Publicité

Convocation d'Assalé Tiémoko et Stéphane Bahi : l'affaire « L'Éléphant Déchaîné » prend un tournant judiciaire

Le bras de fer entre L'Éléphant Déchaîné et le gouverneur du District autonome d'Abidjan prend une nouvelle dimension. Convoqués devant les enquêteurs le 3 août, Assalé Tiémoko et Stéphane Bahi voient cette affaire entrer dans une nouvelle phase judiciaire.
Publicité

Le directeur général du journal satirique L'Éléphant Déchaîné, Assalé Tiémoko Antoine, et son directeur de publication, Stéphane Bahi, sont convoqués lundi 3 août 2026 à 10 h à la Préfecture de police d'Abidjan, dans le cadre d'une plainte déposée par le gouverneur du District autonome d'Abidjan, Cissé Ibrahima Bacongo. Cette audition intervient après la publication par le journal d'un dossier d'investigation sur le déguerpissement controversé de Koumassi Campement, dont les révélations ont déclenché une vive controverse au plus haut niveau de l'administration abidjanaise.

Publicité

Les faits à l'origine de la convocation

Tout part d'un hors-série de L'Éléphant Déchaîné paru en juillet 2026, consacré aux dessous de l'opération de déguerpissement menée le 3 juin 2026 à Koumassi Campement, dans la commune de Koumassi. Ce dossier mettait en cause certains acteurs politiques et administratifs, évoquant notamment des liens d'affaires immobilières entre Alloui Brou Jacques, principal instigateur présumé de l'opération, et le député RHDP Diabagaté Moussa.

Le journal y avançait aussi que le député aurait accompagné Alloui Brou Jacques lors d'une audience accordée par la ministre Myss Belmonde Dogo, vingt-quatre heures avant le début des démolitions — une affirmation contestée par le ministère de la Cohésion nationale, qui a adressé un droit de réponse au journal.

Le 13 juillet 2026, le gouverneur Cissé Bacongo a fait signifier au journal, par l'intermédiaire d'un commissaire de justice, un droit de réponse assorti d'une mise en demeure exigeant la production, sous 48 heures, des preuves ayant servi à étayer les informations publiées.

La rédaction de L'Éléphant Déchaîné aurait refusé cette exigence, estimant qu'un droit de réponse ne saurait se transformer en injonction faite à un média de communiquer ses éléments de preuve, conformément à l'article 71 de la loi n°2017-867 du 27 décembre 2017 portant régime juridique de la presse.

Le lendemain, 14 juillet, le journal a saisi l'Autorité nationale de la presse (ANP), l'organe de régulation des médias en Côte d'Ivoire, afin qu'elle se prononce sur ce différend.

Une procédure qui franchit une étape judiciaire

Malgré la saisine de l'ANP, le dossier a pris une dimension judiciaire. Le 28 juillet 2026, Assalé Tiémoko et Stéphane Bahi ont reçu des convocations officielles de la Préfecture de police d'Abidjan pour une audition prévue le lundi 3 août 2026, dans le cadre d'une plainte déposée au Parquet.

Les convocations, datées du mardi 28 juillet et portant la référence « soit-transmis n°170/ST/TPI-AP/PR du 20 juillet 2026 », invitent les deux responsables du journal à se présenter au Service des enquêtes générales accompagnés de leur conseil, conformément à l'article 90 nouveau du Code de procédure pénale (CPP).

Cette convocation intervient trois jours avant la célébration de la fête de l'Indépendance de la Côte d'Ivoire, prévue le 7 août 2026 sur l'ensemble du territoire national.

Publicité

Le contexte de l'affaire Koumassi Campement

Le déguerpissement de Koumassi Campement, intervenu le 3 juin 2026, a fait l'objet d'une large couverture médiatique et de nombreuses interrogations. Des bulldozers ont détruit environ 10 hectares du quartier, faisant perdre leur logement à des milliers de personnes et réduisant en gravats commerces, établissements scolaires et lieux de culte.

Réactions et enjeux pour la liberté de la presse

L'Organisation Nationale des Journalistes d'Investigation de Côte d'Ivoire (ONJI-CI) suit avec attention l'évolution du dossier et a exprimé sa préoccupation face à l'ouverture de poursuites judiciaires contre des journalistes pour des faits liés à la publication d'articles d'information.

Dans un communiqué daté du 29 juillet 2026, l'ONJI-CI rappelle que la loi sur la presse garantit la liberté d'expression et d'information, et que l'article 71 encadre strictement le droit de réponse, interdisant qu'il soit détourné en injonction de produire des sources journalistiques.

L'organisation invite les parties à privilégier le cadre de régulation prévu par la loi sur la presse, notamment la saisine de l'ANP, et appelle au respect strict des procédures légales et des droits de la défense.

Publicité

Un précédent pour Assalé Tiémoko

Cette convocation n'est pas la première pour Assalé Tiémoko. En avril 2026, il avait déjà été entendu par les services d'enquête dans une autre affaire, cette fois en sa qualité de président du mouvement politique ADCI (Aujourd'hui et Demain la Côte d'Ivoire).

Cette fois, c'est dans le cadre de ses fonctions au sein de L'Éléphant Déchaîné qu'il est appelé à répondre aux enquêteurs, ce qui soulève des questions sur les implications pour la liberté de la presse et l'indépendance des médias en Côte d'Ivoire.

Les enjeux de l'audition du 3 août

L'audition prévue lundi 3 août 2026 devrait permettre aux enquêteurs de recueillir les explications des deux responsables du journal sur les informations publiées et les sources utilisées.

Les observateurs scrutent cette affaire de près, car elle pourrait avoir des implications importantes pour l'exercice du métier de journaliste, le droit de réponse et les responsabilités liées à la publication d'informations d'intérêt public.

Dans un contexte marqué par l'approche de la célébration de l'indépendance nationale, l'ONJI-CI rappelle que le renforcement de l'État de droit passe nécessairement par le respect effectif de la liberté de la presse.

Publicité
Dernières vidéos
Publicité