d’interactions complexes entre facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. Dans un environnement marqué par l’incertitude économique, ces interactions deviennent plus fragiles.

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Un accès limité aux soins spécialisés

L’offre de soins en santé mentale reste insuffisante. Le nombre de psychiatres et de psychologues demeure limité, et les services sont majoritairement concentrés dans les grandes villes. Pour de nombreuses familles, consulter un spécialiste représente un coût difficile à assumer ou une démarche socialement mal comprise.

Ce déficit d’accompagnement précoce complique la prévention. La santé mentale reste souvent absente des soins primaires, alors qu’elle devrait en être une composante essentielle.

Pourquoi la prévention est essentielle

Le suicide n’est pas une fatalité culturelle. La prévention passe par la sensibilisation et la déstigmatisation. Changer le regard collectif est fondamental : la dépression n’est pas une faiblesse et la souffrance psychologique n’est pas une honte.

Réduire ce taux exige une approche globale : améliorer l’accès aux soins, transformer les représentations sociales et créer des espaces d’écoute sécurisants. Parler ouvertement de santé mentale est déjà un acte de prévention.

BESOIN D'AIDE OU D'ÉCOUTE ?

Si vous ou une personne de votre entourage traverse une période de détresse psychologique, ne restez pas seul. La Côte d’Ivoire dispose d’un dispositif national d’assistance :

Appelez gratuitement le 143

  • Service : Numéro vert national d'assistance psychologique et de prévention du suicide.

  • Disponibilité : Des psychologues sont à votre écoute 24h/24 et 7j/7.

  • Confidentialité : Appel anonyme et gratuit.

Demander de l'aide est un acte de responsabilité et de courage.

À venir : Dans mon prochain article, nous aborderons concrètement comment aider un proche en difficulté et quels sont les signes d'alerte qui doivent vous interpeller.

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