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Koné Daouda Soukpafolo et Uniwax : entre réforme du coton et stratégie industrielle ivoirienne

Koné Daouda Soukpafolo
Koné Daouda Soukpafolo reprend Uniwax : une stratégie industrielle au cœur des forces et faiblesses de la filière coton
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Koné Daouda Soukpafolo reprend Uniwax. L’opération marque le retour d’un acteur industriel stratégique sous contrôle ivoirien et s’inscrit dans une dynamique plus large : celle de la transformation de la filière coton nationale. Derrière cette acquisition se dessine une ambition claire, intégrer l’amont agricole et l’aval industriel pour capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire ivoirien.

Mais cette stratégie ne peut être comprise sans analyser le cadre dans lequel évolue la filière coton depuis sa réforme. Car si le secteur a connu une croissance remarquable ces dernières années, il reste structuré par un modèle de régulation qui comporte autant d’avantages que de limites.

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Koné Daouda Soukpafolo, du coton graine au textile

Koné Daouda Soukpafolo acquiert UNIWAX

L’acquisition d’Uniwax par la Compagnie ivoirienne de coton (COIC), présidée par Koné Daouda Soukpafolo, illustre une logique d’intégration verticale. La Côte d’Ivoire est l’un des principaux producteurs africains de coton graine, mais transforme encore une part limitée de cette production localement.

En prenant le contrôle d’Uniwax, entreprise cotée à la Bourse régionale des valeurs mobilières, l’industriel ivoirien franchit une étape stratégique : relier directement la production agricole à la transformation textile.

Cette décision intervient alors que la filière coton a consolidé sa remontée après la crise de 2002-2011. La production nationale est passée de 310 114 tonnes en 2015-2016 à 539 623 tonnes en 2021-2022, portée par la réforme engagée en 2013.

Une réforme structurante : stabilité et croissance

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La réforme de la filière coton a instauré un système de zonage attribuant à chaque société cotonnière une zone exclusive d’achat du coton. Ce modèle, qualifié par certains chercheurs de « monopole local concentré », a profondément modifié l’organisation du marché.

À Korhogo, par exemple, deux sociétés contrôlent chacune une zone exclusive. Les prix du coton sont fixés annuellement et demeurent stables pendant la campagne. Ce système non concurrentiel a permis de sécuriser l’approvisionnement des usines et de fidéliser les producteurs.

Les sociétés cotonnières peuvent préfinancer les intrants sans craindre que les récoltes soient revendues à des concurrents. Les taux de remboursement des crédits agricoles sont ainsi élevés, et l’accès au crédit pour les producteurs s’est amélioré. Le zonage a également réduit les coûts logistiques, en concentrant la collecte autour des usines et en diminuant les distances de transport.

Pour des acteurs comme Koné Daouda Soukpafolo, ce cadre offre une visibilité stratégique. Il permet de sécuriser la matière première et de planifier des investissements industriels en aval, comme l’intégration d’Uniwax dans la chaîne de valeur.

Les limites du monopole régional

Cependant, ce système comporte aussi des inconvénients majeurs. Le redécoupage des zones a entraîné des pertes d’influence pour certaines sociétés. Selon des analyses sectorielles, la COIC elle-même a vu sa zone d’influence réduite de manière significative lors du redéploiement.

Le monopole régional limite également la concurrence. Les prix du coton sont fixés à l’avance, exposant les sociétés d’égrenage aux fluctuations des cours mondiaux. Si les prix internationaux baissent à la récolte, le risque financier repose sur les entreprises.

Pour les producteurs, la situation est ambivalente. Les sociétés cotonnières fixent le prix des intrants vendus à crédit et déterminent ainsi une grande partie des coûts de production. Les cotonculteurs dépendent fortement de ces intrants, ce qui réduit leur marge de manœuvre. Certains chercheurs estiment que ce système peut conduire à des prix moins favorables aux agriculteurs qu’un marché concurrentiel.

Cette structure explique en partie pourquoi certains producteurs se tournent vers d’autres cultures comme l’anacarde, dont la filière repose sur un modèle plus compétitif.

Une intégration industrielle comme réponse stratégique

C’est précisément dans ce contexte que la stratégie de Koné Daouda Soukpafolo prend tout son sens. En intégrant Uniwax, il ne se limite plus à l’égrenage du coton. Il capte la valeur au niveau de la transformation textile.

Uniwax sort d’une phase de restructuration marquée par un redressement financier notable en 2025. Le chiffre d’affaires a progressé de plus de 12 % au premier semestre, et le résultat net est redevenu positif. Le titre a enregistré une forte progression à la BRVM, traduisant la confiance des investisseurs.

Pour la COIC, l’objectif est clair : transformer une dépendance structurelle en opportunité industrielle. En sécurisant l’approvisionnement et en modernisant l’outil de production textile, la reprise d’Uniwax pourrait générer des synergies et renforcer la compétitivité locale face aux importations asiatiques à bas coût et à la contrefaçon.

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Entre ambition et défis

Koné Daouda Soukpafolo le roi du coton

La filière coton ivoirienne représente 7 % des recettes d’exportation et contribue à 1,7 % du PIB. Elle s’étend sur plus de la moitié du territoire national et mobilise des milliers de petits producteurs. Pourtant, elle reste confrontée à des défis structurels : dépendance aux cours mondiaux, rigidité du système de fixation des prix, concurrence des cultures alternatives et coûts énergétiques élevés.

La stratégie de Koné Daouda Soukpafolo s’inscrit dans une tentative de dépassement de ces contraintes. En allant vers l’aval industriel, il cherche à renforcer la souveraineté économique et à créer davantage de valeur ajoutée localement.

La reprise d’Uniwax par Koné Daouda Soukpafolo intervient dans une filière coton à la fois stabilisée par la réforme et traversée par des tensions structurelles. Le système de monopole local a permis de sécuriser la production et d’améliorer l’accès au crédit, mais il limite la concurrence et crée des déséquilibres pour les producteurs.

En intégrant production et transformation, l’industriel ivoirien tente de repositionner la filière dans une logique plus intégrée et plus stratégique. Le succès de cette opération dépendra de sa capacité à transformer les contraintes du modèle actuel en levier de modernisation industrielle.

Dans un pays où le coton est devenu un pilier économique, cette acquisition pourrait bien marquer le début d’une nouvelle phase : celle d’un coton ivoirien pleinement industrialisé et maîtrisé sur toute sa chaîne de valeur.

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