Emploi des jeunes en Côte d’Ivoire : la Fondation Mastercard et de World Data Lab dévoilent l’Africa Youth Employment Clock
La croissance économique de la Côte d’Ivoire est-elle synonyme d’opportunités équitables pour tous les jeunes ? C’est autour de cette interrogation que s’est articulée la rencontre organisée le 3 novembre 2026 au Noom Hôtel Abidjan, à l’occasion du lancement de l’Africa Youth Employment Clock. Fruit d’un partenariat entre la Fondation Mastercard et World Data Lab, cette plateforme entend apporter un éclairage précis sur l’évolution de l’emploi des jeunes en Afrique et les perspectives du marché du travail.
Développé depuis 2022, cet outil rassemble des données provenant de différentes sources, notamment l’Organisation internationale du Travail (OIT) et les instituts nationaux de statistiques. Il couvre les 54 pays africains, avec des données plus détaillées pour 14 pays, dont la Côte d’Ivoire. Son ambition est de rendre ces informations comparables et accessibles, tout en proposant des projections sur les tendances de l’emploi des jeunes jusqu’en 2040.
Pour la Fondation Mastercard, cette initiative s’inscrit dans une ambition plus large : permettre à 30 millions de jeunes Africains d’accéder à un travail digne et épanouissant d’ici 2030. En démocratisant l’accès aux données, l’Africa Youth Employment Clock entend ainsi contribuer à une meilleure orientation des politiques publiques et des investissements privés en faveur de l’emploi.
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Côte d’Ivoire : plus de 11 millions de jeunes, mais des défis persistants
Au cours de la présentation des principaux enseignements de l'étude, Mamadou Mbodj, Data Scientist senior à World Data Lab, en charge notamment des pays de l’UEMOA et de l’Afrique en général, a mis en lumière plusieurs réalités du marché de l’emploi ivoirien.
Selon les données présentées, la Côte d’Ivoire compte un peu plus de 11 millions de jeunes âgés de 15 à 35 ans, soit environ 36 % de la population nationale. Parmi eux, près de 56 % occupent un emploi. Un taux supérieur à la moyenne mondiale, estimée à environ 47 %, mais qui se situe autour de la moyenne africaine.
Derrière ce chiffre se cache toutefois une réalité plus complexe. Une partie importante des jeunes rejoint précocement le marché du travail, parfois au détriment de leur parcours scolaire, et se retrouve dans des emplois précaires, notamment dans le secteur agricole.
L'agriculture représente ainsi environ 44 % des emplois occupés par les jeunes en Côte d’Ivoire, contre 41 % pour les services. Ces deux secteurs concentrent donc l’essentiel des opportunités professionnelles de cette catégorie de la population.
Mais les disparités ne s’arrêtent pas à la répartition sectorielle. Dans les services, les femmes occupent une place importante, sans pour autant bénéficier des mêmes conditions de rémunération que les hommes. Les données présentées par Mamadou Mbodj révèlent un écart de revenus d’environ 37 % au détriment des femmes.
« Ce que cela traduit, c’est des jeunes qui quittent l’école un peu trop tôt pour rejoindre le marché du travail et qui sont donc dans des emplois qui sont un peu précaires », a expliqué le Data Scientist.
Face à ces constats, il préconise de renforcer la formation et l’éducation afin de maintenir davantage les jeunes dans le système scolaire et de leur permettre d'acquérir des compétences adaptées aux secteurs offrant de meilleures perspectives de rémunération. Il souligne également la nécessité de moderniser l’agriculture, qui demeure un important bassin d’emploi, mais où le niveau d’instruction des jeunes travailleurs reste relativement faible.
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Un outil pour éclairer les décisions et anticiper les tendances
Au-delà des chiffres, l'Africa Youth Employment Clock se veut un véritable instrument d'aide à la décision. La plateforme permet notamment de consulter des données ventilées selon le genre, les tranches d’âge, le milieu de résidence (urbain ou rural), le type d’emploi et les secteurs d’activité. Elle fournit également des informations sur les revenus des jeunes dans différents secteurs.
