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Sommet de l’Union africaine : l’eau comme matrice stratégique de l’Agenda 2063

L'union Africain (UA)
À Addis-Abeba, l’Union africaine a placé l’eau au cœur de sa stratégie continentale, érigeant la sécurité hydrique en levier central de souveraineté, de développement et de paix à l’horizon 2063.
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Réunie à Addis-Abeba pour sa 39e session ordinaire, la Conférence de l’Union africaine a fixé le cap pour 2026 et au-delà. Sous le thème « Assurer la disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 », les chefs d’État ont consacré la sécurité hydrique comme priorité continentale, tout en réaffirmant l’exigence de souveraineté sécuritaire et de réforme de la gouvernance mondiale.

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Addis-Abeba, laboratoire des priorités africaines

L'union Africain (UA)

ADDIS-ABEBA, 15 février. Pendant deux jours, les dirigeants des États membres se sont réunis au siège de l’organisation panafricaine, dans la capitale éthiopienne, pour la 39e session ordinaire de la Conférence de l’Union africaine. Au-delà de l’exercice diplomatique, le sommet a posé une question structurante : comment aligner les urgences contemporaines sur l’horizon stratégique de l’Agenda 2063 ?

Le choix du thème 2026 n’est pas anodin. Il inscrit l’eau et l’assainissement dans une perspective de transformation systémique. Loin d’un traitement sectoriel, la sécurité hydrique est envisagée comme condition préalable à l’industrialisation, à la santé publique, à la résilience climatique et à la stabilité sociale.

L’eau, infrastructure du développement et de la paix

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Plus de 400 millions d’Africains restent privés d’accès à l’eau potable. Cette donnée, régulièrement citée, structure désormais l’argumentaire politique continental. L’eau n’est plus seulement un droit fondamental ; elle est pensée comme un actif stratégique.

Les débats ont porté sur deux axes majeurs :

– le renforcement de la gestion durable des ressources hydriques, notamment dans les bassins transfrontaliers ;
– la mobilisation d’investissements estimés à près de 30 milliards de dollars par an pour combler le déficit en infrastructures.

Cette orientation s’inscrit dans la continuité de l’Acte constitutif de l’Union africaine, qui confère à l’organisation la mission de promouvoir la sécurité humaine, le développement et la bonne gouvernance . Comme le souligne le Manuel sur l’organisation panafricaine, l’UA constitue une rupture normative par rapport à l’ancienne Organisation de l’unité africaine, en intégrant explicitement les dimensions de développement socio-économique et de droits humains dans son mandat .

En plaçant l’eau au cœur de son agenda 2026, l’Union opère un déplacement conceptuel : la ressource devient infrastructure de souveraineté.

Sécurité continentale : de la norme à l’action

Le sommet n’a pas éludé les crises en cours au Soudan, au Sahel et en République démocratique du Congo. La question posée est désormais opérationnelle : l’Union africaine peut-elle exercer pleinement les prérogatives que lui reconnaît son cadre juridique ?

L’architecture institutionnelle – Conférence des chefs d’État, Conseil exécutif, Commission et Conseil de paix et de sécurité – a été conçue pour permettre une réponse collective aux menaces graves . L’Acte constitutif prévoit même un droit d’intervention en cas de crimes de guerre, de génocide ou de crimes contre l’humanité .

Cependant, le financement des missions de paix demeure un point de tension. L’absence de mécanisme pérenne de contributions obligatoires pour soutenir les opérations africaines, notamment en Somalie, alimente le débat sur l’autonomie stratégique du continent.

La réforme du Conseil de sécurité : une revendication structurante

Dans ce contexte, la revendication de deux sièges permanents africains au Conseil de sécurité des Nations Unies a pris une dimension politique accrue. Le Secrétaire général de l’ONU a qualifié l’absence de représentation permanente africaine « d’injustice profonde », soulignant le décalage entre la réalité démographique et géopolitique du continent et son poids institutionnel.

Cette exigence s’inscrit dans une dynamique plus large : la consolidation d’un « droit public africain » capable d’influencer les équilibres internationaux . L’Union africaine ne se conçoit plus seulement comme un cadre de coordination régionale, mais comme un acteur normatif global.

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L’Agenda 2063 comme boussole stratégique

En filigrane de la 39e session, l’Agenda 2063 a servi de matrice. La sécurité hydrique est pensée comme catalyseur des aspirations à long terme : industrialisation verte, urbanisation maîtrisée, intégration économique et justice sociale.

La logique adoptée par les dirigeants est structurée :

  1. Identifier une contrainte systémique (l’eau).

  2. L’ériger en priorité politique continentale.

  3. L’aligner sur une vision stratégique à cinquante ans.

Cette cohérence programmatique distingue l’actuelle phase de l’Union africaine de ses précédentes itérations historiques.

Un cap, mais une épreuve de crédibilité

La 39e session ordinaire ne marque pas seulement une déclaration d’intention. Elle pose un test : la capacité de l’Union africaine à traduire ses orientations en mécanismes contraignants, financés et évaluables.

L’eau, la sécurité et la réforme institutionnelle internationale forment désormais un triptyque stratégique. Si ces axes sont mis en œuvre avec rigueur, 2026 pourrait apparaître rétrospectivement comme une année charnière.

L’Union africaine a défini ses priorités pour l’après-2026. Reste à transformer cette ambition normative en puissance opérationnelle.

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