Marché chinois à 0% de taxes : Pourquoi mai 2026 sera un tournant pour les géants africains
À partir du 1er mai 2026, la Chine appliquera un régime de droits de douane nuls sur les importations en provenance de presque tous les pays africains. Cette mesure concernera l’ensemble des États du continent avec lesquels Pékin entretient des relations diplomatiques, à l’exception notable de l’Eswatini, seul pays africain à reconnaître officiellement Taïwan.
Cette décision marque une nouvelle étape dans le renforcement des relations économiques sino-africaines et confirme la volonté de Pékin de consolider sa position de partenaire stratégique majeur du continent.
Une extension d’une politique déjà engagée
La Chine applique déjà une politique de droits de douane nuls pour les importations issues de 33 pays africains, principalement parmi les pays les moins avancés (PMA). L’annonce d’une extension à l’ensemble de ses 53 partenaires diplomatiques africains avait été faite l’année dernière par les autorités chinoises.
La nouveauté de mai 2026 est ailleurs. Des économies à revenu intermédiaire comme le Kenya, l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Égypte ou le Maroc, qui payaient jusqu’ici des droits pouvant atteindre 25 % sur certains produits, entreront pleinement dans le dispositif.
C’est un tournant. Ces pays disposent d’une base industrielle plus solide que les 33 PMA déjà couverts.
Avec cette généralisation, Pékin uniformise son dispositif commercial et élargit l’accès préférentiel à son marché.
En 2025, les échanges sino-africains ont atteint environ 348 milliards de dollars. La Chine reste le premier partenaire commercial du continent. Mais l’excédent commercial chinois s’est creusé à près de 122 milliards de dollars. Ce déséquilibre structurel pose la question de la diversification des exportations africaines.
Un geste diplomatique aux implications géopolitiques
L’exclusion de l’Eswatini de ce dispositif n’est pas anodine. Ce royaume d’Afrique australe est le seul pays du continent à maintenir des relations diplomatiques officielles avec Taïwan, que la Chine considère comme une province faisant partie intégrante de son territoire. Pékin applique strictement sa doctrine d’une seule Chine.
La mesure commerciale a donc une portée diplomatique claire.
Elle s’inscrit aussi dans un contexte international mouvant. En 2026, plusieurs pays africains cherchent à diversifier leurs partenaires, notamment après le retour de politiques protectionnistes aux États-Unis et le renouvellement de courte durée de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA). Pékin occupe l’espace laissé incertain et renforce son influence économique.
La Chine, premier partenaire commercial de l’Afrique
La Chine, premier partenaire commercial de l’Afrique
La Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial de l’Afrique. Les échanges ont connu une progression continue, portés par la demande chinoise en pétrole, minerais stratégiques et produits agricoles, ainsi que par l’exportation de biens manufacturés vers le continent.
Des pays comme la Côte d'Ivoire pourraient accroître leurs ventes de cacao. Le Kenya vise une expansion de ses exportations d’avocats. L’Égypte mise sur ses agrumes. Le Nigeria reste central sur le pétrole. Le Maroc conserve un avantage sur les phosphates.
Au-delà du commerce, Pékin demeure un acteur majeur du financement des infrastructures africaines. Cette coopération s’inscrit en grande partie dans le cadre de la Belt and Road Initiative, pilier de sa stratégie extérieure.
Le « Canal Vert » : l’enjeu des normes
La suppression des droits de douane ne règle pas tout. Le véritable verrou est souvent logistique et sanitaire.
Pékin a promis d’optimiser le « Canal Vert » (Green Channel), procédure accélérée pour les produits agricoles périssables. Avocats kenyans, agrumes égyptiens, cacao ivoirien : la rapidité des inspections et la reconnaissance des normes phytosanitaires sont décisives. Dans plusieurs cas, les normes et les délais d’entrée sur le marché pèsent davantage que les taxes elles-mêmes.
Quelles retombées pour les économies africaines ?
La suppression des droits de douane ouvre des opportunités réelles, notamment pour les secteurs agricoles, miniers et manufacturiers.
Secteur | Opportunités | Défis |
|---|---|---|
Agricole (cacao, café, fruits) | Accès zéro tarif au marché chinois | Normes sanitaires strictes et logistique |
Minier (pétrole, minerais) | Hausse des volumes exportés | Dépendance aux matières premières |
Manufacturé (textiles, transformation) | Accès facilité pour pays industrialisés | Concurrence des produits chinois |
Cependant, l’impact réel dépendra de la capacité des pays africains à diversifier et à transformer localement leurs productions. En l’absence d’industrialisation accrue, le risque demeure que les exportations restent concentrées sur les matières premières, limitant la création de valeur ajoutée sur le continent.
Par ailleurs, cette ouverture commerciale pourrait accentuer la dépendance de certaines économies africaines vis-à-vis du marché chinois, dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques et une fragmentation des échanges.
Vers un partenariat stratégique renforcé
En supprimant les droits de douane pour la quasi-totalité des pays africains, la Chine consolide son ancrage économique sur le continent. Le signal est fort. L’accès au marché chinois devient plus large, y compris pour les économies intermédiaires.
À l’approche de 2026, cette mesure pourrait redessiner les flux commerciaux entre la Chine et l’Afrique. Elle confirme aussi une réalité : dans un contexte international fragmenté, Pékin avance méthodiquement pour verrouiller son influence économique sur le continent.