Une démonstration de l’outil a permis aux participants de découvrir ses fonctionnalités et les possibilités d'exploitation des données disponibles.Interrogé sur la fiabilité des informations et leur actualisation, Mamadou Mbodj a tenu à préciser que la plateforme s'appuie sur les sources officielles des différents pays.
« Les sources des données sont les sources officielles des pays. Notre travail consiste à prendre ces données et à en faire des projections précises », a-t-il expliqué.
Destinée aussi bien aux dirigeants qu'aux étudiants, chercheurs, travailleurs et acteurs du secteur privé, la plateforme se veut accessible à tous. Son utilisation dépend essentiellement des besoins de chacun.
Pour World Data Lab, l'enjeu est donc de transformer les données disponibles en connaissances utiles, capables d'orienter les stratégies et les actions en faveur de la création d'emplois pour les jeunes.
Femmes et emploi : le paradoxe d'une croissance qui ne profite pas à toutes
Le lancement de la plateforme a également été marqué par une table ronde autour du thème : « Le paradoxe de la croissance : l'économie de la Côte d'Ivoire est en croissance, mais les jeunes femmes partagent-elles équitablement les opportunités que cette croissance représente ? »
Les échanges ont réuni Jean-Patrick Ehouman, cofondateur et directeur de She Is The Code ; Camille Été, secrétaire générale de l'association Leaders of Tomorrow ; Maïmouna Koné, présidente du Sénat des jeunes de Côte d'Ivoire, section d'Adjamé ; et Marithé Sylla, Data Scientist associée à World Data Lab.
Les intervenants ont notamment partagé leurs expériences et leurs analyses sur les obstacles qui limitent l'accès des jeunes, particulièrement des femmes, aux opportunités économiques.
Pour Jean-Patrick Ehouman, le numérique constitue un levier important pour améliorer l'employabilité. En permettant aux entrepreneurs d'accroître leur chiffre d'affaires et de développer leurs activités, le digital peut contribuer à la création d'emplois et à la réduction du chômage. Il a également souligné l'intérêt de l'Africa Youth Employment Clock, qu'il considère comme une boussole permettant de mieux comprendre les réalités du monde professionnel et de faciliter les choix d'orientation.
De son côté, Camille Été a insisté sur la nécessité de déconstruire les préjugés qui persistent autour de l'emploi des femmes. Elle a notamment plaidé pour le développement de programmes de mentorat, un meilleur accompagnement des jeunes femmes et leur responsabilisation dans la conduite de projets.
Maïmouna Koné a, quant à elle, mis l'accent sur la nécessité de mettre en place des mécanismes structurels qui tiennent compte des réalités propres aux femmes. Pour elle, les acteurs publics et privés doivent davantage s'appuyer sur les données disponibles afin de concevoir des politiques et des actions concrètes répondant aux besoins des populations.
Les échanges ont également fait ressortir l'importance de renforcer le rôle des associations de jeunesse dans l'identification des besoins réels des jeunes et dans la mise en place de dispositifs d'accompagnement adaptés.
Faire des données un levier d'action pour l'emploi des jeunes
Au terme de cette rencontre, un constat s'impose : au-delà de la croissance économique, la question de l'emploi des jeunes reste étroitement liée à la qualité des opportunités proposées, au niveau de formation et à l'équité dans l'accès aux ressources économiques.
En mettant à disposition des données détaillées et des projections sur l'évolution du marché du travail, l'Africa Youth Employment Clock entend contribuer à une meilleure compréhension de ces enjeux. Pour les acteurs publics, privés et associatifs, l'enjeu sera désormais de s'approprier cet outil et de traduire ses enseignements en initiatives concrètes.
La rencontre s'est achevée autour d'un déjeuner offert par la Fondation Mastercard et World Data Lab, qui a également permis aux participants de poursuivre les échanges et de développer leur réseau professionnel.