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Première League Côte d’Ivoire : quand les alliances interethniques inspirent le football

Les différentes équipes (ethnies) qui participeront à la ligue
Entre "maîtres" et "esclaves" de plaisanterie, la Première League Côte d'Ivoire s'apprête à faire du football le nouveau gardien de nos alliances séculaires.
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En Côte d’Ivoire, les alliances interethniques constituent une architecture sociale profonde, un mécanisme historique de régulation, de cohésion et de fraternité. Aujourd’hui, ce principe ancien trouve une traduction contemporaine inattendue : la Première League Côte d’Ivoire, un tournoi interethnique porté par  Jonathan Morrison, qui transforme le football en scène symbolique de l’unité nationale.

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Les alliances interethniques : un socle de stabilité

Les alliances interethniques jouent un rôle structurant dans la société ivoirienne. Elles facilitent la coexistence pacifique entre groupes différents dans un pays marqué par une grande diversité culturelle. Par le biais de pactes historiques, de relations de plaisanterie ou de mariages entre communautés, elles créent un réseau de solidarités croisées.

Ces alliances permettent d’apaiser les tensions. Entre peuples alliés, la parole est désamorcée par l’humour. Un Agni peut taquiner un Baoulé ; un Gouro peut plaisanter avec un Yacouba. Ce qui pourrait devenir une offense se transforme en rire partagé. Ce mécanisme culturel réoriente les intentions et neutralise les crispations.

Au-delà du symbolique, ces alliances ont aussi une portée politique et économique. Elles favorisent une gouvernance inclusive, facilitent la gestion collective des terres et des ressources, et contribuent à la formation de coalitions capables de stabiliser le pays en période sensible, notamment électorale. Elles sont, en ce sens, un outil de médiation et de prévention des conflits.

Comme l’expliquait déjà la tradition mandingue rapportée par Djeli Mamadou Kouyaté, « le monde est vieux, mais l’avenir sort du passé ». Les alliances scellées depuis le XIIIe siècle après la bataille de Kirina continuent d’irriguer les rapports sociaux contemporains. Elles rappellent une fraternité originelle au-delà des divergences.

Bientôt, sur le terrain comme en tribunes, cette fraternité s'exprimera par des joutes verbales rituelles : on verra sans doute un Gouro revendiquer avec humour sa "supériorité" de maître sur son allié Yacouba, ou un Sénoufo railler les goûts culinaires de son "esclave" Koyaka. Ces provocations attendues, loin d'être des offenses, serviront de soupapes de sécurité pour une paix sociale durable, où le rire désamorce d'avance toute adversité

Du pacte ancestral au terrain de football

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la liste des différentes équipes

La Première League Côte d’Ivoire s’inscrit dans cette logique. Elle ne se limite pas à organiser un tournoi. Elle transpose sur le terrain le principe des alliances : affirmer son identité tout en reconnaissant celle de l’autre.

Les équipes portent des noms qui sont autant de références à des peuples fondateurs : Yacouba, Bété, Baoulé, Agni, Gouro, Guéré, Ébrié, Kroumen, Abron, Avikam, N’Zima, Attié, Abouré, Abbey, Koulango, Mahou, Lobi, Senoufo, Koyaka, Tagbana, Dida, Niamboua, Adioukrou.

Chaque appellation devient un étendard culturel. Chaque maillot, une revendication identitaire assumée mais pacifiée.

Les symboles comme mémoire vivante

L’iconographie des clubs puise directement dans le patrimoine ivoirien. Masques stylisés pour rappeler l’art gouro ou wê, silhouettes guerrières forestières chez les Bété, références royales akan chez les Baoulé et Agni, couleurs inspirées des terroirs lagunaires pour les Ébrié et les Avikam.

Ces emblèmes ne sont pas décoratifs. Ils traduisent une mémoire. Ils rappellent les chefferies, les récits fondateurs, les rythmes et les chants. Le football devient alors une extension du patrimoine culturel.

En ce sens, la compétition valorise la diversité non comme facteur de division, mais comme capital esthétique et narratif.

Un outil de consolidation de l’unité nationale

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Dans un monde où les identités peuvent être instrumentalisées, les alliances interethniques apparaissent comme un levier stratégique de consolidation nationale. Elles brisent les barrières, favorisent la coopération et rappellent une histoire commune.

La Première League s’inscrit dans cette dynamique. Elle crée un espace ritualisé où la rivalité est codifiée, où l’opposition sportive n’efface pas la fraternité sociale. Le terrain devient une métaphore : on s’affronte, mais on reste liés.

Cette initiative réactualise un principe ancien dans un langage moderne. Elle démontre que l’unité ne naît pas de l’uniformité, mais de la reconnaissance des différences dans un cadre partagé.

En définitive, la Première League Côte d’Ivoire s'apprête à réussir un pari de modernité en s'appuyant sur les racines les plus profondes du pays. En érigeant le futur stade en un espace de célébration des identités, Jonathan Morrison ne propose pas seulement un tournoi de football, mais un laboratoire de cohésion nationale en devenir. C'est la promesse que, dans une Afrique en pleine mutation, les codes ancestraux ne sont pas des reliques, mais des boussoles. Avant même le premier coup de sifflet, l'essentiel est déjà là : la preuve que si les maillots diffèrent, le terrain de la fraternité, lui, reste indivisible.

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