Salif Keïta annule ses concerts en Afrique du Sud : la « voix d'or » du Mandingue dénonce la haine xénophobe
C'est une décision qui a surpris le monde de la musique africaine. Salif Keïta, 76 ans, légende vivante du Mandingue, a annoncé l'annulation pure et simple de ses concerts prévus en Afrique du Sud. En cause : la multiplication des actes de violence xénophobe visant des ressortissants étrangers, dans un pays secoué depuis plusieurs mois par des marches anti-immigration qui ont parfois viré au drame.
Un cœur lourd, une décision douloureuse
C'est via un communiqué publié sur sa page Facebook que l'artiste a fait connaître sa position. Il y explique ne plus pouvoir garder le silence face aux informations qui remontent du pays de Nelson Mandela. Son entourage, à travers sa manageuse Carolina Vallejo de One World Records, a confirmé l'information à l'AFP ce mercredi.
Dans son texte, Salif Keïta assure ne pas vouloir opposer un peuple à un autre. Il dit garder une affection profonde pour l'Afrique du Sud, qu'il présente comme une terre qui l'a toujours accueilli en frère et non en simple artiste de passage. C'est justement cet attachement qui rend, selon ses mots, sa décision d'autant plus difficile à assumer.
L'artiste précise également qu'il ne s'agit pas d'un rejet définitif du pays arc-en-ciel : la porte, insiste-t-il, reste ouverte.
Une conscience politique forgée depuis Mandela
Ce geste n'est pas un caprice de star. Salif Keïta rappelle dans son communiqué son propre passé de militant panafricain : en 1988, il montait déjà sur scène à Wembley pour le concert hommage à Nelson Mandela, à une époque où la lutte contre l'apartheid rassemblait tout un continent. Pour lui, cette mémoire continue de guider ses choix aujourd'hui, dans un contexte où les migrants africains installés en Afrique du Sud font régulièrement l'objet de campagnes hostiles et d'agressions.
L'artiste affirme qu'au-delà des étiquettes politiques, il ne voit dans ces migrants que des hommes et des femmes venus chercher un travail, une sécurité et une vie digne. Une réalité qui, selon lui, ne correspond plus à l'image de l'Afrique du Sud héritée de la lutte anti-apartheid
Un renoncement financier au nom de principes
En annulant ses dates commerciales, sans en préciser ni le nombre ni les lieux exacts, Salif Keïta prend un risque financier assumé. Toujours actif sur scène malgré des soucis de santé qui ont réduit le rythme de ses tournées ces dernières années, l'artiste avait d'ailleurs dû renoncer, plus tôt dans l'année, à une apparition au Montreux Jazz Festival de Franschhoek pour raisons médicales — son groupe s'était alors produit sans lui.
Cette fois, ce n'est pas la santé qui dicte sa décision, mais une prise de position éthique. Pour lui, la musique et le prestige d'une scène ne peuvent primer sur la sécurité et la dignité humaine, surtout venant d'un artiste qui a fait du panafricanisme un fil conducteur de sa carrière.
Un boycott qui s'inscrit dans une tension continentale plus large
Le geste de Salif Keïta ne surgit pas de nulle part. Depuis fin mai, plusieurs milliers de migrants auraient déjà quitté l'Afrique du Sud dans un climat de tensions grandissantes. La scène musicale africaine en subit déjà les répliques : la chanteuse sud-africaine Tyla avait elle-même été prise pour cible par des campagnes de boycott au Nigeria après l'annonce d'une date à Lagos dans le cadre de sa tournée mondiale, une étape finalement retirée de son calendrier fin juillet. Dans la foulée, des informations selon lesquelles la chanteuse nigériane Ayra Starr et son équipe se seraient vu refuser des visas pour se produire en Afrique du Sud avaient encore attisé la controverse, certains réclamant des mesures de rétorsion côté nigérian.
En choisissant de suspendre ses concerts plutôt que de se taire, Salif Keïta ajoute ainsi une dimension culturelle et symbolique forte à un climat déjà électrique entre artistes africains, à l'heure où la question des violences xénophobes en Afrique du Sud dépasse largement les frontières du pays.