Débat sur la polygamie en Côte d’Ivoire : Pourquoi le sujet enflamme-t-il à nouveau le pays ?
Le débat sur la légalisation de la polygamie en Côte d’Ivoire n’est pas nouveau, mais il a pris ces derniers jours une ampleur inédite. Le sujet s’est imposé au cœur des discussions, des salons d’Abidjan aux marchés de l’intérieur du pays. Cette résurgence soudaine est due à la viralité d’une vidéo de Naya Jarvis Zamblé, la plus jeune députée de l’Assemblée nationale. Dans cette séquence largement partagée, l’élue de Gohitafla affirme son soutien à une validation juridique de la polygamie, brisant ainsi un tabou au sein de l’hémicycle.
L’étincelle Naya Jarvis Zamblé
En prenant position pour la polygamie, la benjamine de l’Assemblée nationale a touché une corde sensible de la société ivoirienne. Pour beaucoup, qu’une femme, jeune et instruite, porte ce plaidoyer change profondément la perception du débat. La vidéo a agi comme un véritable catalyseur, opposant ceux qui voient en elle une politicienne courageuse, attentive aux réalités sociales, et ceux qui redoutent une remise en cause des droits acquis par les femmes ivoiriennes.
L’exemple des voisins : un modèle sahélien et sous-régional
Officiellement abolie en Côte d’Ivoire depuis 1964, la polygamie demeure pourtant reconnue dans plusieurs pays voisins. Cette différence alimente aujourd’hui les comparaisons et les interrogations.
Le Mali et le Sénégal : la polygamie y est légale et encadrée. L’homme choisit, dès le premier mariage, entre le régime de la monogamie ou celui de la polygamie, généralement limitée à quatre épouses.
Le Burkina Faso : le Code civil autorise également la polygamie, sous réserve de conditions précises.
La Guinée : après de longs débats nationaux, le pays a autorisé la polygamie en 2019, malgré une forte opposition des organisations de défense des droits des femmes.
Ces exemples régionaux sont souvent cités par les partisans d’une réforme, qui estiment que la Côte d’Ivoire ferait figure d’exception face à une réalité socioculturelle largement partagée.
Un pays, deux visions : le choc des arguments
La question de la polygamie cristallise aujourd’hui des positions profondément opposées au sein de la population ivoirienne.
Le regard des partisans (le camp du « pour »)
Les soutiens de la position défendue par Naya Jarvis Zamblé avancent principalement des arguments de pragmatisme social.
La protection juridique : selon eux, la polygamie existe déjà dans les faits, à travers les « deuxièmes bureaux ». Sa reconnaissance légale permettrait de mieux protéger les femmes concernées et leurs enfants, notamment en matière d’héritage, de filiation et de sécurité sociale.
L’identité culturelle : pour certains, la monogamie serait un héritage du modèle juridique colonial, peu en phase avec certaines structures familiales africaines traditionnelles.
Le regard des opposants (le camp du « contre »)
Les mouvements féministes et une large partie de la société civile s’opposent fermement à toute légalisation.
L’égalité des sexes : ils considèrent la polygamie comme une institution fondamentalement inégalitaire, dans la mesure où elle n’autorise pas la polyandrie.
L’instabilité familiale et économique : les détracteurs soulignent les tensions fréquentes entre coépouses, ainsi que les difficultés financières liées à l’entretien de familles nombreuses dans un contexte de vie chère.
Le respect des engagements internationaux : la Côte d’Ivoire a ratifié plusieurs conventions internationales relatives aux droits des femmes, que la reconnaissance de la polygamie pourrait fragiliser.
Une question de société majeure
Alors que Naya Jarvis Zamblé vient d’intégrer le Bureau de l’Assemblée nationale en ce début d’année 2025, sa prise de position pourrait contraindre ses collègues députés à se prononcer officiellement sur la question. La Côte d’Ivoire est-elle prête à réviser son Code civil ?
Au-delà du pour ou du contre, ce débat met en lumière une interrogation plus profonde : celle de la définition du modèle familial ivoirien au XXIᵉ siècle, à la croisée des traditions, des réalités sociales et des aspirations à l’égalité.
Et vous, que pensez vous de tout ça ?