Gabon : Coup de tonnerre numérique, la HAC suspend les réseaux sociaux jusqu’à nouvel ordre
C’est à travers un communiqué lu ce mardi sur les antennes de la télévision nationale que la décision a été rendue publique. Depuis le siège de l’institution, situé au 286 Avenue de la Libération à Libreville, l’annonce a été faite sous la présidence de Germain Goyo Moussavou, président de la Haute Autorité de la Communication.
Dans cette déclaration solennelle, la HAC a officialisé la suspension immédiate des réseaux sociaux sur toute l’étendue du territoire gabonais, invoquant la multiplication de contenus jugés contraires aux lois nationales et internationales. L’institution évoque notamment des dérives « potentiellement conflitogènes » susceptibles de menacer l’ordre public, la stabilité des institutions de la République et l’unité nationale.
Une décision justifiée par des “dérives graves”
Selon la déclaration officielle, les infractions observées sur les réseaux sociaux sont sévèrement réprimées par les textes nationaux et internationaux en vigueur, ainsi que par les politiques de modération des grandes plateformes numériques.
La HAC, en sa qualité de régulateur de la communication audiovisuelle, écrite, cinématographique et numérique, a déclaré condamner « fermement l’usage abusif et dévoyé » de ces plateformes par certains utilisateurs.
Elle déplore également ce qu’elle qualifie d’indifférence des grandes plateformes, pointant du doigt « l’absence d’une véritable volonté de modération des contenus illicites dont elles sont pourtant les supports de diffusion ».
Parmi les griefs évoqués :
la diffusion de contenus diffamatoires, haineux et injurieux ;
la propagation de fausses informations ;
des atteintes à la dignité humaine ;
des publications susceptibles d’engendrer des conflits sociaux ;
des contenus pouvant déstabiliser les institutions de la République.
La HAC rappelle que si la liberté d’expression est un droit fondamental consacré au Gabon et garanti par l’institution, elle « ne saurait s’exercer en violation flagrante des lois nationales et internationales en vigueur ».
Une mesure présentée comme nécessaire à la préservation de l’unité nationale
Dans son communiqué, l’autorité estime que ces agissements sont susceptibles :
d’engendrer des conflits sociaux,
de déstabiliser les institutions de la République,
de mettre gravement en péril l’unité nationale,
et de compromettre les acquis démocratiques.
C’est donc « pour faire face à ces dérives potentiellement conflitogènes » que la décision de suspension immédiate a été prise.
Les internautes réagissent vivement
À peine l’annonce rendue publique, des réactions ont afflué avant la coupure effective.
Parmi les témoignages marquants, celui d’une chanteuse créole gabonaise, visiblement bouleversée, dans une vidéo devenue virale :
C’est par les réseaux sociaux que je fais mon commerce de bananes, c’est par les réseaux sociaux que je fais connaître ma musique… Je sens que je vais quitter ce pays.
n intervention illustre l’impact direct de la décision sur les petits entrepreneurs, artistes et jeunes créateurs qui utilisent les réseaux sociaux comme principal outil de promotion et de subsistance.
D’autres internautes ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une dérive autoritaire et difficile à accepter.
Un impact économique et social
Au-delà du débat institutionnel, la suspension touche :
les commerçants en ligne,
les artistes indépendants,
les influenceurs,
les médias numériques,
les PME dépendantes du marketing digital.
Dans un pays où l’économie informelle et le commerce digital prennent de l’ampleur, la coupure pourrait engendrer des pertes financières significatives et fragiliser de nombreuses activités.
La suspension immédiate des réseaux sociaux au Gabon marque un tournant majeur dans la régulation du numérique. Présentée par la HAC comme une mesure de protection de l’ordre public et de l’unité nationale, elle soulève néanmoins de nombreuses interrogations sur l’équilibre entre sécurité, stabilité institutionnelle et libertés fondamentales.
Alors que la mesure reste en vigueur « jusqu’à nouvel ordre », l’avenir du paysage numérique gabonais demeure incertain.
Le débat est désormais ouvert : simple mesure exceptionnelle ou nouvelle ère dans la gouvernance de l’espace numérique au Gabon ?