Procès Meta : Mark Zuckerberg sous serment, l’algorithme d’Instagram accusé d’addiction chez les mineurs
À Los Angeles, un procès inédit pose une interrogation frontale : les réseaux sociaux ont-ils été conçus pour rendre les enfants dépendants ? Sur le banc des accusés, les plateformes majeures – Facebook, Instagram, WhatsApp, YouTube – et, en première ligne, le patron de Meta, Mark Zuckerberg, appelé à témoigner sous serment devant un jury populaire.
Un moment judiciaire sans précédent
Zuckerberg a déjà été auditionné par le Congrès américain. Mais comparaître devant un juge et des jurés dans une affaire d’addiction présumée marque une rupture. Il devra répondre aux accusations d’une jeune femme qui affirme avoir développé anxiété et pensées suicidaires après avoir utilisé Instagram dès l’enfance, avant ses 10 ans.
Meta n’est pas seule visée. Google, TikTok et Snapchat sont également mis en cause. Toutefois, TikTok et Snapchat ont choisi la voie d’un accord à l’amiable. Meta, elle, défend son modèle devant la justice.
Une stratégie inspirée des procès du tabac
Les avocats de la plaignante adoptent une approche claire : démontrer que les entreprises savaient que leurs produits pouvaient générer une dépendance et qu’elles n’ont pas pris de mesures suffisantes pour protéger les mineurs.
Le débat ne porte plus seulement sur l’usage excessif, mais sur la conception même des plateformes : algorithmes de recommandation, notifications permanentes, scroll infini, logique des “likes”. Autant de mécanismes conçus pour maximiser l’engagement.
Cette stratégie rappelle les grandes batailles judiciaires contre l’industrie du tabac : établir la connaissance du risque et la responsabilité du fabricant.
La ligne de défense de Meta
De son côté, Meta Platforms rejette ces accusations. L’entreprise affirme avoir mis en place des outils de contrôle parental, des paramètres de protection renforcés pour les mineurs et des investissements significatifs dans la sécurité en ligne.
Le groupe soutient que la responsabilité relève aussi de l’encadrement familial et de l’usage individuel, et conteste toute intention délibérée de créer une dépendance. Pour Meta, ses plateformes sont des outils de connexion sociale, non des produits conçus pour nuire.
Un effet domino possible
Si la plaignante obtient gain de cause, le verdict pourrait ouvrir la voie à une vague de contentieux. Près de 1 500 procédures similaires seraient déjà en préparation aux États-Unis. Le risque juridique dépasse donc largement le cas individuel.
Une décision défavorable pourrait également encourager d’autres pays à renforcer leur arsenal réglementaire.
Une industrie sous observation
Dans la salle d’audience, de nombreux parents sont attendus. Certains affirment que leurs enfants ont souffert d’une dépendance sévère aux réseaux sociaux. Au-delà des arguments juridiques, la dimension émotionnelle est forte.
Ce procès ne juge pas uniquement une entreprise. Il interroge un modèle économique fondé sur la captation maximale de l’attention.
Si la justice estime que le design des plateformes engage la responsabilité de leurs créateurs, l’industrie numérique pourrait entrer dans une nouvelle ère de régulation. Les plateformes pourraient être contraintes de revoir leurs algorithmes, non par élan éthique, mais sous la pression d’amendes potentiellement colossales et d’un risque réputationnel durable.
Au-delà du cas individuel, c’est peut-être la reconnaissance d’un enjeu de santé publique mondial qui se joue dans ce prétoire.