Coopération sanitaire : des étudiantes canadiennes en stage en Côte d’Ivoire, mais les internautes interpellent sur la situation des élèves infirmiers de l’INFAS
La visite d’une délégation canadienne d’étudiantes en soins infirmiers à Bingerville et à l’INFAS s’inscrit dans le cadre du renforcement de la coopération sanitaire entre la Côte d’Ivoire et le Canada. Mais sur les réseaux sociaux, l’annonce officielle a rapidement suscité un débat inattendu : celui des conditions de formation et des bourses impayées des étudiants ivoiriens en santé.
Une coopération académique et sanitaire en construction
Depuis début février 2026, une délégation canadienne composée de douze étudiantes en soins infirmiers et de deux enseignantes du Cégep de Sherbrooke effectue un stage en Côte d’Ivoire. Leur immersion se déroule notamment à l’Hôpital psychiatrique de Bingerville et à l’Institut national de formation des agents de santé (INFAS).
En fin de séjour, la délégation a été reçue le 2 mars 2026 par le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, Pierre N’gou Dimba, lors d’une audience officielle à son cabinet.
Les étudiantes canadiennes ont exprimé leur gratitude pour l’accueil reçu ainsi que pour la qualité des échanges avec leurs homologues ivoiriens. Selon leurs formatrices, cette expérience de terrain constitue un moment d’apprentissage mutuel, permettant de confronter les pratiques de soins, les méthodes pédagogiques et les réalités sanitaires de deux systèmes de santé différents.
Du côté du gouvernement ivoirien, cette initiative est présentée comme un symbole de la vitalité de la coopération ivoiro-canadienne dans le domaine de la formation médicale et paramédicale.
Le ministre Pierre N’gou Dimba a salué ce partenariat et réaffirmé la volonté des autorités ivoiriennes de renforcer la collaboration entre les deux pays, notamment en matière de formation des ressources humaines en santé.
Une publication qui déclenche un débat
Mais si l'annonce officielle mettait en avant les bénéfices de cette coopération, la réaction des internautes a rapidement orienté la discussion vers un autre sujet : la situation des étudiants ivoiriens en formation à l'INFAS.
Sous la publication relayant la visite, plusieurs commentaires évoquent des difficultés liées aux retards de paiement des bourses étudiantes. Certains internautes affirment que des étudiants de la promotion 33 de l'INFAS auraient terminé leur cycle de formation sans avoir perçu l'intégralité de leurs allocations. D'autres évoquent des retards pouvant atteindre plusieurs mois, voire plus d'une année, selon leurs témoignages.
Un commentaire résume cette frustration :
Comment peut-on former des agents de santé de qualité si leurs conditions de vie sont difficiles dès l'école ?
Plusieurs internautes évoquent également un versement partiel effectué pour certains étudiants, tandis que d'autres attendraient encore un deuxième paiement annoncé.
Parallèlement, un autre sujet a émergé dans les réactions : la question des règles vestimentaires et capillaires dans les établissements de formation. Plusieurs internautes ont relevé le contraste entre les étudiantes canadiennes, apparues avec des cheveux longs et coiffés, et certaines étudiantes ivoiriennes de l'INFAS dont les cheveux sont coupés très courts, conformément aux règlements appliqués dans plusieurs écoles.
Des étudiantes canadiennes avec leurs beaux et longs cheveux coiffés sont en classe avec d'autres femmes noires qui ont malheureusement les cheveux coupés.
écrit l'un internaute.
Pour certains commentateurs, cette différence relance un débat ancien sur les normes capillaires dans le système éducatif de plusieurs pays africains francophones. Ils estiment que les cheveux crépus sont parfois perçus, dès l'enfance, comme incompatibles avec certaines règles de discipline scolaire.
Ces internautes s'interrogent également sur les fondements de ces règlements, qui imposent souvent aux élèves filles comme garçons de porter les cheveux très courts, généralement au nom de la discipline, de l'hygiène ou de l'uniformité.
« Sur quelles statistiques les écoles se basent-elles pour affirmer que couper les cheveux favorise la réussite scolaire ? », questionne l'un d'eux.
La question des conditions de formation
Au-delà du débat sur les bourses, les réactions en ligne soulignent un enjeu plus large : les conditions de formation des futurs professionnels de santé.
Dans de nombreux pays, la qualité du système sanitaire dépend fortement de la formation initiale des infirmiers, sages-femmes et techniciens de santé. L’Organisation mondiale de la santé rappelle régulièrement que le déficit de personnel qualifié constitue l’un des principaux défis sanitaires en Afrique. La Côte d’Ivoire a engagé ces dernières années plusieurs réformes pour renforcer son système de santé, notamment à travers la Couverture maladie universelle (CMU) et l’augmentation du nombre de structures hospitalières.
Dans ce contexte, les établissements de formation comme l’INFAS jouent un rôle stratégique dans la préparation des ressources humaines nécessaires au fonctionnement du système sanitaire.
Entre coopération internationale et attentes locales
La présence d’étudiantes canadiennes en stage en Côte d’Ivoire illustre la dimension internationale croissante des formations médicales. Les échanges universitaires permettent souvent de partager des pratiques, d’enrichir les méthodes pédagogiques et de renforcer les liens entre institutions.
Toutefois, la réaction des internautes rappelle une réalité souvent soulignée dans les politiques publiques : les partenariats internationaux sont parfois évalués à l’aune des défis locaux.
Pour certains commentateurs, la priorité devrait être d’améliorer les conditions matérielles des étudiants ivoiriens en formation, considérés comme les futurs piliers du système de santé national.
Un débat révélateur des attentes de la jeunesse
L’épisode illustre aussi la transformation du débat public à l’ère des réseaux sociaux. Chaque communication institutionnelle devient désormais un espace de dialogue, mais aussi d’interpellation citoyenne. Dans ce cas précis, une initiative de coopération internationale s’est transformée en plateforme d’expression pour des étudiants et internautes souhaitant attirer l’attention sur leurs conditions de formation.
Au-delà de la polémique ponctuelle, la discussion révèle une attente plus large : celle d’un système de santé capable non seulement de se moderniser et de s’ouvrir à l’international, mais aussi de garantir des conditions dignes à celles et ceux qui seront chargés de soigner les populations.
Car, comme le rappellent plusieurs internautes, la qualité du système sanitaire commence souvent dans les amphithéâtres et les écoles de formation.